Peux-tu nous parler de ton parcours ?
Thomas Frank Hopper : Je suis un musicien belge qui a grandi avec des influences assez variées. Après avoir joué dans différents groupes, j’ai décidé de développer mon propre projet en 2015. Mon premier album, Bloodstone, est sorti en 2021, suivi de Paradize City en 2023. Aujourd’hui, avec Wild Ones Never Die, j’ai le sentiment de continuer à construire mon identité musicale, entouré de musiciens avec lesquels je partage une vraie complicité.
Tu es né en Belgique et tu as grandi en Afrique. Parle-nous de ta jeunesse.
Thomas Frank Hopper : J’ai grandi en Afrique jusqu’à l’adolescence, une expérience qui m’a beaucoup ouvert l’esprit. J’ai été exposé à des cultures, des rythmes et des ambiances très différents. Je pense que cette ouverture se retrouve aujourd’hui dans ma musique, même si mes influences principales restent profondément ancrées dans le rock anglo-saxon.
Comment as-tu découvert la musique et particulièrement le blues ?
Thomas Frank Hopper : La musique a toujours fait partie de mon environnement, notamment grâce à la collection de disques de mon père. Ma mère m’a toujours poussé dans la musique également en m’inscrivant petit à des cours de flute et de solfège. J’ai découvert énormément de groupes de rock durant mon enfance, et le blues s’est progressivement imposé à moi surtout à partir de la trentaine. Récemment, j’ai eu la chance d’aller jouer du côté de Memphis aux Etats-Unis et j’y ai véritablement découvert le monde du blues.
Quelles sont tes premières influences musicales ?
Thomas Frank Hopper : Je suis issu de la génération crossover et, même si tout ce qui gravite autour du rock est ce qui m’anime avant tout, je reste assez éclectique dans mes goûts musicaux. Enfant, j’ai d’abord été marqué par les disques de mon père, avec des groupes comme Supertramp, Genesis, Pink Floyd ou Led Zeppelin, mais aussi par de grandes légendes du blues comme Nina Simone, Ray Charles et B.B. King.
À l’adolescence, je me suis davantage tourné vers le hard rock, avec des groupes incontournables comme Guns N’ Roses et Aerosmith, mais aussi vers le rock d’Alanis Morissette ou de Sheryl Crow. Puis, adolescent, est venue ma période rebelle, où je me suis plongé dans les scènes grunge, punk-rock et néo-métal, avec des groupes comme Nirvana, Red Hot Chili Peppers, Blink-182, NOFX, Limp Bizkit, System of a Down ou Deftones.
Vers vingt ans, je me suis progressivement orienté vers des sonorités plus indie-rock et blues-rock, avec des artistes comme Ben Harper, Jack White, Gary Clark Jr. et John Butler. Plus récemment, j’ai découvert ou redécouvert des groupes et artistes comme Rival Sons, Larkin Poe et Marcus King.
Quels sont les groupes qui t’ont donné envie de faire de la musique ?
Thomas Frank Hopper : On ne va pas se mentir, ce sont surtout les groupes de punk-rock que j’écoutais à l’adolescence qui m’ont donné envie de me mettre à la musique, d’abord à la basse, puis à la guitare. Mais Led Zeppelin a évidemment été une grande source d’inspiration, tant pour son énergie que pour ses riffs... et la voix de Robert Plant!!!
Plus récemment, des groupes comme Jack White, The Black Keys, Rival Sons ou Larkin Poe m’ont conforté dans l’envie de développer un blues-rock moderne, puissant et sans détour. Ce que j’aime chez ces artistes, c’est leur capacité à puiser dans les racines du blues et du rock tout en les réinventant pour leur donner une nouvelle dimension. J’adore !
De quel instrument as-tu commencé à jouer ? Comment t’es-tu dirigé vers la lapsteel ?
Thomas Frank Hopper : J’ai commencé par la basse à 15 ans, avant de me tourner vers la guitare puis la lapsteel. J’adore cet instrument, la slide qui permet de faire chanter les notes presque comme une voix ! J’aime aussi en détourner les codes pour l’intégrer à un blues-rock bien roots, bien électrique D’ailleurs, un ami luthier de Bruxelles a transformé une planche de skateboard en lapsteel. Je l’appelle ma « lapboard », un mélange de skate et de lapsteel.
Te souviens-tu du premier concert que tu as vu ?
Thomas Frank Hopper : Le tout premier concert auquel j’ai eu la chance d’assister, à 14 ans, était celui du groupe de reprises de ma sœur aînée. Elle y jouait des morceaux de Guns N’ Roses, Fleetwood Mac ou Alanis Morissette. J’étais bluffé par la cohésion du groupe et surtout par l’énergie qui s’en dégageait, même s’il s’agissait d’un groupe amateur. C’est là que je me suis dit : « Moi aussi, je veux monter sur scène et jouer avec mes tripes ! »
J’ai grandi en Afrique, où les concerts et les festivals étaient peu présents, notamment parce qu’il y avait peu de salles dédiées à ça. De retour en Belgique, entre l’internat et le contexte familial, je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’assister à des concerts dans un premier temps. Mais vers la fin de mon adolescence, j’ai commencé à fréquenter les petites salles underground, à l’époque où la scène punk et punk-rock était en pleine effervescence. Il y avait une multitude de groupes peu connus, souvent bien déjantés et bien rock’n’roll. J’en garde d’excellents souvenirs !
C’est finalement vers 22 ans que j’ai découvert les grands festivals en plein air, et j’ai tout de suite adoré ça. J’ai notamment pu voir, lors d’un premier grand festival, trois artistes que j’aimais énormément à l’époque : Ben Harper, Keziah Jones et Ayo. Un autre concert qui m’a particulièrement marqué, quelques années plus tard, est celui de Lenny Kravitz. Musicalement, c’était juste dingue. Et avec Gail Ann Dorsey à la basse, c’était tout simplement incroyable !
Ce qui me touche avant tout, c’est l’énergie qui se dégage d’un groupe sur scène, cette alchimie entre les musiciens qui se donnent à fond et cette connexion directe avec le public. C’est toujours, aujourd’hui, l’une des choses les plus importantes pour moi.
Aujourd’hui, avec ce troisième album, peut-on parler d’évolution ?
Thomas Frank Hopper : Oui, clairement. Wild Ones Never Die reste fidèle à mes racines blues-rock, mais j’avais envie d’explorer d’autres territoires, avec davantage de contrastes. On retrouve des morceaux très puissants, mais aussi des ambiances plus pop, folk ou groovy. Je pense que j’ai gagné en maturité (c’est une évidence) et que je suis aujourd’hui plus libre dans ma manière de composer… j’ai moins peur de prendre des risques.
Peux-tu nous parler de ta manière de travailler ? Comment procèdes-tu pour la création des titres ?
Thomas Frank Hopper : Je pars souvent d’un riff de gratte, d’une mélodie qui me vient. Ensuite, le morceau se construit progressivement autour de la guitare, avec le band. Les arrangements évoluent beaucoup grâce aux échanges entre les musiciens qui prennent une part importante dans la composition.
Comment s’est passé l’enregistrement de Wild Ones Never Die ?
Thomas Frank Hopper :Nous avons enregistré l’album en neuf jours à l’Opus Studio, près d’Honfleur, avec Alexandre Leroy (mon ingénieur du son). C’était un endroit magnifique, propice à la création. Nous avons travaillé dans une atmosphère très agréable, avec Gigi et Pascal qui nous ont accueilli comme des rois. L’album a ensuite été mixé en Belgique et masterisé par Pieter De Wagter.
Le processus créatif a-t-il évolué entre ton premier album et ce nouvel album ?
Thomas Frank Hopper : Oui, je pense que j’ai gagné en confiance et que je me pose moins de limites. Sur les premiers albums, je cherchais encore à définir mon identité sonore. Aujourd’hui, je sais davantage ce que je veux, mais je suis aussi plus ouvert aux surprises et aux collaborations ;)
Peux-tu nous dire quelques mots sur la pochette ?
Thomas Frank Hopper : L’identité visuelle a été imaginée avec mon ami et illustrateur SMOOZ. Je trouve important que la pochette prolonge l’univers musical et ne soit pas simplement une image posée sur un disque…
Peux-tu nous décrire l’ambiance de chacun des dix titres ?
Thomas Frank Hopper : Ready to Thrive : une ouverture énergique qui donne immédiatement le ton de l’album. Morceau très INDIE-ROCK à la Arctic Monkeys. Pas très blues pour le coup. Les puristes de blues ou de blues-rock ne vont pas aimer
Freak Show : Un morceau blues-rock avec un riff de guitares très accrocheur. À la base, je voulais quelque chose dans l’esprit de Thin Lizzy, avec ce jeu de guitares harmonisées, mais le résultat est finalement plus roots et organique, avec un son moins marqué par les années 80.
Six Feet Underground : morceau que j’ai composé dans l’avion à mon retour de Memphis. Inspiré du blues trad., j’y parle du King (Elvis of course) et de Robert Johnson (paroles : Say hi to Rob out of town). Avec un chouette solo clavier.
Wild Birds : C’est un morceau bien engagé, probablement le plus pop de l’album. On est clairement dans du pop-rock, porté notamment par la voix de Meri Lu Jacket, une jeune chanteuse italienne qui nous a rejoints lors de la release de l’album au Botanique, une salle mythique de Bruxelles.
Le clip animé vient tout juste de sortir ! J’invite les lecteurs à aller le découvrir sur ma chaîne YouTube ou via mon site. Il a été réalisé par Chloë Chapel, avec des illustrations de mon ami Smooz (qui a réalisé la pochette de l’album). Petite pépite ce clip !
Never Lonely : Un titre bien roots, à mi-chemin entre le blues-rock et le rap à l’américaine. Jacob Miller, notre bassiste d’origine américaine justement, y pose sa voix et le résultat est bluffant !
Take Me Home : une respiration plus mélodique, proche de la ballade. J’y joue de la gratte acoustique.
Jackie Brown : un morceau qui poursuit l'exploration de notre univers blues-rock. J’y parle évidemment de Jackie du fameux film de Tarantino
Open Road : une invitation au voyage. Une belle collab. avec la chanteuse de blues croate : Vanja Sky. Petite anecdote : on a enregistré la voix de Vanja en Allemagne dans une chambre d’hôtel, entre deux concerts
Idiocracy : C’est le morceau « grosse baffe » de l’album ! J’y dénonce les dérives de notre société, le culte du corps, l’abrutissement par les réseaux sociaux et la montée du fascisme. Un titre engagé, qui cherche à bousculer.
Zippin Pippin : Un morceau doux-amer pour clôturer l’album, à la fois mélancolique et apaisant. J’y aborde le thème des addictions et de leurs conséquences, parfois tragiques, voire fatales.
Peux-tu nous parler de tes featuring avec Meri Lu Jacket, Jacob Miller et Vanja Sky ?
Thomas Frank Hopper : J’aime les collaborations parce qu’elles permettent d’ouvrir de nouvelles portes. Meri Lu Jacket, avec sa voix nasillarde, apporte ce côté tragique à Wild Birds, tandis que Jacob Miller (bassiste et qui fait également mes chœurs), prête sa voix à Never Lonely (un bon rap à l’ancienne, EAST COAST). Quant à Vanja Sky, elle apporte sa touche bluesy à Open Road.
Y a-t-il un artiste ou un groupe avec lequel tu aurais aimé jouer ?
Thomas Frank Hopper : Il y en a beaucoup ! J’aurais adoré partager la scène avec des artistes comme Jimi Hendrix ou Stevie Ray Vaughan. Jefff Buckley aussi (j’adore son univers et sa voix !!!!). Ce sont des musiciens qui avaient une liberté et une intensité incroyables. Mais j’aime aussi découvrir de nouveaux artistes et provoquer des rencontres musicales inattendues… en Belgique ou en France (j’espère du moins).
Qu’est-ce que tu écoutes en ce moment ?
Thomas Frank Hopper : J’écoute beaucoup Rival Sons. Ils sont pour moi un des meilleurs groupes de blues-rock de ces 10 dernières années.
J’écoute aussi beaucoup Jacob Raagaard, que je considère comme l’un des meilleurs joueurs de Weissenborn, cette lapsteel traditionnelle. Son jeu est magnifique, profond et d’une telle maîtrise… C’est un véritable maître dans son art.
J’écoute aussi pas mal Gregory Alan Isakov. Pour me calmer C’est beau, profond et apaisant.
Quels sont tes projets pour les mois à venir ?
Thomas Frank Hopper : L’objectif est de faire vivre Wild Ones Never Die le plus possible sur scène déjà. Le live est essentiel pour moi : c’est là que mes morceaux prennent véritablement vie, et que le public peut vraiment découvrir mon univers. J’ai envie de défendre cet album, de rencontrer de nouveaux publics et de continuer à faire évoluer notre musique (et si possible jouer un maximum en Europe et en France du coup ;)).
Quelque chose à rajouter ?
Thomas Frank Hopper : Faire de la musique est une aventure collective, et chaque rencontre compte. J’espère que cet album vous donnera autant de plaisir à écouter que j’ai eu à le créer !
Un grand merci à Shooting Idols. Les médias alternatifs sont précieux pour faire vivre la musique autrement et mettre en lumière des artistes qui n’ont pas toujours la visibilité qu’ils méritent. Merci aussi à toutes celles et ceux qui soutiennent ces médias indépendants, malheureusement de plus en plus rares.
Et enfin, j’ai hâte de retrouver les scènes françaises. Jusqu’ici, nous y avons toujours été super bien accueillis, avec un public au rendez-vous. Ça donne forcément envie de revenir ;)
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