mardi 2 janvier 2024

MARLOW RIDER (TONY MARLOW) // INTERVIEW // Un parcours "Cryptogenèse" - 30 Novembre 2023.

 
En cette fin du mois de Novembre une rencontre avec Tony Marlow pour revenir en profondeur sur sa carrière et parler de la sortie de ce nouvel opus "Cryptogenèse".

Nous avons appris énormément de choses sur ce pur et dur et nous espérons que vous allez prendre du plaisir à lire ou écouter cette interview vérité et par la même en apprendre aussi sur le Monsieur.

Allez c'est à toi Tony c'est parti.


Raconte moi comment s'est passé ta jeunesse à Charleroi et tes années Belge, Corse puis Parisiennes ?

Tony Marlow. Oh la la ! Hé bien en fait la jeunesse à Charleroi... je suis juste né à Charleroi et puis tout de suite, en fait j'ai habité dans un autre coin de Belgique.
Mais très peu de temps parce qu'en fait mes parents se sont installés en Corse quand j'avais 7 ans et  donc voilà. C’était comme un petit garçon du début des années 60 , c'est à dire les trains électriques, gros nounours à la télévision et puis voilà...

En 1963, tu t'installes en Corse

Tony Marlow. Oui c'est ça, en 1963, mes parents s'installent en Corse. A partir de là, je change un peu, on va dire d'horizon, et également, petit à petit, de manière de penser, parce que, étant scolarisé en Corse et fréquentant de jeunes corses, j'ai, petit à petit, pris un peu la mentalité de l'île.
Mes études ? A partir de l’âge de 12 ans, je suis à l'internat du lycée de Bastia. Mes parents étaient
dans un petit village qui s'appelle Solaro, sur la côte orientale, en peu au dessus de Porto-Vecchio, donc, là-bas, il fallait bouger pour être scolarisé. Donc j'ai été à l'internat du lycée de Bastia. On avait, à l'internat, un foyer avec tourne-disque, des disques, chacun amenait un peu ses 45 tours, et c'est un peu là où j'ai eu mon éveil musical.

Quelles ont été tes premières découvertes musicales ?

Tony Marlow. A l'époque, là on arrive à peu près vers 1968/1969, il y avait beaucoup, beaucoup de disques de Johnny évidemment. Beaucoup de EP de Johnny. Les gars étaient fans de Johnny la plupart, et c'est par Johnny que je découvre ,,,,,,c’était la période rythm'n'blues et psychédélique chez Johnny et donc je découvre «Hey Joe» par Johnny et c'est comme çà, qu'après, j'ai découvert Hendrix, grâce à la version «Hey Joe» de Johnny. Il y avait également des 45 tours des Beatles, des Rolling Stones et des groupes de l'époque et c'est comme çà, donc, que je me suis éveillé à la musique, à l'internat.

Tu apprends à jouer de la batterie à quel âge?

Tony Marlow. Toujours dans ce foyer, à partir de 1970, ils installent en plus, pour je dirais égayer les soirées des internes, un piano et une batterie. Je ne sais pas pourquoi, mais la batterie m'a irrésistiblement attiré. J'ai commencé à taper un peu sur la batterie. Après, il y avait un pote qui savait jouer un petit peu donc il montré quelques rudiments. Et puis, c'est parti comme ça. Également, à cette époque là, en 1970, Elvis fait son come-back en public et je découvre le double à Las Vegas, un disque en public et l'autre en studio. Mais le disque en public, donc c'était l'International Hôtel, quand il fait son retour en Août 69, et avec un orchestre du tonnerre dont James Burton à la guitare, Ronnie Tutt à la batterie, Jerry Scheff à la basse et puis Elvis qui était survolté à cette époque là, qui avait une voix comme il n'a jamais chanté. Il y avait encore tout le coté des années 50, qui était en même temps en phase avec son époque. Il n'a plus jamais chanté comme çà, ni avant, ni après, pour moi. Et donc, c'est extraordinaire ces versions «Blue Suede Shoes», «Johnny B. Goode» ou «Hound Dog» qu'il fait là, à cette époque là, c'est fantastique et cela m'a encore plus motivé à me mettre dans la musique.

Puis tu te tournes vers la guitare. Comment as-tu fait ton choix?

Tony Marlow. Avant la guitare, il s'est écoulé quand même de nombreuses années où j'étais batteur, donc je me suis mis vraiment à bosser l'instrument comme un forcené on va dire.  Quand je rentrais chez moi de l'internat le samedi en fin d’après midi il y avait une émission qui s'appelait POP 2 et avec POP 2 je découvre plein de groupes fantastiques. Évidemment en Corse il n'y avait aucun concert de rock donc à POP 2 on avait l'occasion de voir les groupes. Des groupes extraordinaires et donc, notamment quand Jeff Beck avec BBA ( Beck Bogert et Appice) est venu faire son concert. Ça, cela m'a retourné, le concert de Jeff Beck. Mais il y en a eu d'autres, Deep Purple, les MC5 . Le batteur de Jeff Beck, à l'époque, Carmine Appice avec les 2 grosses caisses, a été vraiment un modèle pour moi et j'ai vraiment beaucoup bossé dans cet esprit là. Et d’ailleurs, juste avant il était dans Cactus et Cactus, j'ai eu la chance d'avoir le 1er album et cela a été pour moi un disque de référence, Cactus. Donc je bosse la batterie pendant une dizaine d'années et intensément. J'avais même après acheté les 2 grosses caisses , j’avais vraiment la double batterie comme Ginger Baker ou Appice et des mecs comme ça et donc après je monte à Paris.
Avant de monter à Paris, déjà on montait des groupes au lycée . On allait jouer l'été dans les bals de village, dans les camps de vacances. On faisait des reprises rock du moment et voilà  et après j'arrive à paris pour vraiment faire de la musique à fond . C'est là que j'ai monté différent groupes qui vont m'amener petit à petit aux Rockin' Rebels où je suis encore batteur à l'époque.
Donc pour répondre à ta question, la guitare vient plus tard . Entre la batterie et la guitare il y a eu une période où j’étais chanteur . C'est à dire qu'au départ dans Rockin' Rebels je suis batteur. Après,  batteur chanteur car on a eu des problèmes avec notre premier chanteur . On continue sans lui donc on se retrouve à chanter tous les 3 en jouant des instrument et à partir de 1980 je passe au chant complètement. Voila, donc pendant toute la période Rockin' Rebels, jusqu'à la fin du groupe, début 1985, je suis chanteur . C'est là où on fait la 1ere partie des Stray Cats, dans toute la France où on fait, on peut le dire quand même, un tube radiophonique en tout cas, «Branche le poste» , produit par Aldo Martinez qui était le bassiste des Chaussettes Noires et donc pendant tout ça, je suis chanteur et c'est après vers 1987/1988 quand je commence un petit peu à jouer dans les clubs de jazz en formation plus swing, que je me mets à la guitare.

Je pensais que tu avais appris à jouer de tous les instruments à l'époque. Je ne savais pas que tu avais appris la guitare bien plus tard.

Tony Marlow.  A complètement oui . Je me mets à la guitare à 30 balais quoi. Ha oui je suis un... comme me disait mon prof de guitare Mauro Serri, tu es un, comment dire, un jeune, vieux guitariste. Je suis passé de la batterie au chant parce qu'il nous fallait à un moment un chanteur à part entière, dans Rockin' Rebels, pour être vraiment compétitif visuellement et scéniquement. Comme moi j'aimais bien danser etc,,,,et que je chantais déjà en jouant de la batterie, donc cela s'est fait un peu naturellement le passage. J'ai délaissé la batterie du coup. Bon il faut faire des choix c'est comme çà. Et donc voilà, c’était pour passer au chant. Et après, du chant, je me suis mis à la guitare. Au début , je me suis mis à la guitare pour travailler la voix, parce que je n'avais pas d'instrument mélodique pour me permettre de chanter bien, choper les tonalités, la justesse et tout. Donc je me suis mis à la guitare au départ pour bosser le chant et après je me suis pris au jeu et j'ai bossé la guitare comme un instrument à part entière.

Quels sont les groupes qui t'ont donné envie de faire de la musique?

Tony Marlow.  On en a parlé précédemment, mais il y a eu Elvis. Vraiment çà a été une déflagration. Il y a eu un peu tout ces 45 tours de Johnny de l'époque: «Hey Joe», «Mon fils», «A tout casser». C'est toute cette période là . Voyage au pays des vivants, l'album avec «Je suis né dans la rue», etc... Tout ça m'a beaucoup marqué. Également, après on suivait aussi l'actualité, en achetant Best ou Rock and Folk et on voyait tous les groupes français comme Les Variations, Triangle, Martin Circus, tout ça aussi. Puis après, dans les groupes étrangers, il y avait les Beatles, je les choppe un peu mais c'est déjà sur la fin . Évidemment, c'est Beatles, les Rolling Stones et énormément  Hendrix . Quand je découvre Hendrix aussi, là  c'est un coup de foudre immédiat . C'est à dire que quand j'étais ado j’écoutais «Red House» sur l'album In The West il y a une version de 13 mns de Red House. J'écoutais çà dans ma chambre d'ado, toutes lumières éteintes, juste pour être immergé dans la musique de Jimi.  
Parmi mes grosses influences, il y a eu çà. Il y a eu aussi Creedence Clearwater, que je découvre avec l'album «Cosmo's Factory» qui est un des premiers 33 tours que j'ai acheté d'ailleurs. Il y a eu aussi un album que l'on m'avait offert et qui était fantastique. C'était les Frost «Rock and Roll Music», un live au Grande Ballroom de Detroit. Là aussi c'est très très violent, très très fort. Avec Dick Wagner à la guitare. C'est vraiment un album qui m'a marqué ça aussi. Après j'aimais beaucoup aussi Deep Purple, Led Zeppelin quand c'est arrivé et puis après, déjà début 70, Alice Cooper. J'ai tout de suite accroché sur Alice Cooper. Rétrospectivement, j'écoute les Doors aussi. Après il y a aussi 2 artistes qui m'ont beaucoup influencé, c'est Lou Reed et Blue Oyster Cult. J'adorais Blue Oyster Cult. Je les découvre avec l'album «Tyranny & Mutation», le 2ème et puis après j'étais fan des Blue Oyster Cult. Donc voilà, il y a pas mal d'influences. Après il y a aussi les pionniers du rock. J'écoutais aussi Gene Vincent, Eddy Cochran, Johnny Kidd, parce qu'à l'époque, il n'y avait pas de sectarisme ni de barrières comme maintenant, où l'on a tendance à tout mettre dans des petites boites. A l'époque on pouvait écouter un peu de tout ce qui était rock des origines jusqu'à ce qui se faisait au temps présent. Voilà, c'était donc un peu un mélange de tout ça.

Te souviens-tu de ton tout premier concert ?

Tony Marlow.  On va dire qu'en dehors des petits groupes de lycée, mon  premier vrai concert, celui où j'ai vraiment  eu les foies, parce que je les avais à zéro, c’était ,,,,, Ha ça c'est une histoire marrante . Donc il y avait à coté de Porto-Vecchio, un camp de vacances qui s'appelait La Croix Du Sud et qui appartenait à l'acteur Michel Constantin. Avec des potes, on va là-bas, un soir, parce qu'on aimait bien, pourquoi pas éventuellement rencontrer des filles. La vie d'ados de l'époque et donc c’était une sorte de Club Med avec des gradins, une piste de danse et une scène avec un groupe qui était censé jouer. Sauf que le soir où on se pointe il  y avait les instruments mais pas de groupe. Donc on boit un verre au bar et je demande : le groupe ne joue pas ce soir ? On me répond: non car ils n'ont plus de batteur. Leur batteur s'est fait arrêté par la police. C'était des parisiens qui venaient faire la saison en Corse. Le batteur avait une sombre histoire à Paris. Les flics l'avaient retrouvé et étaient venus jusqu'en Corse le chercher. Donc il était en prison à Paris. Donc si tu veux, ils n'avaient plus de batteur. Avec l'inconscience de la jeunesse, je dis au barman: moi je suis batteur. Si vous voulez je peux le remplacer ? Il me dit : Pourquoi pas ? Je vais en parler aux musiciens. Justement il y avait le pianiste qui prenait un verre au bar donc il l'appelle et il me présente : Là il y a un jeune du coin et il joue de la batterie.
Le pianiste : tu joues depuis longtemps ?
Moi : 2 ans.
Lui : tu joues quoi ?
Moi : Du rock !
Le pianiste : Tu es près à bosser ?
Moi : Oui
Lui : Si je te propose, demain tu viens et on se fait une petite audition dans notre local de répet qu'on a dans le camp et puis on voit si ça le fait ? Si c'est le cas, pourquoi pas ?
Le lendemain, je me pointe dans le local. Le groupe était au complet. Moi à la batterie. Ils essaient du rock, çà va, du rhythm and blues, des slows et tout .
Le groupe : Est-ce que tu sais jouer du Mambo, du Cha-cha ?
Moi : Ha je ne sais pas ce que c est ça ! Pas du tout!
Eux : Si tu es près à bosser, on vas t'apprendre les rudiments de tout ces trucs là mais pour le rock tu as la fougue. Il faut bosser mais tu as quand même l'essentiel donc on le fait.
Au bout d'une semaine de travail acharné, le grand soir arrive. Tout le village, le camp de vacances, tout le monde savait qu'il y avait un jeune batteur du coin qui allait dépanner le groupe et que le groupe pouvait recommencer à jouer. Donc c'était archi plein. Il y avait du monde partout. Il y avait les rideaux qui étaient fermés. Moi j'étais donc sur la batterie, derrière le rideau, et honnêtement j'en menais pas large.  Et puis les rideaux s'ouvrent et c'est parti. Dès que j'ai commencé à jouer, le trac est parti. Je tremblais tellement j'avais peur. Mais dès que les rideaux se sont ouverts, le trac est parti et c'est mon premier vrai concert comme batteur. En plus, les gars qui étaient Parisiens, jouaient vraiment très bien. Il y avait des gars qui avaient joué avec Ronnie Bird, avec Noël Deschamps , donc c’était vraiment des bons musiciens. Ils m'ont énormément apporté et fait passer déjà à un stade professionnel. Donc voilà c'était mon premier concert.
Par contre, le premier concert que j'ai vu ? Le premier groupe connu que j'ai vu, parce qu'en Corse personne ne venait tourner, on était complètement oublié, coupé du monde. Le seul groupe Français connu qui a osé venir jouer jusqu'en Corse ce sont Les Variations. Les Variations ont joué à Bastia, au cinéma Le Régent en 1972 je crois ou 1973 et là j'ai pris une claque. C'était fantastique, les membres d'origine, avec Jacky Bitton, avec les 2 grosses caisses, Marc Tobaly, Jo Leb. Wow , j’étais content. La aussi, cela m'a énormément motivé pour bosser et pour progresser .

Les premiers groupes dans lesquels tu as joué ?

Tony Marlow. Hé bien en dehors de ce groupe qui n'avait pas vraiment de nom, qui était un groupe monté pour faire la saison en Corse, j'ai monté des groupes à Bastia. Ça allait des groupes qui allaient entre prog, hard rock. Il y en avait un qui s'appelait : Sorcières de l'Aube, là on était quand même dans le progressif. Le pianiste était un grand fan de Van Der Graff Generator, King Crimson. Après il y a eu le groupe qui s'appelait Hord, qui était plus rentre dedans. Hord mais sans E à la fin. Puis après des groupes pour faire les bals. On allait jouer dans les villages l'été, où là c'était des fois très très chaud , il nous est arrivé plein d'histoires mais çà ce serait trop long à raconter,,,, il faudrait qu' un jour j'écrive mes mémoires pour raconter toutes ces péripéties.
Et puis en arrivant à Paris , j'ai rencontré un groupe qui s'appelait Éclectic et dans lequel je suis rentré comme batteur et avec ce groupe là j'ai joué 2 ans 1976/1977. On a fait notamment 2 saisons en Corse. Sur 2 mois, on arrivait à faire 60 dates. On tournait tous les soirs. Avec de très bons musiciens là aussi.
J'habitais dans le 12 ème , Porte Dorée et j'étais voisin de Mauro Serri qui était un grand guitariste de Blues Rock qui jouait à l'époque avec Mark Robson et LePoing mais qui après à jouer avec Bill Deraime et Eddy Mitchell etc … J'avais dit à Mauro, qui était un ami, que je cherchais un groupe.
Le guitariste d’Éclectique était un élève de Mauro. Il m'a dit qu'ils n'avaient pas de batteur et cela s'est fait comme ça. Le guitariste s'appelle Frantz Magloire et a joué après dans le groupe Diesel. Et ensuite dans Little Bob, pendant un moment. C'était un très très bon guitariste. Le clavier/chanteur, Bernard Flavien est rentré après chez Phonogram en tant que directeur artistique. Il a produit des disques qui ont marché. Il a même fait un tube avec un groupe qui s'appelait Charlie Makes the Cook. C'était un trio de filles . Le bassiste Jean-Paul dit « Nono » , lui après,  je lui ai proposé de jouer dans les Rockin' Rebels quand j'ai monté le groupe. Il y avait aussi un saxophoniste/ flûtiste, Jean-Marc Boget, qui a joué dans des groupes de jazz après, avec Eddy Louiss et avec plein de gens. Donc c’était un groupe de très bons musiciens . Je garde de très très bons souvenirs, à tel point que sur mon dernier album j'ai même composé un titre qui s'appelle Éclectic où j'évoque toute cette période dorée , on va dire, de l'insouciance de la jeunesse.



Ton pseudo Tony Marlow, d'où vient-il ?


Tony Marlow. Il vient en partie du prénom Antoine parce que j'aime bien ce prénom. Je trouvais que Tony ça sonnait bien. Et puis, Marlow, c'est pour le détective privé Philip Marlowe parce que j'aimais bien la philosophie du personnage crée par Raymond Chandler. J'aimais bien çà et je me suis dit Tony Marlow cela sonne bien. C'est vrai qu'aujourd'hui ce serait à refaire..... comme je m'appelle Gérard Toubeau, beaucoup de gens m'ont dit : mais pourquoi tu n'as pas gardé ton nom ? Toubeau çà sonne super bien. Et en effet. Mais à l'époque, on aimait bien prendre des pseudos mais ce serait à refaire je pense que je garderais mon nom.


1977, tu crées Rockin' Rebels (Dans lequel tu étais batteur) . Parle nous de cette aventure de 7 ans et 3 albums ?  

Tony Marlow. J'étais fan d'Elvis. En arrivant à Paris, j'ai découvert un fan club qui s'appelait le Treat Me Nice Fan club de Jean-Marc Gargiulo. En tant que fan d'Elvis, je découvre rapidement l'existence de celui-ci. Ils faisaient des réunions les samedis après-midi et projetaient des films qu'on avait jamais vu à l'époque, en super 8. Les Ed Sullivan show que l'on peut voir maintenant sur n'importe quelle chaîne you tube. Mais à l'époque c'était ultra rare. Cela ne passait jamais à la télévision Française et lui il avait tout çà en super 8. Je découvre comme çà plein de choses. Dans ce club Elvis , je me lie d'amitié avec Victor Leed , chanteur d'origine Kabyle, qui chantait très très bien du Elvis et je découvre au fur et à mesure des passionnés de Rockabilly comme Charlie Barbas.  Il habitait rue des Suisses et faisait des écoutes de 45 tours originaux de Rockabilly et je découvre vraiment le Rockabilly originel sur les singles d'époque. Charlie était un mec super, pas hautain du tout avec les jeunes, mais au contraire qui donnait , partageait beaucoup. Il adorait cette musique et surtout la faire partager . C'est comme ça que je découvre vraiment le Rockabilly. Également à la même époque, au gré de mes découvertes parisiennes, je découvre l'Open Market rue des Lombards. C'était la boutique où il fallait aller. C'est comme ça que je rencontre Marc Zermatti et on sympathise.  J'avais envie de monter un groupe de Rockabilly. C'était dans l'air du temps. D'autant plus que lors d'un petit concert improvisé au club d'Elvis, il y a des gars du Golf Drouot qui arrivent et dedans il y a Tintin, Eric Rice dit Tintin qui était un super chanteur. Il demande s'il peut faire un bœuf, il chante et là je me suis dit : ce mec là , il y a un truc … Je lui propose de monter un groupe et les Rockin' Rebels naissent comme çà. Après il fallait un guitariste. Donc au départ, Tintin connaissait un guitariste qui s'appelait Alain Dupont, qui jouait à l'époque avec Vince Taylor et à coté de çà, tournait dans des films pornos avec sa copine . Bref, c'était le rock'n'roll à l'époque. La rencontre avec Alain Dupont ne se passe pas très bien. Il avait des idées très bornées. J'ai dit à Tintin  cela ne va pas le faire. Et comme bassiste on devait avoir Riton mais Riton rentre à l'époque dans  Asphalt Jungle avec  Patrick Eudeline et du coup je demande à Nono d'Eclectic s'il veut venir faire la basse. J'avais mon ami de lycée avec qui j'avais déjà fait des groupes à Bastia, qui était lui aussi monté à  Paris et je demande à Jean-Marc Tomi s'il veut être le guitariste du groupe. Surtout, il faisait du picking, ce qui était assez rare à l'époque et pour faire du rockabilly le picking ça sert quand même. Donc voilà les Rockin' Rebels naissent comme çà. On démarre tous les 4 et très vite, quand je vois Marc à Open Market, je lui dis : j'ai monté un groupe de rockabilly et on s'appelle les Rockin' Rebels . Il me dit : c'est super. Dès que vous avez quelque chose à me faire écouter, préviens moi car  cela m’intéresse de sortir un 45 tours. On fait une démo avec 7/8 titres que j'apporte à Marc. Tout de suite, il est emballé et nous emmène en studio. Quelques mois après, en Mai 1978 sort le premier 45 tour des Rockin' Rebels, sur le label Skydog, avec le titre Western en face A et Ravin' Sound en face B. Voilà la genèse des Rockin' Rebels.
L'aventure dure jusqu’à début 1985. Il se passe beaucoup de choses. Tintin qui était quand même un mec de banlieue, qui avait de supers qualités artistiques mais qui n'était pas toujours facile à vivre au quotidien, hé bien à un moment, çà ne colle plus trop avec lui donc on continue sans lui mais en intégrant un ami à nous qui rentrait de l'armée et était pianiste/saxophoniste qui s'appelait Ramon Roccez junior, qui était de Nevers. Voilà on continue sans Tintin mais avec Ramon en plus, jusqu'à ce qu'au bout de 2 ans, on se rend compte qu'il fallait quand même un chanteur. Je prends la place de chanteur et laisse les baguettes à Jean-Jacques Bonnet qui était à l'époque le batteur de Rock’n’roll Gang. Il n'avait pas accompagné Gene Vincent en 1967, il était trop jeune mais le groupe s'est reformé et c’était lui le batteur de Rock’n’roll Gang. C'est avec cette formation que l'on va enregistrer le 45 tours « Branche le Poste » , notamment produit par Aldo Martinez, qu'on va faire la 1 ère partie des Stray Cats dans toute la France. 10 dates quand même dont 2 à l'Olympia puis après toutes les grandes villes :  Bordeaux, Tours, Nice, Montpellier, Aix en Provence et Lyon pour terminer. Cette tournée, elle aussi, mériterait à elle seule une petite séquence tant il y a d'anecdotes. Cela se passe très très bien avec les Stray Cats qui sont vraiment adorables. On sympathise avec eux, petit à petit, au cours de la tournée. C'était un très très bon souvenir là aussi.
Après « Branche le Poste », ça a décollé. On se retrouve en playlist sur RTL, NRJ. Ça passait partout. C'est un succès radiophonique et au niveau des ventes, ça sortait chez CBS,  Epic  qui était un label de CBS. Sauf que çà a démarré tellement vite en promo qu'ils ont été pris de court. Quand on faisait 3 télés dans la semaine, le disque était pas en place dans les grandes surfaces. Donc voilà, dysfonctionnement. Aldo était fou et il allait tous les jours gueuler. Mais le problème, c'est que c'est une tellement grosse structure que le temps que ça se répercute, que les disques soient fabriqués en masse, qu'ils soient mis en distribution, hé bien il s'est écoulé un temps qui à fait que, malheureusement..... on n'en a vendu quand même 80 000, qui fait qu'aujourd'hui on serait disque d'or mais à l'époque ce n'était pas suffisant. Il aurait fallu faire au moins 300/400 000 pour….A l'époque on vendait du disque ! Petit à petit, début 85, les choses de la vie ont fait que.... les gars la plupart ont pris des boulots, se sont mariés, ont eu des mômes et donc n'avaient plus trop le temps de faire le groupe. Et c'est là où du coup le groupe se met un peu en sommeil et je démarre l'aventure en solo sous le nom de Tony Marlow.

A la fin des années 88, tu produisais des soirées à la chapelle des Lombards. Comment cela se passait ?


Tony Marlow. Ce sont mes débuts d'organisateur de concerts c'est à dire que je passe un peu de l'autre coté de la barrière. Je ne suis plus artiste mais organisateur. Bien voilà, j'avais envie un petit peu de faire jouer des groupes moi-même, d'organiser des soirées donc je monte ce concept Rock Frénésie, qui était quand même dédié au style Rockabilly et aux styles voisins, entre le swing, country, blues etc... et donc ça se passe super bien . Pendant un an, on fait çà tous les dimanches après-midi et à l'issue de cette année, il y avait un label qui s'appelait « Blue Moon Records , qui était plutôt un label de Reggae mais qui était intéressé pour sortir une compil des groupes que j'avais fait joué . On monte cette compilation qui s' appelle « Rock Frénésie », du nom des soirées et qui est distribué par New Rose! Donc à l'époque ça sort avec Ted Benoît, le dessinateur qui nous fait une belle pochette. Ça sort à New Rose Distribution, à la fois en vinyle et K7 et en CD, parce que c’était les débuts du CD. Ça a eu un bon succès. Tout se vend. On a du en faire 3000 , un truc comme ça mais à l'époque c'est parti comme des petits pains et on fait une belle soirée au Bataclan avec tous les groupes de la compil. C'était un mardi soir et on a quand même fait 700 personnes un mardi soir au Bataclan, avec que des groupes Français pas connus . On est dans le rockabilly donc c'est de  l'underground. Et on fait 700 personnes un mardi soir donc c'était une belle expérience.

Avec Betty Olson, tu formes « Betty and the Bops ». Avec 5 albums, raconte nous cette aventure.

Tony Marlow. « Betty and the Bops », ça naît de ma rencontre avec Betty Olson . On se rencontre, cela se passe bien et donc on se met en couple tous les 2. Comme elle avait quand même un beau filet de voix sous la douche, l'idée vient de monter un groupe de Rockabilly. Elle aimait bien le Rockabilly, Wanda Jackson, Janis Martin notamment. Donc voilà, on monte un groupe et on fait quand même, en effet, 5 albums. Le line-up a souvent changé parce que, grosso modo,  tous les 2 ans la section rythmique changeait mais bon il restait toujours Betty et moi. On a fait dans le style Rockabilly. Les 2 premiers albums sont sortis chez Skydog d'ailleurs parce que Marc était intéressé pour les sortir. Après, on fait un album. Entre temps c’était monté le club « Elvis My Happiness ». Donc je propose à Jean-Marie Pouzenc  un album de reprises d'Elvis, mais en français, c'est à dire avec les textes français qui avaient été faits au fil des années 60 sur les chansons d'Elvis. Lui il est chaud pour le projet et donc c'est lui qui nous produit l'album. On a été quand même dans les studios Marcadet, et dans de bons studios et il a tout financé. Dans la sélection il y avait  « It hurts me » , le texte que chantait Johnny sous le titre «  ça fait mal « . En effet, cela fait partie des réussites de l'album. Et après, on continue dans la veine en français. On sort un 4 éme album, également en français, où là il y a un mélange de compos et reprises. On reprend notamment « Harley Davidson », « Ces bottes sont faites pour marcher », donc la version française de « Eileen » de Nancy Sinatra, Eileen, la chanteuse des années 60. Et on conclut avec un 5 ème album, où on revient tout en anglais, très rock'n'roll, même British rock'n'roll, où on reprend « Please don't touch » de Johnny Kidd.. J'ai écrit une chanson «  59 club » en hommage aux clubs de motos anglais où on pose devant le  Ace Café London. C'est un groupe avec lequel on a beaucoup tourné, notamment dans toute l'Europe, toute la France aussi mais cela avait un bon impact à l'étranger. On a joué plusieurs fois en Angleterre, au festival de Hesby à Londres, en Espagne 2 fois, Barcelone on a fait tous les pays après. On avait un tourneur Allemand à un moment donc on allait régulièrement faire des tournées en Allemagne, Hollande, Belgique, Suisse, beaucoup en Suisse aussi. Au bout quand même de 10 ans, on se sépare dans la vie donc le groupe s’arrête aussi, les 2 étant un peu liés.

Tu as fait des premières parties grandioses (Stray Cats, Carl Perkins ,,,) Quels souvenirs en gardes-tu ?

Tony Marlow. Alors, concernant les Stray Cats, oui j'ai quand même gardé un petit contact avec Brian Setzer et d'ailleurs on s'est revu au fil du temps et quand, j'ai un petit peu collaboré à Jukebox magazine, un de mes premiers articles, le premier d'ailleurs a été sur Brian Setzer. Et pour le coup, j'ai pu l'interviewer. Donc il y a un interview exclusif qui est paru pour Jukebox et où là j'ai pu le rencontrer quand il a joué au Grand Rex en 2011, pour lui remettre le magazine et on a fait la photo ensemble. Il se rappelait bien de tout, des Rockin' Rebels. Donc avec Brian, on a toujours gardé de très bons contacts. Après on avait fait aussi, en 82, toujours avec Rockin' Rebels, la 1ere partie de Mink DeVille à l'Olympia, ça aussi c'est un bon souvenir. On avait fait les Inmates au Bataclan. On avait joué avec Wilco Johnson au Palais des Glaces, enfin donc on avait fait quand même pas mal de 1 ères parties sympas. On avait aussi, toujours à l'époque, joué 2 fois en tête d 'affiche à l'Olympia dans des festivals Rockabilly, qu'organisait Marc Barrière qui était le patron du Rose Bonbon. A chaque fois, il mettait Rockin' Rebels en tête d'affiche et ça remplissait l'Olympia. C'était les dimanche après-midi, et l'Olympia était rempli, parce qu'il y avait à l'époque un gros public rock'n'roll. Et après, grâce à My Happiness (là on saute des années), je me retrouve, plusieurs fois, à jouer en 1ere partie de Scotty Moore, un mec extraordinaire, d'une humilité et d'une gentillesse .....le gars a inventé le rockabilly et le rock'n'roll, et bon tu le croirais pas. Il s'excuse presque d'être là tu vois, c'est incroyable. Également James Burton, plusieurs fois aussi, au moins 4 fois avec James Burton, au Grand Rex notamment, au Trabendo , au Petit Journal Montparnasse et également donc avec Carl Perkins à l'Elysée Montmartre. Ça c'est un très grand souvenir. Carl Perkins aussi était quelqu'un d'une gentillesse et d'une humilité assez incroyable. Ça ce sont vraiment les Anglo-saxons. Souvent les Français qui ont fait très peu , le melon ne passait par les portes . Mais eux qui ont inventé le rock'n'roll, ils sont d'une gentillesse et d'une simplicité incroyables. C'est une grande leçon à prendre , auprès de tous génies quoi. C'est enrichissant à tout point de vue, enrichissant musicalement mais aussi beaucoup humainement.

Tu as toujours porté et défendu le flambeau de ta passion pour Elvis. Peux-tu nous en parler ?

Tony Marlow. Le King, que je découvre grâce à cet album, à l'internat, le come-back à Las Vegas et puis tout au long des décennies cela ne m'a jamais quitté, même si j'écoutais ou jouais d'autres musiques, lui est toujours là. Grâce au Treat Me Nice Club, d'ailleurs à l'époque il n'y en avait pas d'autres sur Paris, du moins qui organisaient des choses concrètes, puis après Elvis my Happiness. J'ai été fan d'Elvis depuis l'âge de 15 ans mais j'ai attendu mes 50 ans pour faire le pèlerinage à Memphis avec Elvis my Happiness, et là c'était mon cadeau pour mes 50 ans. Il fallait que je le fasse. Et donc je vais passé une semaine à Memphis, en août 2004, qui a été l'apothéose pour moi de ma passion pour Elvis. J’étais dans une phase où moralement, j’étais entre deux eaux, c'est à dire que j'avais besoin d'un petit coup de pouce, d'un petit rebond. Et honnêtement c'est Elvis qui me l'a donné. Quand l'avion s'est posé à Memphis, j'ai foulé le sol de Memphis. Tu rentres dans l’aéroport, la première chose que tu vois c'est une fresque avec BB King et Elvis et tu te dis : je suis chez moi ! Cela te fait une sensation,,, ça prends tout ton être, c'est incroyable. Et après pendant une semaine cela a été un reboostage total, avec évidemment la totale. La visite de Graceland, où là c'est pareil, dès que tu rentres dans la maison, tu as l’impression qu'il est là, tellement c'est imprégné de lui quoi. Évidemment, la visite aux Studios Sun, qui a été aussi un moment extraordinaire d’émotions intenses et aussi on est allé jusqu'à Tupelo, voir la maison natale. Il y a une petite aire de picnic juste à coté de la maison, donc tu pique-niques là où Elvis est né. C'est quand même ,,,,Ça fait quelque chose . Je suis revenu de là-bas, boosté à mort. C'était reparti pour les 20 années qui ont suivi. Sans problème et d'ailleurs , chose quand même très symptomatique, je n'ai jamais perdu les clefs de ma maison de ma vie mais le dernier jour à Memphis, en faisant mes derniers achats dans une boutique de Beale Street , j'ai oublié mon trousseau de clefs sur le comptoir. Parce que j'ai voulu sortir mes clefs pour prendre mon portefeuille et les clefs sont restées sur le comptoir. Donc, quand je suis arrivé, de retour chez moi à Montreuil, je cherche les clefs partout, je défais les valises... plus de clefs. Et après je me suis rappelé : oui j'ai oublié mes clefs à Memphis. C'est hautement symbolique. Ça voulait dire quelque part que je ne voulais pas rentrer. Je suis rentré chez moi par effraction. Elvis a toujours été et sera toujours là, même si il est moins des fois présent. L'année d’après, avec les Rockin' Rebels qui s'étaient reformés on sort un album entier en hommage à Elvis, qui s'appelle « Elvis Calling ». On reprend, en anglais cette fois, une sélection de 16 titres mais pas parmi les plus connus. C'est une sélection un peu plus pointue. Très bel album dont je suis très aussi. Il est malheureusement épuisé, que l'on ne retrouve plus et qui sort chez Skydog. C'est Marc Zermatti qui l'a sorti cet album.

La réformation des Rockin' Rebels ?

Tony Marlow. Çà s'est fait en 98. Je pense que c'était un besoin commun parce que, à un moment donné, les gars s'étaient un peu stabilisés dans leur vie, les enfants étaient grands et volaient de leurs propres ailes, moins de taf, etc... un peu un besoin . Donc j'appelle les gars, l'un après l'autre et je leur dis : Ça vous dirait ? Ha oui c'est une bonne idée, c'est super. Et donc, on s'est retrouvé les 5 mêmes, qui avait fait la tournée des Stray Cats. Les 5 mêmes pour remettre le truc . On sort un album qui s 'appelle « World Rockin' » et qui est rockabilly, en anglais, qu'avec des compos. Plus cet album en hommage à Elvis ( Elvis Calling) et on en profite pour sortir une intégrale de Rockin' Rebels, en français, de tous les titres qu'on avait fait en Français, à l'époque. Malheureusement après , il y a eu des décès, des maladies, des choses comme çà qui ont fait, que petit à petit ,,,,,çà a duré de 98 à 2004 et après il ne restait plus que Jean-Marc et moi. Les gars n'étaient plus là ou partis dans des lointaines contrées et ça s'est, de nouveau, arrêté, un peu par la force des choses . Et c'est là où je démarre vraiment Tony Marlow en solo, qui va m'amener jusqu'à Marlow Rider.


Ta rencontre avec Alicia F. et votre collaboration depuis 6 ans . Parle nous-en .

Tony Marlow. Ma rencontre avec Alicia s'est faîte chez un ami commun, je vous le donne en mille, c'est Marc Zermati. Marc a été très important dans ma vie et tout au long. En fait, depuis 76/77, il a toujours été là, des fois plus présent, des fois moins mais toujours là. Et notamment là !. Alicia était venue de sa Lorraine natale pour interviewer Marc pour son émission de radio. Elle voulait faire un spécial Skydog donc, autant aller direct à la source, au créateur.  Donc elle était chez Marc. Marc m'appelle et me dit : Écoute, ça te dit de passer à la maison ? C'était en plein mois de janvier, il faisait froid, j'étais crevé , j'étais rentré de Jukebox Magazine à pied parce qu'il n'y avait plus de métro, j'avais du m'acheter un bonnet tellement il faisait froid. Je lui dis : Marc je suis un peu crevé, peut-être qu'on pourrait remettre ça à une autre fois ? Il me dit : non ,non il faut que tu passes, c'est hors de question. Tu m'as dit que tu venais, il faut que tu viennes. Ok. J'ai pris mon courage à deux mains, j'ai pris la bagnole et j'ai été jusqu'à chez Marc. Et là, sur le canapé de Marc, il y avait Alicia. On s'est connu ce soir là. On a discuté pas mal, c'était sympa et puis, comme j'avais un concert pas très loin de chez elle à la fin du mois de janvier, du coup elle a dit : C'est sympa. Je viendrais bien te voir en concert. Et voilà, c'est parti comme ça. Après ce concert là, qui était à Saint-Dizier, on a concrétisé dans la chambre d’hôtel. J'étais en train d'enregistrer un album à cette époque là, donc je n'ai pu la revoir que le 18 mars, le temps que l'album se finisse et après, on ne s'est plus quitté. Elle a quitté sa Lorraine pour venir s'installer à Montreuil, avec son chat sous le bras.

Avec Alicia F. c'est plus punk et avec Marlow Rider plus rock 70'. Parle nous de cette fusion.

Tony Marlow. Pour reprendre la chronologie, après toute la carrière, mes débuts, le Tony Marlo's guitar party à partir du voyage à Memphis etc ...je tourne beaucoup en trio rock'n'roll, mais rock'n'roll assez évolué, assez pêchu . Il y a quand même 2 albums qui sortent, dont un, produit par Marc Zermati,qui s'appelle « Knock out out «  et qui a été enregistré au Kaiser Studio chez Lucas Trouble et qui a été la dernière production que Marc a sorti sur Skydog en 2010. Les années passent et donc effectivement en même temps, pratiquement en même temps, j'organisais de temps en temps des tributes au Balajo. Là on m'avait demandé d'organiser un tribute sur Chuck Berry. Dans les tributes que j'organisais, il y avait un Backing band moi j'étais chant/guitare et on avait des invités qui venaient chacun faire 1 ou 2 chansons. J'avais entendu qu'Alicia avait chanté du blues vers chez elle, elle avait pris des cours de chant, j'avais entendu des vidéos et je trouvais que c'était bien, la voix était sympa. Je lui dit : ça te dirait pas d'en chanter une ? Elle me dit : Pourquoi pas ? Et elle a chanté : « You Never Can Tell « . Un des titres les plus connus de Chuck et cela s'est super bien passé, les gens étaient enthousiastes. Elle a très bien assuré et de là c'est parti. Elle venait des fois faire des guests dans mes concerts jusqu'à ce qu'on se dise : pourquoi ne pas créer une formation à part entière pour Alicia où elle peut vraiment exprimer ses goûts musicaux c'est à dire punk, hard rock, garage. C'est comme ça qu'Alicia F. est né. A côté de çà, j'ai Marlow Rider qui me vient, car ça me démangeait au bout d'un moment, même si évidemment j'adore le rock'n'roll, le rockabilly, mais j'avais envie un peu de retrouver mes émois de jeunesse. Au fil des ans, j'avais beaucoup travaillé la guitare. Jimi cela a toujours été une influence. J'avais beaucoup travaillé le style de Jimi et je m'étais dit pourquoi monté aussi un trio rock/blues, un petit peu psychédélique, dans l'esprit Jimi Hendrix, Cream, et c'est comme çà qu'est né Marlow Rider. Au départ, c'est pour retrouver mes sensations de jeunesse , sauf qu'à l'époque je les jouais à la batterie,,,,j'essayais de les jouer à la batterie mais pas à la guitare. Là en maîtrisant beaucoup mieux l'instrument, je me suis dit voilà . Il n'y a pas que des covers de Cream ou Hendrix. Il y a aussi beaucoup de compos qui sont influencés par la façon de jouer de Jimi etc... Donc Marlow Rider est né comme çà, pratiquement en même temps qu'Alicia F. . Nos deux projets ont été mis sur les rails en même temps .

Comment se passe votre manière de travailler vos compositions ?


Tony Marlow. En ce qui concerne Alicia, c'est très simple. Elle écrit ses textes, parce qu'elle a beaucoup de choses à dire et une fois qu'ils sont écrits, je les mets en musique . Suivant ce que raconte le texte, des idées me viennent, avec un peu de couleur musicale. On reste quand même toujours dans un créneau punk,  rock'n'roll énervé et après, à l'intérieur de ça , il y a une ambiance, une couleur, une façon de faire. C'est un peu le texte après qui m'inspire la musique.Voilà c'est comme çà. Et puis après on retravaille tout ça, quand la chanson est faite avec les musiciens.

Quand tu composes pour Alicia, tu composes aussi pour toi en même temps ? Tu mélanges les moments ou pas ?

Tony Marlow. Non je ne mélange pas trop car j'ai besoin de m'immerger, d’être vraiment à fond dans un style musical . Par exemple, pour le prochain album d'Alicia, en fait on avait un peu de temps la 2 ème quinzaine de juillet. Les textes étaient là, j'avais tous les textes sous la main donc j'ai carrément composé une chanson par jour. Le 2 ème album qu'on va enregistrer début 2024, s'est composé presque en 15 jours. J'avais tous les textes et j'étais immergé dedans. Je fais un peu pareil pour Marlow Rider. Quand c'est dans une phase Marlow Rider, je ne fais plus que çà pratiquement, au niveau de la compo je parle. J'ai du mal, au niveau de la création, pas au niveau du jeu de guitare, mais au niveau de la création à passer d'un style à l'autre, composer un jour pour Marlow Rider, le lendemain pour Alicia. Cela peut arriver mais je m'immerge plutôt dans une ambiance. Dans ma façon de composer, je ne fais jamais de plagiat de titres existants. Il y en a, ils font des compos mais ça ressemble énormément à des titres déjà connus. Moi je m'inspire d'ambiance, c’est à dire une chanson dégage une ambiance. Par exemple, un titre des Sex Pistols ou des Clash, je ne vais pas copier mais je vais faire un détournement. Comme par exemple « God Save the Queen » , je vais intégrer le truc jusqu'à ce que quelque chose me sorte, qui soit dans la couleur mais en même temps original. En tout cas, j'essaie. C'est ma façon de faire. Cela me demande pas mal de travail mental. Avant de prendre la guitare, c 'est beaucoup dans la tête que ça se passe.

Avec ton projet Marlow Rider, deux albums de 2021 et le dernier « Cryptogenèse » de 2023, comment se sont passés la création et l'enregistrement ?

Tony Marlow. Les 2 albums de Marlow Rider ont été enregistrés à Montreuil, au studio «  Le Cargo », avec un ingé son qui s' appelle Seb Le Bison qui a fait un excellent travail. Sur le 1er album il a fait enregistrement, mixage et mastering. Sur le 2ème album, il a  juste fait  l'enregistrement et le mixage, mais par contre il a confié le mastering à un truc assez connu de mastering car il voulait une autre oreille que la sienne pour masteriser. Les deux fois, on a procédé de la même façon. On a énormément travailler les chansons avant pour pouvoir faire le maximum de choses en live. Dans Marlow Rider, il y a un contrebassiste. Ce qui n'est pas très courant dans une entreprise je dirais, psyché ou rock psyché d'avoir un contrebassiste. La perle rare qui s'appelle Amine Leroy, est un excellent  contrebassiste qui a fait ses débuts dans un groupe psychobilly assez connu qui s'appelle Banane Métalik. Il était un peu à l'origine du groupe. Dans le psychobilly, les gars sont très balèzes musicalement donc il avait le bagage pour pouvoir adapter çà à du Hendrix. Il jouait « Purple Haze » avec une contrebasse. Il y arrive, c'est super. A la batterie, il y avait Fred Kolinski, avec qui je jouais déjà quand les Rockin' Rebels se sont reformés en 2004. C'est lui qui joue sur l'album « Elvis Calling » des Rockin' Rebels. On a énormément travaillé les 2 albums et puis quand on se sentait près, on allait enregistrer et on faisait le maximum de titres en live. Il y avait possibilité de rattraper les erreurs après mais grosso modo pour avoir quelque chose de vivant et avec du feeling, du sentiment, toutes les batteries, les guitares étaient faites en live. Et après, il y a l'habillage.
Le 1er album c'était un peu un ballon d'essai qui a réussi. Qui dit essai, dit : on essaie de le transformer ! C'est ce que l'on a essayé de faire et je pense que l'on y est arrivé avec le 2ème album, à tous les niveaux. Il est beaucoup plus abouti parce que les compos sont plus ciselées. Cela faisait 6 ans que l'on jouait ensemble donc il y avait une vrai osmose entre nous 3. Seb Le Bison connaissait mieux le groupe aussi. Tout a fait pour que le 2 ème soit un cran au-dessus du premier.

D'où vient le nom de l'album «  Cryptogenèse » ?

Tony Marlow. Avec Cryptogenèse, on boucle la boucle et on revient au début de l'interview quand on parle de la Belgique, de la Corse etc …...Cryptogenèse, je raconte un peu l'histoire de mon enfance/adolescence jusqu'à l'âge d'à peu près 20 ans. C'est tout les débuts. Par exemple, la chanson « Le  Grand Voyage », raconte le voyage de la Belgique à la Corse. Le deuxième titre « Pielza Éden » raconte mes débuts, mes premiers groupes, les concerts dans les montagnes etc ,,,, « De bruit et de fureur » raconte mon arrivée à Paris , c'était quand même à l’époque assez chaud.  « Eclectic » , c'est le groupe avec qui j'allais jouer en Corse l' été. Après il y a « Comme un cran d'arrêt » qui est sur les désillusions amoureuses, plus général on va dire comme thème. Et après, la dernière chanson « Le temps efface les blessures », qui est une sorte de conclusion. Çà c'est pour la face B , car la face A par contre est tout en anglais. Il y a toutes les influences. Et il y a les deux reprises emblématiques « Sunshine of Your Love » des Cream et « Highway Chile » de Jimi qui plantent le décor de ce qui est la couleur musicale un peu du trio. « Hard Drivin' Rock'n'Roll » qui est plus puissant, entre Led Zeppelin et AC/DC on va dire. Là je m'essaie à un registre vocal quand même assez aigu, un petit peu à la Robert Plant. Après il y a « Doctor Spike » qui est une sorte de boggie, un peu Status Quo, T. Rex , un petit coté glam , un coté hard. Et puis la troisième compo c'est « Libertad »où là je me fais plaisir. Cela évoque un peu Carlos Santana que je jouais beaucoup à l'époque d »'Eclectic ». On reprenait énormément de Santana. J'avais le solo de batterie. C'était pour retrouver un peu ce délire de percussions avec des mélodies un peu afro-cubaines, rock latino. « Libertad » , en même temps, un texte très revendicatif parce qu'après 2 ans de covid on avait besoin de crier « Libertad », faut le dire ! Pour conclure, il y a l'instrumental « Javarock » qui illustre à la fois le coté Hendrix , le coté Cream et aussi tout mon passé rockabilly. Les thèmes sont à la fois Clapton, les ponts en valse évoquent Hendrix, des titres comme « Manic Dépression »  par exemple où il jouait en 3 temps et puis dedans il y a aussi du picking rockabilly, à la Scotty Moore ou Brian Setzer. J'arrive pour moi à une espèce de rock total de tout ce que j'ai joué en 40 ans .Et de faire fusionner tout ça dans ce titre « Javarock ». Java pour les 3 temps, Rock pour le punchy ? Donc la genèse, c'est tout ça et Crypto ? Crypter veut dire « cacher » . Tout ne se révèle pas à la 1ere écoute, il faut un peu imaginer. Par exemple « Pielza Eden », il faut quelques clefs pour comprendre de quoi ça parle. En fait « Pielza Éden » c'est le nom de l’hôtel restaurant qui est à 800 mètres de la maison de mes parents. Et c'est là où on se retrouvait tous après les concerts , il y avait une sorte de discothèque en dessous. Donc voilà, « Pielza Éden » il faut quelques clefs, c'est pour ça qu'à l'intérieur dans les notes de pochette, j'explique, je donne les clefs. D'où le nom Crypto Genèse.

Y'a-t-il un peu de Johnny en toi ?

Tony Marlow. Déjà dans le 1er album, « First Ride », je reprends « Hey Joe », avec le texte de Johnny. C'est pas pour rien. C'est un clin d’œil à mes années de lycée, où j'ai découvert « Hey Joe » par Johnny. Dans la version que je fais, il y a à la fois le texte de Johnny, les parties de guitare d'Hendrix et aussi une rythmique plus rockabilly. Çà , cela fusionne un peu toutes mes influences on va dire. Donc Johnny il est présent directement avec « Hey Joe ». Dans le 2ème album, il y aussi dans une certaine façon de faire, le vocal. On peut aussi trouver quelques similitudes, bien que je ne veux surtout pas copier Johnny, parce qu'il est, pour moi, inimitable. Certains font çà très bien , cela fait plaisir à du monde mais ce n'est pas ma démarche. Pour moi, Johnny..., c'est comme Hendrix ou Elvis... ils me nourrissent mais je ne cherche pas à les imiter.
Il y a un peu de Johnny en moi, dans le feeling de l'interprétation parce que Johnny quand il chante, il donne tout. Et celui-là, je l'ai chanté sans me retenir. De toute façon je ne me retiens jamais, mais c'est un titre qui se prête à une libération vocale totale. Tu ne te poses pas de questions. Quand je pars en vocalises aiguës, même si je me ramasse à la fin, je m'en fous j'y vais. Donc, effectivement, à ce niveau là c'est l'esprit Johnny. Tu donnes tout, tu triches pas. C'est les tripes qui parlent.

Parle nous de la pochette de l'album ?

Tony Marlow. La pochette de Cryptogenèse est due à un artiste Montreuillois, qui s'appelle Tristan. Pour parler un peu de Tristan, dans les années 77/78, il était chanteur d'un groupe Punk qui s'appelait Guilty Razors. Après les Guilty, il a eu un projet en solo, un peu plus top 50, qui s'appelait « je suis de bonne humeur ce matin » . C’est surtout un excellent peintre, graphiste, etc. Il a monté un collectif à l'époque « Les musulmans fumants » . Je ne sais pas si cela existe toujours. C'était un collectif d'artistes qui faisaient des peintures sauvages etc ...Là maintenant, il est en solo. Il peint beaucoup, il expose, il fait des pochettes  pour d'autres artistes. C'est lui qui a fait, notamment pour le dernier Jean-Pierre Kalfon, le tableau à l'intérieur. On va dire qu'on est resté entre Montreuillois, pour la conception. Le dessin des 3 personnages dans des couleurs un peu froides, qui partent après dans le rayonnement qui est beaucoup plus chaud, avec du jaune et du rouge, c'est la façon de faire de Tristan. C 'est Seb Le Bison qui nous a pris en photo, pour qu'il est quand même un modèle, pour le physique. Et à partir de la photo, Tristan a bossé. C'est un peu dans ma façon de penser. Quand les gens sont compétents, je préfère les laisser, plutôt que de les brimer dès le départ en leur disant : j'aimerais ci, j'aimerais çà. C'est comme font les Ricains, c'est à dire que si tu es entouré de gens qui savent faire, tu laisses faire ceux qui savent. Toi tu fais ce que tu sais faire et après tu laisses aux autres ce qu'ils savent faire aussi. C'est comme çà que tu arrives à un beau résultat final, collectif.

Avec la même équipe et un son un peu plus sauvage, as-tu travaillé différemment ?

Tony Marlow. Par rapport à l'évolution entre les deux albums, c'est vrai que le son du 2ème est plus sauvage en effet. Je pense que c' est parce que les compos s'y prêtaient et que des titres comme «  Hard Drivin' Rock'n'roll » ou « Doctor Spike » çà rentre dans le lard. Ou «  De Bruit Et De Fureur » , il y a des gros sons de guitares. C'est effectivement plus rentre dedans. Je pense que c'est une évolution naturelle, à la fois du groupe et de la façon de faire de Seb, qui à d'ailleurs sorti les deux albums sur son label « Bullit Records ». Cela existe en CD et en Vinyle. Il y a les deux formats.

Te reste-t-il quelques titres non retenus ?

Tony Marlow. Hélas, il n'y a plus rien. Non car de nos jours, le studio coûte cher et on prépare tellement en amont les titres que quand on se pointe en studio, hé bien ils sortent. Donc il n'y en a pas qu'on laisse de coté en se disant : on verra éventuellement plus tard. Non là sur le Marlow Rider en tout cas, il n'y a pas d 'inédits. A chaque fois, on bosse 12 titres et c'est 12 titres. Il y a une petite anecdote sur le titre « cran d’arrêt ». C'est en fait, au départ, un titre que l'on devait enregistrer pour l'album d'Alicia, qu'on a d'ailleurs enregistré mais dont on était pas satisfait parce qu'il n'était pas assez abouti. On a été un peu trop vite en studio pour le faire. Donc du coup, on l'avait mis de côté. Par contre, c'est un inédit d'Alicia, effectivement, par rapport à son album à elle. Mais du coup, comme je trouvais que c’était dommage de perdre la chanson, j'ai repris la chanson en la transformant quand même un petit peu , en lui mettant un peu plus un coté Motorhead par moment, en rajoutant 2 ou 3 petites séquences . « L'amour est un cran d'arrêt » est un texte d'Alicia et donc c'est le seul texte qui n'est pas de moi dans les compos sur le Cryptogenèse.  Le titre en anglais, parce que c'était en anglais par Alicia, était « Love is like a switchblade » et pour ne pas perdre ce texte en anglais, sur le prochain album d 'Alicia, il y aura « Love is like a switchblade » , mais du coup, j'ai fait une musique complètement différente, qui n'a plus rien à voir. Là on est plus dans un esprit entre Ramones et un esprit vraiment punk. Voilà la genèse de cette chanson. Elle a connu 3 vies.

Fred Kolinski nous a quitté. Parle nous de lui . Comment vous êtes-vous rencontré et lié ?

Tony Marlow. Malheureusement oui, notre batteur, Fred Kolinski nous a quitté en mai de cette année 2023. Avec Fred on se connaissait depuis ... en fait quand on a reformé les Rockin ' Rebels en début 2000, il a pris la suite de notre batteur historique qui a du arrêter pour des raisons de maladie. Donc Fred on se connaît depuis 2001/2002. On s'était déjà croisé dans des concerts , puis donc je lui avais demandé s'il voulait intégrer les Rockin' Rebels et il m'avait dit : ok, super. Il était content. Il a joué avec nous jusqu'à ce que l'on arrête le groupe en 2005. On avait joué 3 ans ensemble à l'époque et donc c'est Fred qui jouait sur l'album «  Elvis Calling ». Après on s'est un peu reperdu de vue car lui a eu beaucoup de dates. Il a été sollicité pour jouer à Disney, au Billy Bob's . Donc on s'est perdu de vue pendant pas mal d'années mais on se recroisait de temps en temps aux concerts. Quand j'ai monté Marlow Rider, à partir de 2006, je cherchais un batteur et j ai demandé à Fred si çà l' intéressait. Il m'a dit OK pas de problème et donc on a fait toute l'aventure. Il jouait dans Marlow Rider et dans Alicia aussi. Il faisait toutes les formations, y compris le trio Rockabilly. Il était dans les 3. C'était un très bon batteur qui avait fait, dans sa jeunesse l’école Agostini. Ça formait à l'époque. C'était un  très très bon technicien qui relevait une chanson, il prenait une feuille de papier et il écrivait la partie batterie en même temps qu'il écoutait le disque. C'était le genre de personne comme çà. Il amenait beaucoup d'idées sur les parties de batterie, notamment quand on a fait dans le dernier album «  Libertad » , toute la partie Afro-cubaine . Comme il avait fait de la salsa pendant des années, il connaissait bien tous les schémas rythmiques, donc il avait écrit plein de parties de percussions, qui s' emboîtaient très bien dans la chanson. C'était également un bon chanteur, un bon choriste donc il travaillait toute la partie vocale avec nous. Voilà c'était Fred. So long....

Le choix des reprises pour les deux albums ?

Tony Marlow. Le choix des reprises dans Marlow Rider coule de source. Déjà, il n'y en a pas beaucoup mais le peu qu'il y a donne des directions. Dans le 1er album, les reprises c'est du Hendrix. Par contre, on fait « Purple Haze » mais en version française. Sauf que cela avait été repris en 1967 par un groupe canadien qui s'appelait « The Haunted » avec un texte français. Donc en fait, on reprend le texte français du groupe « les Haunted » de 1967. C'est une petite anecdote pour collectionneurs, ceux qui sont branchés garage et tout, ont beaucoup apprécié le fait que l'on reprenne ce texte là. Donc, il y a « Fire » que l'on fait en anglais, puis « Hey Joe » comme on l'a évoqué, avec le texte chanté par Johnny. Pour le 1er album, c'est clair, net, précis. Il y a 3 titres d'Hendrix. Pour le 2ème, il y a également un titre d'Hendrix qui s' appelle « Highway Child » et puis un titre de Cream, cette fois, « Sunshine of Your Love ». Ce qui permet de bien planter le décor. Après sur scène avec Marlow Rider, on fait aussi d'autres reprises, notamment on fait « Jumpin' Jack Flash » mais qu'on fait un peu à la Johnny Winter parce que j'adore Johnny Winter. C'est également une de mes grandes influences. On fait aussi par exemple « Travelin' Band » de Creedence. Petit clin d 'œil à Cosmo's Factory. Voilà il y a quand même quelques reprises d'autres artistes mais c'est quand même un répertoire qui est au ¾ fait de compos. C'est au coup de cœur. Je m'étais dit que « Jumpin' Jack Flash », comme j'adore la version de Johnny Winter,  ça permet de faire un titre des Stones en même temps. Et puis c'est un titre, sentimentalement, que j'avais joué aussi beaucoup en bals quand j'étais batteur donc ça me rappelait plein de souvenirs de faire « Jumpin' Jack Flash ». Et puis « Travelin' Band » aussi d'ailleurs. Il y a des raisons très profondes, sentimentales , de jeunesse. C'était madeleine de Proust en même temps comme on dit.



Que pense-tu de tous ces nouveaux genres de groupes et de musique ?

Tony Marlow. J'essaie de me tenir au courant de ce qui sort.Ce qui est quand même paradoxal , c'est que dans tout ce qui est sorti là cette année, l'album que je préfère c'est celui des Stones. Je trouve que c'est un album magistral, une réussite totale . Après oui, il y a des choses qui sortent que j'écoute, que j'aime bien mais cela ne me fait pas le grand frisson. Je n'ai pas de noms vraiment en tête, mais, à un moment j'ai bien aimé les White Stripes ou les Black Keys mais cela reste très, finalement, quand je réécoute leurs albums, il y a 3 titres qui me plaisent. Le reste je trouve que c'est un peu du remplissage, en tout cas moi cela ne m'accroche pas plus que çà. Après il y a des idées intéressantes dans les productions , dans les sons, dans les façons de jouer. Il y a des choses à prendre. Là on est dans l'international. Après chez les Français, il n'y a rien vraiment ….. il y a des tas de bons groupes, y compris dans les jeunes mais il n'y a rien qui me bouleverse plus que çà.

Y-a-t-il un artiste ou un groupe avec lequel tu rêves de jouer ?


Tony Marlow. Le problème c'est que la plupart sont morts, mais j'ai quand même eu la chance de jouer avec certains qui étaient des légendes pour moi, des idoles. Dans ceux qui restent, Eric Clapton, Billy Gibbons, des gens comme çà. Il ne me vient rien comme çà. Je n'ai pas de flash immédiat mais quelqu'un que j'aime beaucoup, que  j'ai rencontré au Cidisc et qui n’était pas reconnu à sa juste valeur, c'est Marc Tobaly de Variations, qui était quand même un des premiers Guitar Héro  Français et qui mériterait, malgré tout, d'être un peu plus sous les projecteurs que ….au moins autant que d'autres. Après dans les guitaristes plus récents, j'ai quand même eu l'occasion de jouer avec Yarol par exemple. On avait monté un groupe ensemble pour les 40 ans du Gibus. C'était sympa. Yarol est un mec sympa qui joue très bien, et on s'était bien entendu avec Yarol. C'est un bon souvenir. Là, on a vraiment répété, et joué ensemble et accompagné des gens. Sinon j'ai aussi eu l'occasion de  faire les 1eres parties de Manu Lanvin. J'ai fait aussi 2 fois, un bœuf avec Nono Krief de Trust, qui se sont très bien passés, là aussi. Ce sont tous des mecs sympas. Il n'y a pas de  problème là-dessus. Paul Personne aussi. J'ai fait des bœufs plusieurs fois avec Paul Personne parce qu'à un moment on jouait à coté de chez lui parce qu'il habite dans le Perche, dans un endroit qui s appelle le Caribou à Mortagne Au Perche et Paul venait en voisin  faire  le bœuf avec nous . Du coup là on jouait du rockab parce qu'il adore çà et c'était rigolo quoi. On faisait du Elvis, on faisait du Gene Vincent, avec Paulo, à 2 guitares. Les guitaristes Français que j'ai cité là, j'aimerais bien, si l'occasion se présente rejouer avec eux. D'ailleurs j'en profite pour dire qu'on va présenter le concert, la Release Party de l'album « Cryptogenèse » se fera le mardi 13 février 2024  à la Dame de Canton ??? On va jouer 2 parties. La 1ere partie, on va jouer l'album, plus d'autres titres de Marlow Rider et la 2eme partie ce sera avec des invités donc si il y en a certains, parmi eux, qui sont intéressés, je vais les contacter pour venir en invités, faire un titre ou deux dans la soirée. Il y aura donc la 2eme partie qui sera avec des guests. C'est une date à retenir : le mardi 13 février 2024, la Dame de Canton, Marlow Rider,  Release Party.

Y-a-t-il une chanson ou un album qui restera pour toi à jamais ?

Tony Marlow. Il y en a beaucoup, mais encore une fois je vais faire dans le sentimental. Je dirais «  Are You Experienced » de Jimi. Je dirais « Live à Las Vegas » de Elvis. Je dirais « Cosmos Factory » de Creedence. Le 1er album de Cactus. Le Johnny Winter And, live avec les reprises rock'n'roll . Le Mémorial Album, de Johnny Kidd qui avait été fait par Georges Collange et Jacques Barsamian, la pochette mauve, j'adore cet album. D'ailleurs, j'ai  fait également un tribute, enfin un tribute... j'ai réinterprété la musique de Johnny Kidd avec le groupe Captain Kidd. On a fait 2 albums . Il y a les deux premiers albums de Gene Vincent. Ça va des pionniers du rock à la pop, comme par exemple, évidemment, Rubber Soul et Revolver des Beatles, « Aftermath » des Stones. Après il y a tellement d'albums. Le « Led Zeppelin IV « m'aussi beaucoup retourné et beaucoup influencé. Il y a Deep Purple « In rock », et des tas d'autres. Alice Cooper « Killer », « Electric Warrior » de T. Rex, le « Fun House » des Stooges,

Quels sont tes prochains projets ?

Tony Marlow. J'ai un projet qui est le 2ème album d'Alicia F. Les 12 titres sont fait donc maintenant on commence à les bosser petit à petit en groupe. C'est le prochain gros challenge , gros projet. C'est le 2ème album d'Alicia, qui on espère, va concrétiser les promesses du premier. Ça va être de la bombe, du très puissant. Sinon, promotionner les concerts avec Alicia et les concerts avec Marlow Rider . Promotionner les albums et ce que l'on fait.

As-tu envie de rajouter quelque chose ? Faire passer un message ?


Tony Marlow. Je suis là-dedans en ce moment, donc pourquoi pas, je vais être revendicatif. Je trouve que la presse rock Française fait trop de jeunisme et néglige complètement les groupes plus âgés on va dire, voire même anciens. C'est un peu dommage parce qu'ils passent à côté de choses fantastiques. Ce qui n'est pas le cas en Angleterre par exemple. Quand tu prends des journaux comme « Vive le Rock » par exemple, dédié à la scène punk, rock, garage, au sens large , il y a aussi bien des groupes de 20 ans que des groupes de 40, de 60, voire 70. Et je pense que c'est ce mélange qui est intéressant. C'est à dire que les anciens ont quand même quelque chose à transmettre. Ils ont 40 ans d'expériences, ils ont des choses à transmettre aux jeunes, qui pourraient les aider dans leurs démarches. C'est sûr que la relève c'est les jeunes, mais on a des choses à dire, on a des choses à transmettre et tant que l'on est en état de le faire , physiquement, je trouve que c'est dommage de faire ce jeunisme à tout prix. Pour moi, on pousse les anciens vers la sortie et je ne suis pas d'accord du tout, de la même façon que je trouve qu' il y a de plus en plus de groupes entièrement féminin. C'est une bonne chose mais pour moi dans un groupe, il peut très bien y avoir des hommes, des femmes, des jeunes, des moins jeunes. C'est le mélange de tout ça qui peut aussi donner quelque chose d’intéressant et pas ghettoïser le groupe de jeunes, le groupe de filles, le groupe de vieux. Non ! Les Anglais le font d'ailleurs. Il y a des groupes anglais ou américains où c'est toutes générations confondues et tout sexe confondu et je pense que pour moi ,l'avenir du rock il est plus là dedans que dans le jeunisme à tout prix.

Merci à toi pour cet interview.


Écoutez la vidéo de l'interview c'est ICI


Chez BULLIT RECORDS


Interview Thierry CATTIER 

Photos Th CATTIER / SHOOTING IDOLS