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mardi 19 octobre 2021

BRAINSTORM (Andy B.Frank) // Interview // La Force tranquille ... Juillet 2021.

 

Andy B. Frank est un personnage original, toujours de bonne humeur, il n'a jamais cessé de défendre le Heavy Metal corps et âme quels que soient les écueils qu'il a rencontré ! S'il a débuté en 1998 au sein de SYMPHORCE ; depuis 2011, le bougre déploie toute son énergie au service de BRAINSTORM son deuxième groupe.
Depuis la sortie On The Spur Of The Moment notre teuton et son gang semble surfer sur un petit nuage et on sillonné l'Europe de long en large afin d'imposer leur Power Metal. Si le gang s'est formé en 1989, Andy les rejoints dix ans plus tard. Son arrivée sera un véritable détonateur qui va permettre à la formation teutonne de prendre son envol et d'aligner les galettes à une vitesse vertigineuse, l'inspiration étant au rendez-vous.
Ce n'est pas moins de trois albums qui sortiront en l'espace de trois ans et pas des moindre Ambiguity, Metus Mortis et Soul Temptation. Trois pépites de pur Power Metal qui vous explosent les neurones en un temps record. Downburts et Memorial Roots marqueront une évolution dans la carrière de BRAINSTORM qui verra le combo s'orienter vers un Metal plus ambitieux !
Dans cette optique, ils confieront la production à Sasha Peath et Miro (Mickael Rosenberg) qui ont travaillé avec RHAPSODY, AVANTASIA, EDGUY ou encore EPICA. Cette nouvelle orientation musicale ne sera pas du goût de tout le monde et déstabilisera les fans les plus assidus. Conscient que l'expérience n'était pas une franche réussite aux yeux de tous, Andy et ses acolytes décidèrent alors de redresser la barre au plus vite avant que le vaisseau ne s'échoue définitivement.
C'est avec On The Spur Of The Moment que la formation effectuera un retour aux sources qui ne sera pas totalement convaincant car le manque d'inspiration se faisant ressentir sur de nombreux morceaux. Si artistiquement la tentative n'as pas été totalement concluante, elle leur permettra tout de même de tourner intensivement à travers le monde.
Trois ans plus tard, BRAINSTORM déboule avec Firesoul sous le bras, un nouvel opus de très bonne facture nettement plus fougueux et destiné à reconquérir le statut qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Il s'en suivra deux opus de très bonne facture Scary Creatures en 2016 et Midnight Ghost en 2018 un voyage au cœur des cauchemars d'enfance du Sieur Andy. Frissons garanties. Il s'en suivra une tournée Européenne en Janvier /Février 2019 avec un passage remarqué au Petit Bain à Paris.
Pas de doute BRAINSTORM a le vent en poupe ! 2021 marque son grand retour avec une nouvelle offrande Wall Of Skulls produit une fois de plus par Seeb Levermann le maître à penser de ORDEN OGAN.
On ne change pas une équipe qui gagne ! Cerise sur le gâteau Peavy Wagner de Rage fait une apparition sur le morceau « Escape The Silence ». Seeb n'est pas en reste et vient prêter main forte à Andy sur « Turn Off The Light » en y apportant une touche mélodique des plus efficaces. Wall Of Skulls ne fait certes pas preuve d'originalité et utilise tous les codes du Heavy Metal avec une maîtrise impressionnante fleuretant de nombreuses fois avec les clichés.
Mais Wall Of Skulls reste avant tout un excellent album de Heavy Mélodique qui ne peux que séduire les fans de BRAINSTORM. Un opus fait pour les fans ! Rendez vous était pris avec Andy B. Frank afin de découvrir la conception de ce nouveau méfait. Entretien avec un musicien éminemment sympathique, très heureux d'être à Paris et très fier d'assurer la promotion de son petit dernier Wall Of Skulls ! Intarissable sur ce qui est et reste sa passion le Heavy Metal. Magnéto Andy, c'est à toi !



Le 12 Juin dernier vous avez donné un show virtuel au Rockdown The Lockdown Ghosts & Skulls comment as tu vécu cette expérience un peu hors norme ?

Andy B. Frank. C’est probablement quelque chose que tu fais une fois dans ta vie mais pour être honnête tu ne le fais pas pour le restant de tes jours. C’est sympathique d’une certaine manière mais d’un autre coté c’est tellement étrange. Il n’y a aucun cris, et pas d’hurlement. Il n’y a rien de rien. Tu restes debout et tu dois interagir avec les caméras et d’autres personnes. Une sensation vraiment bizarre. C’était inspirant d’un certain coté mais maintenant c’est bon nous devons revenir sur une vraie scène pour interagir avec les gens et tout le reste. C’est ce qui nous manque, c’est ce que nous aimons. Brainstorm est très connu pour les shows.

Est ce que ce fut ton premier show scénique après des mois d'absence ?

Andy B. Frank. Oui ce fut notre premier show après la tournée européenne (Espagne et Portugal) en novembre 2019.Quand tu retournes sur scène tu n’as plus aucune expérience. Je pense que la plupart des gens qu’ils l’ont vu sur YouTube ne ressentent pas grand chose. En revanche pour nous en tant que musiciens tu vois que l’on réagit différemment sur les deux premières chansons. C’est étrange car nous ne sommes pas très à l’aise sur scène. Tu le fais, tu marches mais cela prend un certain temps pour que tout redevienne comme avant. C’est comme si tu étais devant ton ordinateur et que tu cherchais comment cela fonctionne. Cela prend un quart d’heure puis la routine s’installe après. C’est un bon feeling mais comme je l’ai dis auparavant tu termines la chanson et rien ne se passe. Tu n’entends personne, absolument rien. Tu te dis que quelque chose ne va pas ici. Rires.

Le premier Juillet vous avez donné votre premier vrai concert au  Russian Metal Open Air je suppose que celà a été un grand moment !

Andy B. Frank. Non. Cela a été annulé un jour avant. C’était triste car nous avions tout prévu, les visas, les billets. Tout était programmé. Tout a été annulé. Alors on a du rester à la maison. Pas de tournée, rien de rien. Quand tu vois le nombre de cas Covid et le nombre de morts en Russie, je crois que ce fut une sage décision.

Quels souvenirs gardes tu de votre dernière tournée Européenne en Janvier/Février 2019 pour la promotion de l'album Midnight Ghost ?

Andy B. Frank. La tournée était incroyable, l’album est encore en vente. « Midnight Ghost » est encore un produit qui se vend, nous vendons encore des albums, qui sont dans le top 10 des ventes. « Midnight Ghost » est notre meilleur album en terme de ventes  et dans ces temps perturbés la plupart des ventes baissent. Nous sommes fiers de cet album et nous tenons vraiment à celui-ci. C’est incroyable. La prochaine étape est de faire monter en puissance l’album « Wall of Skulls » pour lui donner sa pleine dimension en tournée. Le show était complet et ce fut incroyable.

Est ce que le fait que Midnight Ghost soit une de vos meilleurs vente a été une surprise ?

Andy B. Frank. C’était notre douzième  album et il y a toujours quelque chose qui te surprend. C’est chouette de faire un tel album, et de surprendre les gens après tant d’années. La plupart des fans ne savaient pas à quoi s’attendre du groupe, peut être qu’ils s’ennuient ainsi que le groupe. Ce qu'il a de bien avec « Midnight Ghost », c’est que nous avons gagné de nouveaux fans, mais gardé aussi les vieux fans. Peut être que nous avons perdu nos fans sur les précédents albums mais on en a gagné avec celui là. C’est incroyable. Ils sont encore là. Maintenant ils ne peuvent plus attendre d’avoir le nouvel album. Nous sommes très fiers car ce n’est pas très commun. Nous sommes encore prêts à  surprendre les gens. « Midnight Ghost » est une parfaite combinaison de Brainstorm entre les éléments du passé et ce que nous faisons en 2021. C’est ce que les gens aiment et adorent.

Je suppose que vous avez eu beaucoup de temps pour peaufiner les compositions de « Wall of Skulls » !

Andy B. Frank. Oui tout était prêt et nous avons décidé de nous rencontrer et nous avons replanifié l’écriture à nouveau, l’enregistrement des voix, la réécriture de toutes les vocalises. Ce fut intéressant car c’est vraiment ce que nous voulions faire.  Nous avons pris notre temps pour créer cet album, ce qui était vraiment important pour nous. Cela casse un peu la routine à savoir le déroulement continu : enregistrement, publication, tournée. Normalement c’est comme ça que ça se passe. On a cassé la routine pour apporter et faire quelque chose de différent. Être plus focaliser sur les chansons. Nous avons pris notre temps, voire plus de temps pour écrire les chansons. Nous avons aussi produit tout l’album. A la fin c’est ce que tu entends et qui nous rend si fier de l’album.

Est ce qu'il y a un lien direct avec « Midnight Ghost » ou est ce complètement différent ?

Andy B. Frank. Totalement différent. C’est un album avec plus de références historiques, politiques, économiques, et religieux. Ce sont des thèmes que nous avons dans notre âme. « Midnight Ghost » est un album plus personnel sur nos peurs. Cette fois il nous paraissait plus intéressant d’aborder le coté historique et politique etc. Je ne suis pas pour faire un album sur des titres pour m’engager dans tel ou tel mouvement politique ou religieux. Quand tu veux connaître les paroles des chansons, tu peux t’asseoir et écouter la musique avec les paroles et écouter la chanson. D’un autre coté si tu ne veux pas le faire, prends une bière et mets la musique à fond. Tu y trouveras aussi ton compte.

Quel a été l’impact de la situation sanitaire sur les compositions et l’enregistrement de l'opus?

Andy B. Frank. Oui il y a eu un impact nous avons eu plus de temps. Nous avons passé beaucoup de temps sur l’écriture des chansons. Nous avons aussi réarrangé des morceaux sur l’album. C’est dur à dire mais pour nous la pandémie a été un cadeau car nous avons eu l’occasion de repenser à beaucoup de choses. Pour nous cela a très bien fonctionné. Bien sûr nous avions eu deux membres qui ont eu le corona virus. Quant aux trois autres membres nous étions bien en pleine santé. Maintenant tout le monde est vacciné et nous sommes prêts à aller en tournée. Mais cela a eu un impact, pas financier, ce qui a permis de nous concentrer sur notre travail de tous les jours, notre musique. Mais c’était dur. Nous sommes passés par une terrible période.

Tu as travaillé avec Seeb Levermann (Orden Ogan).Comment s’est déroulé le processus de l’enregistrement ? Avez vous abordé ces sessions d'une manière différente que celle de « Midnight Ghost » ?

Andy B. Frank. Non pas vraiment, nous avons pris notre temps, jusqu'à ce que l’on puisse se rencontrer et enregistrer ensemble. Nous n’avons pas fait quelque chose de différent comparé à d’habitude. Nous avons tout enregistré normalement, la batterie, la basse, la guitare, la voix. L’endroit était le même ce qui était bien. C’est aussi un ami du groupe. Il est devenu le sixième membre de la formation pendant l’enregistrement. Ce qu’il a réalisé et fait pour nous est plus qu’inattendu. C’est juste incroyable.

Quels sont les challenges auquel tu as été confronté lors de l'enregistrement ?

Andy B. Frank. Toutes les chansons sont des challenges. Rires. Pas réellement une chanson plus qu’une autre. L’album fait un tout et a été un challenge dont je suis vraiment fier.

Vous avez déjà sorti deux singles « Escape The Silence » et « Where Ravens Fly » le tout nouveau est le morceau « Glory Disappears » !

Andy B. Frank. Après les deux premiers « Escape The Silence » et « Where Ravens Fly » il était temps de montrer aux gens que tout n’était pas basé sur les morceaux speeds. C’était important de montrer les différentes tonalités et nous avons cette spécificité avec Brainstorm, d’un tout autre genre. Spécialement « Glory Disappears » que nous aurions pu jouer comme  d’habitude sur une version allant de sept à huit minutes. Nous avons souhaité la réduire.
C’était important de montrer la nouveauté de Brainstorm. C’est comme cela qu’on sonne en 2021. C’est comme ça que nous écrivons des morceaux en 2021. Nous nous concentrons sur l’essentiel de la chanson et nous ne tenons pas compte des choses qui ne sont pas primordiales sur le titre. De mon point de vue c’est la combinaison parfaite. C’est la bonne décision d’avoir choisi ce troisième single. Et tu peux être sur que le prochain single sera complètement différent. Ce sera « Turn off the Light » qui sera la dernière sortie et cela montre exactement tout l’éventail de Brainstorm. C’est un mélange parfait.



22 Juillet 2021.
Pascal Beaumont  
Laurent Machabanski (Traduction / Retranscription)


lundi 13 septembre 2021

PRISCA DEMAREZ // Interview // VRAIe ... Juillet 2021.


Repérée en 2005 pour jouer la jeune première de « Titanic » le musical alors qu’elle chantait, à l’image d’Edith Piaf, dans les petits cabarets Parisiens, Prisca Demarez est aujourd’hui une artiste reconnue de la scène musicale française.

C’est en comédie musicale que Prisca peut déployer toute l’envergure de son talent. Sous la direction de Sam Mendès, Trevor Nunn, Ladislas Chollat… elle enchaine les premiers rôles de comédies musicales mythiques : « Avenue Q », « Blanche Neige », « Titanic », « Cabaret »…

Après une série de concerts où elle interprète les plus grands génériques de James Bond avec un orchestre philharmonique, elle nous présente aujourd’hui son premier seul en scène musical : VRAIe !

Un spectacle sur Paris, un mélange d'humour de sensibilité et un soupçon de chanson. A découvrir en urgence.

Aujourd’hui avec cette interview, venez découvrir son univers et en savoir plus sur Prisca Demarez.



Tout d'abord, peux-tu nous parler de ton parcours, de tes origines, tout ce qui t'a construite et qui t'a amenée là où tu es aujourd'hui ?

Prisca : J’ai un parcours super atypique, dans ma famille on est 4 filles, et à 6 ans j’ai dit que je voulais être comédienne chanteuse et danseuse. Du coup j’ai dû faire un parcours plus classique pour rassurer ma famille, donc j’ai passé mon bac et j’ai passé un diplôme de psychomotricienne. Je suis partie à l’ile de la Réunion travailler à l'hôpital. Et là-bas, loin de ma famille, je me suis autorisée des choses que je n’aurais pas osé. J’ai commencé à chanter dans les bars et les hôtels et en même temps à faire de l’improvisation théâtrale. C'est là que j’ai rencontré Papy mon metteur en scène, et c'est là que j’ai fais ma première comédie musicale et j’ai été embauchée par une radio. Puis j’ai commencé à écrire, et je suis rentrée à Paris parce que tous les gens que je rencontrais là-bas me disaient "bouge et bas toi". Sauf que tout le monde m’avait prévenue que ce serait galère, je n’avais pas imaginé à quel point. Du coup à Paris il a fallu recommencer une école de théâtre, des cours de chant, repartir de zéro. Beaucoup de galères et beaucoup de bonheur. C’est ce que je dis à mes élèves tout le temps, le principal c’est de pouvoir en vivre. Pourquoi, parce que l’on est artiste, on devrait être Marion Cotillard ? Pour une Marion Cotillard, combien de milliers de filles absolument pas connues avec un talent extraordinaire ? Je dis toujours "ne cherchez pas à être des stars. Star, c'est un accident, déjà ayez le bonheur et la chance d’en vivre". Vivre de sa passion c'est déjà un cadeau énorme.

Y a-t-il eu des étapes clés qui t'ont fait évoluer, des rencontres ?


Prisca : Les étapes clés, c'est beaucoup à la Réunion. J’ai fait un stage de chant sur un week-end avec Claudia Philips et à la fin elle m’a dit "ça c'est ta vie, tu es faite pour ça Prisca", j’ai fondu en larmes en me disant je ne peux pas... J’ai pas le droit ... Et en fait il m’a fallu du temps pour me libérer de tout ça, le spectacle "VRAIe" il est aussi là pour dire aux gens « Tictac tictac, quand est-ce que tu prends tes rêves en main, ta vie est en train de couler là »... C'est ça l’urgence. Donc Claudia Philips qui me dit ça, beaucoup d’artistes que j’ai rencontrés pendant des interviews pour la radio qui me disaient aussi "mais que ce que tu fais là". Et puis Papy en stage d'impro qui m’a dit "Prisca il faut qu'un jour tu fasses un one" et après je suis rentrée pour faire de la comédie musicale j’ai tout repris de zéro. Les grandes rencontres aussi c'est Raymond Aquaviva mon directeur d'école de théâtre. Raymonde Viret qui a été ma prof de chant pendant des années et qui m’a appris beaucoup beaucoup de bases. Après il y a des grands spectacles qui sont des rencontres aussi. Pour moi chaque spectacle, chaque rôle est une rencontre aussi, ça peut te marquer à vie ça. Notamment le rôle de Grizabella dans "Cats". C'est un personnage qui m’a marquée, tout comme le rôle de Kate Monster dans "Avenue Q", là j’ai appris qu’un personnage c'est lui c'est elle mais ce n’est pas soi. On se projette dans autre chose.

Tu as une biographie impressionnante depuis 15 ans : théâtre, musique, mannequinat... Peux-tu nous parler de toutes ces expériences ?


Prisca : ah ah J’aime bien ça avec chaque question on pourrait écrire un bouquin. (RIRE)
Mannequinat ça me fait rire parce que c'était un de mes rêves de gamines de me dire un jour je serai mannequin et en même temps ben non je n’ai pas la taille du mannequin et je n’aurais jamais imaginé être mannequin, c'est sur une série télé que j'ai tourné il y a longtemps qui s’appelait "Soaperette" qui malheureusement n’a pas eu de succès. J’étais habillée par un jeune créateur, Eymeric François, et ce qui est drôle c’est qu’on s’est retrouvés aujourd’hui, c’est lui qui a fait mes costumes dans "VRAIe". A l'époque il m’a proposé de chanter pour son défilé, et du coup je suis devenu son égérie et ça a été le début d’une aventure avec Eymeric qui a duré 5 ans. Au premier défilé, j’étais avec ses 2 mannequins fétiches qui faisaient toutes les deux 1 m 80 sans talons... D’un seul coup moi la naine au milieu, du coup il m’a mis 19 cm de talons en me disant "t’inquiète pas, un podium c'est 35 mètres 50 mètres... " Et là, c'était l'Orangerie de Versailles donc ... On devait traverser en entier, il avait 350 mètres aller-retour + un escalier... le tout avec un corset (rires) voilà ma première expérience... Après j’en ai fait plein, je me suis régalée, on a créé beaucoup de choses avec Eymeric, c'était un vrai bonheur et de le retrouver pour "VRAIe" : je savais que lui il saurait tout de suite comment habiller ce personnage parce qu’il me connait vraiment très bien.
Après le théâtre, c'est mon grand dada, malheureusement on est beaucoup régi par le "Il faut un NOM" et j’en parle beaucoup dans mon spectacle.
Je rêve de pouvoir rejouer. J'ai joué des rôles qui étaient très prenants, très durs, de vrais rôles dramatiques... et j’aimerais retourner à ça. Rejouer du Shakespeare, du Anouilh, du Duras, ou des textes même plus modernes avec des beaux personnages, moi j’adore ça. Sortir complètement de humour et aller dans la grande tragédie… j’aime passer d’un style à l’autre. J’ai toujours ce dilemme, quand je chante ou quand je fais de la comédie musicale, le théâtre me manque souvent, et quand je fais du théâtre, le chant me manque. Du coup je passe ma vie à chanter pendant que tout le monde s'échauffe.




On ressent une espèce de frénésie dans ta présence scénique, comme un rêve de petite fille qui se réalise : pourtant tu as démarré comme psychomotricienne avant de te tourner vers le monde du spectacle : comment t'es venue cette envie ? Est-ce que tu y as toujours pensé ?


Prisca
: Oui en fait j’ai commencé vers l’âge de 6 ans, je passais ma vie à chanter je me souviens pas d’un moment sans chanter en fait. Quand on allait chez ma grand-mère le week-end je créais des chansons déjà pour ma famille, des trucs nuls, et j’étais super fière quand j’arrivais chez ma grand-mère on me faisait monter sur un tabouret et je chantais. J’ai toujours eu le bonheur de donner du plaisir en chantant, en blaguant, en imitant. Je m’amusais à imiter tout le temps les gens que j’entendais, j’aimais faire rire. J’ai découvert West Side Story, et c'est waaow les gens chantent et dansent dans la rue... Après quand j’étais psychomotricienne, j’ai choisi ça parce que j’ai toujours aimé le contact avec les gens, le soin et l’enseignement. C’était une façon pour moi de me servir de tout ce que j’aime, je chantais pour les enfants, le public, bouger sur de la musique avec des enfants handicapés, des enfants en fauteuil... Trouver un mieux-être avec la musique, ça fait partie des choses que je voudrais retrouver, je suis en contact avec des gens en soins palliatifs et je voudrais pouvoir partager un moment, juste pouvoir chanter, murmurer. Moi j’ai eu ce cadeau la donc j’ai très envie de le partager. C’est dans mes tiroirs quelque part. Mais il faut attendre que monsieur COVID s’en aille ...

Aujourd'hui tu présentes le spectacle "Vraie" qui est ton premier show seule sur scène : parle-nous de ce projet, comment tu l'as écrit, monté ?

Prisca : Alors je suis seule et pas seule... Ça faisait deux ans que j’essayais d’écrire un spectacle seule en scène qui est dans mes tiroirs qui s’appelle "JOUE". Il y a deux ans je suis partie en vacances en emmenant le cahier avec moi. Et là, coup de fil de John, mon pianiste, qui était à Avignon et me dit "je m’ennuie... et je voudrais refaire quelque chose avec toi". Et je lui dis "ben si tu veux à la rentrée on se loue une salle à deux. On fait une pub et on remplit deux dates avec un tour de chant ça te dirait ? " Et donc je note les chansons que j’aurais envie de prendre et en fait chaque chanson ayant une histoire... j’ai commencé à tester les chansons là où j’étais en vacances, et puis je racontais mes histoires. Et les gens me rappelaient le lendemain en me disant "on en rit encore"... Ou alors "quand tu racontais ça c’était vrai ou pas ?" du coup j’ai rappelé John, "faut qu’on se retrouve à la rentrée". On a fait un premier brouillon avec les titres, les anecdotes, et j’entendais toujours une voix dans ma tête en dehors du piano et du chant, je ne savais pas ce que s'était. Et un jour en allant voir un spectacle, je vois Erwan sur scène c’était "Color" le spectacle d'impro, et je lui ai dit "c'est toi que j’entends dans ma tête". Et il ne m’a pas prise pour une folle... deux jours après on faisait une lecture devant Papy parce que je voulais son avis. Et il m’a dit c'est incroyable ton truc il faut que tu écrives plus. On a construit l’histoire de "VRAIe".

Tu sembles autant à l'aise dans les comédies musicales que dans le théâtre classique : est-ce que finalement être un artiste, c'est savoir développer toutes ses facettes pour couvrir une grande amplitude de projets artistiques ?

Prisca :  Je dis toujours à mes élèves de développer plusieurs cordes à leurs arcs. Les gens n’aiment pas qu’on sorte des cases. J’aime à dire que je suis une petite fille qui joue dans sa chambre avec des Playmobil, autant de drames que de choses drôles, des choses sérieuses ou légères. Et je fais la même chose dans ma vie d'artiste. On dit beaucoup de "VRAIe" que c'est un grand huit d'émotion et que l’on passe d’une émotion à une autre c'est ça mon dada, c'est ça que j’aime.

Tu as été choriste pour Laurent Voulzy et Benabar, peux-tu nous raconter ces moments et quelles anecdotes en gardes-tu ?

PriscaVoulzy énorme, anecdote incroyable. C’était pour la fête de la musique et c'était au Zénith. Faut imaginer ce que c’est le Zénith, d’un seul coup il y a 8000 personnes devant toi. C'était plein et j'étais choriste derrière et en fait j'étais effrayée. Avant d’entrer en scène je me mets à trembler, trembler comme une feuille de peur. J’ai senti deux mains sur mes épaules qui ont commencé à me masser le dos et j’ai entendu "Ne t’inquiète pas, ils sont venus me voir, en fait 8000 personnes c'est rien tu vas voir" du coup c'était Laurent Voulzy... Adorable.
Benabar c’était avant qu’il soit connu, il répétait au studio bleu j’étais là parce qu’il avait besoin de choristes pour participer à une émission pour chanter "Maritie et Gilbert Carpentier", lui aussi était adorable. J’ai fait une émission de Drucker, une tournée sur les années 80 où ils avaient besoin de choristes capables de chanter en direct et pareil je me suis amusée comme une folle. J’ai adoré être choriste de tous ces gens-là, et après je me retrouve chez Drucker en invitée, j’ai aimé tout ça.

Ton spectacle s'appelle "Vraie", c'est une ode à l'authenticité et à la guerre aux apparences : mais est-ce que toutes les anecdotes sont vraies ? Même pas un peu arrangées ?

Prisca : Alors tout est vrai. Bien sûr elles sont assemblées, arrangées de manière à ce qu’elles s’encastrent. Par exemple l’histoire du prince saoudien qui me demande "Love Story", en fait il m’a effectivement demandé "Love Story", et je ne connaissais pas les paroles, et le Clef d’or est arrivé avec le texte imprimé, les Clefs d’or sont des gens qui ne sont absolument pas humains, ils ont des oreilles partout. Et je me suis retrouvée assise à côté du Prince, micro en main à trembler comme une feuille à chanter une chanson que je n’avais jamais chanté de ma vie. Effectivement quand il est revenu il me faisait appeler, par contre il ne m’a pas redemandé Love Story, j’étais au bar, lui au restaurant, il me fait demander et il était dos à moi, et sur son verre en cristal il fait ding ding, tout le monde se retourne moi là je la sens bien ma robe Tati au milieu de ces gens de la haute société, et là il dit "je voudrais la vie en rose" et là je me dit ouf je la connais et deux secondes après je me dis, euh a capella du coup à poil en fait, et voilà c'est parti j’ai dû chanter "la vie en rose" toute seule au milieu de tout le monde a capella...  Voilà la vraie histoire, dans le spectacle il me demande "la vie en rose" et je pars en vrille et je chante autre chose, mais parce que c’était plus drôle comme ça.

Est-ce que ton spectacle évolue, rajoutes-tu des choses ou des éléments ?

Prisca : J’en rajoute, j’en enlève, je suis très à l’écoute de ce que l’on me dit. Dès que l’on vient souligner quelque chose qui n’est pas juste ou que l’on comprend pas. Notamment quand on a arrêté 7 mois, j’ai passé énormément de temps à retravailler sur "VRAIe", surtout sur le démarrage du spectacle qui n’était pas assez clair. J’ai beaucoup cherché comment l’améliorer pour que les gens puissent être embarqués. Je voulais créer un manège, les gens s’installent dans le fauteuil et comme à Disney on se laisse transporter et ça part dans tous les sens. Donc oui ça évolue tout le temps, je viens de faire rentrer un nouveau personnage, c'est Dalida qui débarque dans le spectacle… Le stand up est une nouvelle gymnastique pour moi, en fait c’est parler au public mais il y a un texte et il faut que le public ait l’impression qu'il n’y ait pas de texte, c’est extrêmement difficile. Il y des moments où je suis trop dans le texte, ça se sent je suis encore dans la maitrise. Je recherche ça, je suis une perfectionniste.

Donc quand tu sors de scène tu t’analyses encore ?


Prisca :  En sortant de scène je sens qu’il y a quelque chose qui ne va pas parce que je ne me sens pas à l’aise donc il faut que je bouge ca.
Après je suis sous adrénaline, il me faut quelques heures pour redescendre, la semaine je m’y replonge j’y retravaille tout le temps, je recherche, je fouille. En fait je suis à la recherche de la justesse, toujours et encore. La difficulté c’est réussir à faire tout ça en étant hyper juste et hyper détendu, que les gens aient l’impression que je suis dans leur salon et que je leur raconte des choses simples. Une représentation, c’est remettre au présent, on ne peut être juste qu’en remettant au présent ce personnage qui lui vit pour la première fois. Quand tu arrives à toucher ce présent-là, tu vis des moments magiques avec le public et c'est ça que je cherche.


Comment procèdes-tu pour écrire les textes de tes spectacles, est-ce qu'il y a un élément déclencheur ?

Prisca : Ben là l’élément déclencheur ça a été John "je voudrais faire un tour de chant avec toi". Et le deuxième est en écriture, il sortira après. Il est plus long en gestation (rires). J’aime bien citer Thomas Pesquet, je suis fan et je l’entendais dire un jour "Plus vos rêves sont hauts, plus vous devez travailler à la hauteur de vos rêves" et du coup pour moi l'urgence c’était de dire aux gens "Personne ne peux t’empêcher hormis toi-même de réaliser tes rêves". Voilà.

Monter sur scène pour un spectacle comme "VRAIe", avec tous les éléments personnels que tu y as mis, est-ce quelque part une thérapie ?

Prisca : Non, parce que la thérapie je l’ai faite avant. En revanche, j’avais envie de prendre les gens et faire "clic, maintenant que tu es bien accroché alors on y va..." et le but c’est que tu sortes de là avec "Qu’est que je fais-moi ? " Qu’il y ait quelque chose à l’intérieur qui ait bougé. Si j’arrive à faire ça pour un ou deux personnes sur 100 je suis ravie. C’est vraiment ça. A la fois je suis liquéfiée de peur à chaque fois que je monte sur scène, mais il y a cette envie d’embarquer les gens. Bon, j’étais pas fière quand il y a eu papa et maman dans la salle ça m’a fait tout bizarre, y avait un côté je vous rends tout ça.

Quelles sont tes influences : cinématographiques, musicales, littéraires ?

Prisca :  Pour le littéraire, Romain Gary et Barjavel, deux univers totalement différents... Romain Gary ce qui me fascine c'est sa capacité à rentrer dans chaque personnage. C’est incroyable, il est chaque personnage. Barjavel, parce qu’il a un univers fantastique que j’adore. J'aime beaucoup lire, il faudrait une vie pour pouvoir lire tout ce qu’on aimerait lire. C’est terrible.
Pour le cinéma je suis très cinéma américain... Mais ça fait un moment que je ne suis pas allée au cinéma, je suis devenue comme tout le monde, dans la facilite du Netflix. Je regarde des séries, ce que j’aime c’est qu’on suit un personnage pendant des années, je trouve ça hyper intéressant et passionnant de pouvoir faire évoluer un personnage parce que l’on n’a pas le temps dans un film.  Je trouve ça passionnant de rentrer dans ces détails-là.
J’aime les interprètes et je suis heureuse parce qu’en France ça revient. Quand je vois une fille comme Pomme, je me dis on retrouve des textes, et Barbara Pravi qui chante "voilà voilà", il y a une vraie quête de sens, c'est ça que j’aime.
En comédie musicale c’est pareil je suis très américaine, quand je suis rentrée à Mogador pour travailler "Cabaret", j’avais l’impression que l’on parlait le même langage, cette exigence de travail c'est ce que j’ai aussi dans "VRAIe", c'est Barbra Streisand, Liza Minnelli, Judy Garland, toutes ces grandes dames, toutes ces grandes voix c'est mon école je travaille là-dessus tout le temps.  

Comment as-tu vécu la période de pandémie et les restrictions ?

Prisca : Justement j’ai énormément travaillé, j’ai remis beaucoup de choses à plat. Mais au début je l’ai très mal vécu. Et c'est une amie qui habite en Vendée qui m’a eu plusieurs fois au téléphone s'est rendue compte que ça faisait 15 jours que je faisais le ménage dans mon appart qui n’est pas grand...  et là elle m’a dit "Tu prends tes cliques et tes claques et tu viens chez moi". Je me suis retrouvée à la mer et c’est là que je me suis mise à écrire, à travailler, j’ai passé 5 heures par jour à fouiller les techniques pour travailler ma voix, du coup ce temps a été une richesse incroyable. J’ai beaucoup bossé, à me promener, à prendre l’air mais à bosser bosser bosser. J’ai adoré retravailler le fond, ça a été un moment de formation.

Pour finir, si tu pars sur ile déserte et tu ne dois conserver que 3 choses : un disque, un film, et un 3ème choix ? Ta sélection et pourquoi ?

Prisca : Je peux emmener Bradley Cooper ou pas ... si c'est le cas on aurait besoin de rien (rires).
Peut-être une machette pour découper les noix de coco... C'est compliqué une ile déserte je pense que je ferais de la méditation et du yoga, sinon j’exploserais sur une ile déserte, moi je suis toujours en train de changer tout, tout le temps. Les meubles chez moi ils passent leur vie à changer de place. Et du coup changer les noix de coco de place ça va être compliqué.
Non je vois que Bradley en fait, une vie à étudier Bradley Cooper... (rires).

 

Théâtre de l’Archipel : 17 Boulevard de Strasbourg 75010 Paris
Réservations : 01 73 54 79 79 / Site Internet : http://www.larchipel.net
A partir du jeudi 30 Septembre tous les jeudis et vendredis à 20h00 jusqu’au 14 Janvier 2022

Artiste et Auteure : Prisca Demarez
Accompagnée par John Florencio (piano) et Erwan Le Guen (violoncelle)




Juillet 2021 - Th Cattier - Photos : Th. Cattier /
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