À quel âge as-tu commencé à jouer de la guitare ?En fait j'ai commencé par le piano à l'âge de 8 ans mais ça n'était pas pour moi ; puis j'ai testé le saxophone, avec le même résultat.
Et donc j'ai commencé la guitare à 15 ans (pour réussir à approcher les filles, bien sûr) ; d'abord tout seul dans ma chambre, puis j'ai vite pris un an de cours de guitare blues à l'école Atla. C'est la seule année où j'ai étudié sérieusement la guitare !
Quelles sont tes premières influences musicales ?Adolescent cinéphile, j'ai été bouleversé par le film 'Into the Wild', qui m'a tout de suite donné envie de grands voyages en sac à dos. La BO du film par Eddie Vedder m'a tout autant transformée, et orienté vers un style de musique folk.
Brian Jonestone Massacre m'a apporté beaucoup d'inspiration, d'émotion, par son aspect 'dépravé', psychédélique, et m'a donné envie de m'enivrer de la vie.
Xavier Rudd m'a apporté la douceur, et la foi forte en un monde meilleur avec ses textes simples, symboliques, et sa musique pleine de la douce chaleur d'Australie.
Quels sont les groupes qui t'ont donné envie de faire de la musique ?Surtout les potes (et camarades de classe) de mon grand frère Clément, qui étaient déjà d'excellents musiciens très inspirants et à la vie rock'n'roll qui me faisait rêver. Trainer avec eux m'a poussé à sortir, jouer, rencontrer des inconnus, partir en voyage, inventer de la musique...
Aujourd'hui, certains d'entre eux sont aussi devenus musiciens pros : Florent Sfartman fait entre autre de la Psy-transe dans le monde entier sous le nom de "Slip Hypnotic", Facundo Rodriguez et Gabriel LeMasne sont en train d'exploser avec leur duo "Chien Méchant", etc. J'ai eu tellement de chance de passer mon adolescence auprès de ces gens !
Tu as commencé par jouer dans la rue, comment cela a commencé ?Dès que j'ai su jouer 3 accords dans ma chambre, je suis tout de suite allé les jouer en boucle dans le RER A de Paris que je prenais pour aller au collège. C'était la période de Noël, et j'en profitais, malgré mon trac et ma médiocrité, pour récolter quelques pièces afin d'acheter des cadeaux. Ca a été très malaisant d'être confronté au regard des autres, tout en me trouvant mauvais. "Qu'est-ce que je fous là ?" et en même temps, une soif inextinguible de me défier me poussait à aller transpirer devant ces passagers.
Tes études dans tout ça, jusqu'où as-tu été avant de tout quitter ?J'ai passé mon diplôme de lycée à Sèvres, le BTMM : Brevet des Techniciens des Métiers de la Musique, qui vise à donner une grande connaissance de la musique classique et de son histoire. C'est une chouette filière peu connue (qui existe encore) qui donne une vaste culture musicale, et des compétences diverses liées au monde du spectacle. C'était archi loin de chez moi, d'où les heures de RER chaque jour, mais c'était une étape primordiale dans mon parcours par la richesse des rencontres dont j'ai déjà parlé plus haut, et la musique omniprésente dans les cours !
Puis tu prends ton sac à dos et ta guitare et tu pars pour plusieurs longs voyages, d'où t'est venue cette envie soudaine de partir?Vu que la filière de mon lycée n'existe que dans 3 lycées en France, on venait tous de loin, mes camarades et moi. A la fin du lycée, nos amitiés n'ont pas résisté à la distance et je me suis retrouvé assez seul. Mon meilleur ami, Théodore, qui faisait partie des potes de mon frère, était parti en Australie et m'avait envoyé une lettre pour me tanner de l'y rejoindre. En quête d'aventures et de rock'n'roll, j'ai très vite réservé des billets et je suis parti 1 an dans l'inconnu en sac à dos, à l'âge de 19 ans.
Sur les routes, tu apprends d'autres instruments et tu inventes ta propre façon de jouer de la guitare à plat. Parles-nous en ?Hé bien j'ai rencontré un guitariste aborigène très talentueux à Broome en Australie, Many. Un jour, il m'a envoyé une vidéo de lui en mauvaise qualité, où il jouait un riff magnifique de guitare, avec des techniques de tapping et dans un accordage 'open tuning' mystérieux auquel je ne comprenais rien. En essayant de le copier, je n'arrivais pas à reproduire le tapping avec la position standard de guitare, car on n'y voit rien ! Alors je l'ai posée à plat, "juste le temps" d'essayer de retrouver ce qu'il jouait. Sans le savoir, j'avais mis les pieds au milieu d'une montagne pleine de minerais d'or, et chaque exercice de guitare à plat que je m'inventais pour travailler des belles choses comme Many me récompensait d'une pépite. Jusqu'à amasser pas mal de technique. J'ai pris (et prends encore) beaucoup de plaisir à explorer et inventer mon propre jeu, dans un accordage DADDAD très simple.
Je n'ai jamais réussi à retrouver ni l'accordage, ni le riff de Many. C'est peut-être pour le mieux !
Après 5 albums à ton actif sous le nom de "Zitoune", as-tu une façon différente de travailler avec ce nouvel album ?Oui ! J'ai toujours enregistré soit dans ma piaule, soit dans celle d'un pote. Pour Punch & Badass vol.2 (en réalité, mon 8e album autoproduit !), j'ai tout enregistré dans un vrai studio, le Studio du Cerisier à Toulouse ! C'est aussi le premier album que je fais accompagné d'une manageuse, ma chère Clémence Borys dont j'ai l'honneur de bénéficier du regard frais et de l'aide au quotidien dans le développement de cette aventure. C'est grâce à elle que je vous réponds à ces questions aujourd'hui !
Une renaissance une nouvelle sonorité avec ce changement de pseudo. D'ou et venu l’idée de ce changement et de devenir Le Barda ?Mon nom d'artiste précédent était Zitoune, qui veut dire 'olive' en arabe, pour faire honneur à de lointaines origines. C'est un sobriquet que j'ai choisi en posant pied en Australie, pour le plaisir de l'anonymat et du surnom. Mais dans une quête d'assumer qui je suis, et pour reprendre fièrement mon patronyme, j'ai choisi "Le Barda" depuis peu. De toute façon, il y avait d'autres artistes qui s'appelaient 'Zitoune' et ça a plus d'une fois semé la confusion !
Ça a été un changement difficile après 10 ans connu sous un nom d'artiste, mais la vague est passée et ça valait vraiment le coup.
Comment s'est passé l'enregistrement de "Punch and badass vol2 Clash" ?Un régal ! l'ingénieur du son Sébastien Haby a été un prolongement de mon bras. J'avais beaucoup d'attentes, je lui ai envoyé mes maquettes ainsi qu'un cahier des charges strict et précis. Il a su répondre à toutes mes attentes, dans les temps. De plus, moi qui enregistre souvent inspiré par la nuit, il a su être très flexible et travailler juste très tard avec moi, à boire des coups tout en restant sérieux dans l'enregistrement. C'est une semaine que je ne suis pas prêt d'oublier !
Aujourd'hui tu vas te produire parle nous un peu de cette équipe ?Comme je le disais, on a Clémence Borys au management. Pour la formule Trio, j'ai des supers zikos qui m'accompagnent : Sacha Cantié à la batterie, et Simon Bocquet à la basse/contrebasse. Ils font des choeurs également. Sacha joue de la batterie dans d'autres groupes, comme Ceylon, et il est aussi chanteur et mandoliniste dans plusieurs formations de bluegrass où il joue d'ailleurs avec Simon : Beavers et Bees Knees Breakfast. Donc tous les deux sont des cracks en musique trad américaine, ce qui était parfait pour comprendre et s'approprier mon "Western Badass" !
J'ai aussi collaboré avec Sébastien Haby à l'enregistrement de l'album, et mon cher frère Clément Barda au mastering. Il y a également Thomas Trelet, réalisateur de mes deux captations live en trio, et qui va réaliser mon prochain clip sur le titre 'Clash' !
J'ai aussi le bonheur de travailler avec des partenaires, comme Bruno Labati en attaché de presse, Lisa Labatte en aide à la communication, InOuïe Distribution pour la distribution physique de l'album, Obaemon qui a réalisé la pochette de l'album, des professeurs de langue pour améliorer mon accent... TOUT ça est nouveau (sauf le mastering avec mon frangin), et on gère bien !

Te souviens tu de ton premier concert ?
Oui ! C'était au 'Tiger Tiger' à Perth, un tout petit resto d'un gars qui m'avait vu jouer dans la rue. J'ai encore l'affiche toute pétée accrochée dans mon van. Je n'étais plus trop timide dans la rue, mais je suis tombé de haut avec ce concert car pour la première fois, je jouais devant des gens assis ! J'ai eu le complexe de l'imposteur tout le long du concert. Il a fallu beaucoup de temps pour que je m'amuse sur scène, que j'incarne des personnages ou que je me lâche - en emportant le public avec moi!
Y a-t-il un artiste ou un groupe avec lequel tu rêverais de jouer ?
Pour viser un peu plus haut que moi, il y a Johnny Montreuil qui a l'air d'être un super gars, je sais pas pourquoi, il m'inspire. Son life style, sa dégaine. Et puis plus haut il y a les sœurs Lovell, de Larkin Poe. Mais aussi John Butler, pour son parcours de busker australien comme moi, et Xavier Rudd, un autre australien qui a l'air d'être un très bel humain - et musicien plein de richesses. Pourquoi me poser cette question ? Pourriez-vous m'aider à réaliser un rêve ? 👀
Quels sont tes projets à venir ?
Déjà, repos après cette grosse sortie en toute autonomie !
Il y aura la tournée du printemps, puis de l'été, et bien sûr je vais me pencher doucement sur un Punch & Badass volume 3.
J'ai d'autres idées d'albums, de collaborations, pas que autour du blues, mais de plein de styles différents... de quoi vous régaler pour les prochaines années, j'en suis sûr !
As-tu envie de rajouter quelque chose, faire passer un message ?
Keep Roooockkkiiiiiing 🤘
Merci pour l'interview, et bonjour à tous les lecteur·ices !
Ah et aussi, triez bien vos déchets ! La télé, c'est dans la poubelle marron, et le sac à dos de voyage, c'est sur le bas côté de la route à vos pieds, le pouce tendu vers l'inconnu ! :D

Mars 2025.
Interview Thierry Cattier
Photos DR