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lundi 4 décembre 2023

RENAUD HANTSON // INTERVIEW // Nostalgic Memories - Partie 2 - Décembre 2022.


Aujourd'hui, place à la deuxième partie d'une belle rencontre, un moment d'échange privilégié avec Renaud Hantson, écorché vif et vrai rebelle au cœur tendre, une après-midi entière où, ne voyant pas les minutes passer, nous avons ainsi pu entendre Renaud se confier sur des sujets forts, parfois douloureux, toujours sincères et très personnels. Renaud est un véritable artiste en ce sens qu'il fait partie des gens qui ne savent pas mentir et offrent des purs moments de vérité.

Voici la deuxième partie de cette interview, encore un grand merci à Renaud de nous avoir fait confiance et de nous avoir ouvert son cœur.



Parallèlement à tout cela, tu donnes des cours de batterie et de chant. Est-ce important pour toi de continuer à transmettre? Quels conseils donnes-tu à tes élèves ?

Renaud Hantson, Pour les élèves de batterie, ce que je leur dis… Actuellement, je les ai pratiquement tous mis à la porte. La batterie, c'est un sacerdoce. Moi qui aime bien avoir des débutants, parce que j'aime faire progresser très rapidement les batteurs qui commencent, que ce soit des adultes, des ados, des jeunes. Du moment qu'ils peuvent toucher les pédales, ça va. Je ne prends pas de gosses, parce que c'est trop compliqué. Il faut toucher les pédales quoi. Mais je les prends dès le premier âge possible. J'aime bien les débutants. à partir du moment où ils voient ça sérieusement. Comme je le voyais moi sérieusement. Alors, je n'ai pas dit pour qu'ils en fassent un métier. Je dis juste pour qu'ils aient envie d'être dans un groupe, de jouer avec quelqu'un. Voilà, pour qu'ils voient ça, dans un but quasi professionnel, à un moment ou à un autre, ou en tout cas amateur éclairé. J'aime bien les amateurs éclairés. Il y a des amateurs qui font du meilleur boulot que des pros. A l' heure qu'il est, j'ai mis en stand-by,  je n'ai pas de batteurs actuellement, mais il y en aura. Mais je ne cours pas après. Je travaille sur une méthode, qui est la méthode de Guy Lefevre & Emmanuel Boursault et Jean-Marc Lajudie. C'est du Solfège, et donc c'est fastidieux. C'est un sacerdoce. Ça veut dire que, quand le mec ou la nana n'ont pas bossé chez eux, je le vois tout de suite, puisque je donne des exercices pour la semaine suivante. Sauf que si l'exercice n'a pas été préparé, moi je l'entends tout de suite. Donc j’ai orienté vers la porte de sortie à peu près l'essentiel de mes batteurs, sauf ceux qui étaient déjà bons, que j'ai, soit placé dans des groupes soit à qui j'ai conseillé de faire tel ou tel truc. Et les chanteurs c’est vachement plus libre parce que c'est ma méthode à moi. Je vois très bien quand quelqu'un n'a pas bossé techniquement, n’a pas fait les exercices que je donne parfois. En fait, il y a 8 points dans ma méthode, 8 points techniques. Je le sais, mais c'est plus libre. Et comme ma partie forte, c'est le coaching, c'est là où je les coache sur des chansons qu'ils choisissent eux-mêmes ou que je leur ai imposées la semaine d'avant. Tu sais, pour progresser, il n'y a pas de secret. Pour progresser, il faut être régulier et rigoureux. Sans travail, un art ? Tu peux être doué, bien sûr. Le don, c'est formidable, mais il faut l'entretenir. Puis il faut le développer. Donc oui, je fais toujours le mercredi et le vendredi quand je n'ai pas de concert. Je vais toujours à Porte de Saint-Ouen, enfin à la mairie de Saint-Ouen, donner des cours dans un local de répétitions, comme je le fais depuis 2002. Je l’ai fait quand j'ai commencé ma carrière dans la musique. A l'époque, c'était parce que je ne gagnais pas encore ma vie. Je voulais prouver à ma mère que je pouvais gagner 3 fois son salaire avec la musique, rien qu'en donnant des cours grâce à mon diplôme de conservatoire justement. Mais là, aujourd'hui, c'est un vrai complément à ma vie artistique. Eux, ils ont un prof vocal, un prof qui est en activité, qui n'est pas juste un prof qui se sert d'une méthodologie, d’une façon de faire, mais qui n'a jamais fait de disques, qui ne fait jamais de concerts etc, etc ….Là, ils ont un mec qui fait des concerts sans arrêt, qui fait des disques, qui a un CV, voilà. Donc moi je suis un peu l'anti prof de conservatoire et l'anti prof lyrique. Chez moi, on ne fait pas de trucs académiques. C'est anti académique. Par exemple, on dit qu'il ne faut pas ventiler. Dans les écoles, dans la plupart des écoles de chant, il ne faut pas ventiler. Ventiler, c'est quand tu mets du souffle dans la voix. Faut pas faire ça, c'est hérétique. C'est interdit, tu comprends ? Et ouais. Sauf que quand tu enregistres un disque en studio, ventiler, c'est vachement plus beau que crier. Je dis n'importe quoi, mais … Bon, chacun son truc. ils ont affaire un peu à un barge, les élèves. Mais c'est ça qui les intéresse aussi. Et c'est pour ça que j'en ai qui sont là depuis de nombreuses années. Et je les ai vu progresser. Ils ont changé ma vie aussi. Et puis on ne va pas se mentir, depuis 2002, c'est la meilleure de mes thérapies. C'est la meilleure de mes thérapies de groupe. C'est une thérapie de groupe. Moi qui ne fréquente pas le Show Business, j'ai toujours dit que mes élèves étaient ma famille musicale en fait. Voilà, c'est mes complices. Ils le deviennent en tout cas au bout d'un moment.

Tu t'es également investi dans beaucoup de causes. Et notamment tu es devenu le parrain d'Ensemble contre la Sclérose en Plaques . As-tu, aujourd'hui, des causes qui te touchent ?


Renaud Hantson, Ma première valeur, c'est d'essayer de faire un métier où je peux me sentir utile. C'est-à-dire quand on fait de la musique parfois…C'est pas un truc de branleur, ce n'est pas ce que je veux dire, mais aujourd'hui… c'est pas dérisoire et futile mais … On est un peu une cerise sur un gâteau. Quand on voit que nos dirigeants ont estimé que notre profession était non essentielle et que donc certaines professions, oui, c'est ça, sont jugées non essentielles. Cela m'a assassiné personnellement. C'est à cause de ça que j'ai rechuté dans mes pires travers…Et c'est à cause de ça que je vais vers un divorce. Je suis toujours parrain d' Ensemble contre la Sclérose en Plaques. Mais c'est une association où la Présidente, elle-même atteinte de sclérose en plaques, n'est plus en activité. Donc, depuis qu'elle est partie en Bretagne, Valérie, elle n'a plus organisé de spectacles. Et donc je n'ai plus à chercher des artistes pour venir aider cette association, gracieusement, pour trouver des fonds pour les malades. C'est une action que j'ai faite pendant plusieurs années. J'en avais déjà fait, une première, au côté de Grégori Baquet, comédien, musicien, également chanteur, qui lui, avait une association qui s'appelait Tous en Scène… Tous en scène contre la sclérose en plaques, entre autres. Tu sais, à partir du moment où tu rencontres des malades de cette maladie orpheline et que tu te sens un peu utile, tu ne peux pas faire machine arrière. J'avais fait, d'autres choses, pour lutter contre le sida. Dès qu'on m'a appelé pour donner ma participation, pour trouver des fonds pour lutter contre le sida, pour faire de la prévention, j’étais là. La chose principale que je fais aujourd'hui, c'est la prévention pour parler de diverses drogues. Voilà. Cela fait un moment que je n'en ai pas fait parce qu'avec la rechute que j'ai vécu, je me sens trop mal à l'aise pour dire. Bien que ce soit au contraire très intéressant d'entendre mon discours parce qu’il est encore plus ciselé qu'à une époque où j'essayais de m'écarter de la substance. Mais je ne faisais qu' essayer… Mais j'y suis rarement arrivé, je le dis aujourd'hui avec honnêteté. J'ai sorti 3 bouquins sur le sujet, mais je ne me suis jamais senti sorti d'affaire. Là, aujourd'hui, on sait qu'on est sorti d'affaire avec la drogue quand en fait, on en voit ou on voit une situation où quelqu'un se drogue et qu'on n’en a pas envie. Là tu sais que t'es sorti d'affaire. Mais comme pour un alcoolique. Ce qui est terrible avec les drogues en vente libre, la cigarette ou l'alcool, qui sont des drogues, qui sont des addictions pour beaucoup de gens sur la planète et qui sont des causes de mortalité évitables, c'est que la tentation est à chaque coin de rue. Mais tu sais, j'ai envie de te répondre un truc. Je crois qu'aujourd'hui j'aimerais… si, je devais donner mon nom ou prêter,enfin donner ma participation à quelque chose, j'ai envie de dire qu'on devrait tous se mobiliser par rapport à la COVID, parce que ça, ça pourrit vraiment notre planète quoi ? Qu’est ce qu'il y a derrière tout ça? Je ne suis pas complotiste. Non du tout. Il y a vraiment un truc puisque je viens de le choper. Mais c'est dans l'air, on a compris que c'était dans l'air, puisque moi avec la dépression nerveuse dans laquelle je suis actuellement, je n'ai pas eu spécialement de vie sociale. Je ne vais pas en discothèque, je ne tape pas la bise à tout le monde. Enfin tu vois, je ne vais plus dans des boîtes à partouzes. Donc ce que je veux dire… Enfin, j'y retournerai, hein, mais bon, ce que je veux dire, c'est…Je sais pas. Comment se mobiliser pour lutter contre cette merde qui nous pourrit tous et toutes la vie ? Mais bon, pour l'instant, j’en reste à mes petites actions par rapport à la sclérose.

En 2012, tu publies ton autobiographie “Poudre aux yeux” et une suite, en 2013, avec “Homme à Failles”, où tu as dû aller plonger au fond de toi pour sortir des moments intenses de ta vie. Cela  a-t-il été difficile à vivre ?

Renaud Hantson, En fait, quand j'ai sorti “Poudre aux yeux”, “Sexe & drogue & show business, chez Flammarion, en 2009 ou 2010, je sais plus, c'était comme un dernier acte thérapeutique, d'une analyse enfin d'une thérapie engagée avec le professeur Laurent Karila. Thérapie, que certaines personnes ont jugé tronquée parce qu'il est devenu un véritable frère pour moi. Et qu’il m'a donné des tuyaux comme il le donnerait à quelqu'un de sa famille. Donc, en fait, effectivement, j'allais pendant un an et demi à l'hôpital Paul-Brousse. Mais en même temps, on mangeait des sushis. On réfléchissait aux albums de Satan Jokers. Et on parlait de mon problème. Et il me donnait ses conseils, et son savoir sur l'addiction à la cocaïne, puisqu'il est spécialisé dans les addictions aux drogues psychostimulantes et au sexe. A l'époque, avec Laurent Karila, on est juste passé à côté d'un des gros problèmes qui me concernait. C'était le fait d'être sexaolique. Et je ne le savais pas. A l'époque Laurent m'avait posé la question, et m'avait dit : mais quand tu fais du sexe tu n'es pas en souffrance quand c'est terminé? J'ai dit : Ben non. Sauf que c'est apparu quelques années après. Il y avait toujours cette espèce d'insatisfaction et de souffrance. Tout ça parce qu’étaient mélangés la drogue avec le sexe. Alors j'en parle ouvertement parce que je pense que ça peut servir à des gens, mon parcours. Je reste persuadé que ça peut aider d'autres gens. Je sais que j'ai aidé des gens à arrêter certaines addictions à travers mon discours. Donc si ça peut aider certaines personnes de dire ouvertement… Je sais que c'est très Américain si tu veux. En France, les artistes, ils ont la chiasse. Il y a une espèce d’omerta sur les vices qu'on peut avoir. Or, tous les êtres humains ont des vices et des travers et des défauts.

Et moi ? Et d'une part ça justifie mon absence des radars et pourquoi je ne suis plus médiatisé comme je l'ai été à un certain moment de mon existence. Cela explique aussi que ma peine a été incommensurable à la disparition de Michel Berger. Mais ça permet surtout pour moi de libérer le fardeau, et que ça serve éventuellement à d'autres personnes. Et ça, c'est la seule manière que j'ai, de faire quelque chose de bien de quelque chose qui est mal, parce que c'est mal. C'est interdit, je le sais. Ce qui est drôle en plus c'est que moi les métiers que je voulais faire quand j'étais en terminale, c'était psy, prof d'Anglais, avocat, journaliste ou flic à la brigade des Stups. Je te jure que c'est vrai. Ça, c'est un truc de fou. Mais moi je flashais, tu vois sur… je voulais de l'action. Je voulais Miami Vice, 2 Flics à Miami. C'est mon truc. Starsky et Hutch. Enfin tu vois, je voulais ça. L'Arme Fatale, là c'est plus vieux. Mais quand j'étais gamin, vraiment on y a pensé en terminale avec un pote, qui lui est devenu avocat. On voulait les Stups. Oui, flic à la brigade des Stups, ça nous éclatait. Y avait psy, ça c'était…Là, je me suis enfilé des tonnes de bouquins de Freud, etc…Et puis j'ai choisi la musique. Et, dans la musique, tu as des moments où il y a des cases vides, il y a du temps libre, beaucoup de temps libre. Alors, si tu veux mes bouquins, pour répondre plus précisément à ta question et pas tourner autour, mes bouquins, c'est comme un acte thérapeutique final. Celui qui est le meilleur, c'est Rock Star, le 3ème, qui se lit comme un polar. Cela fait 130 pages. Cela s'appelle Rock Star, 48 h d'une vie rêvée. Cela se passe sur 48 h de la vie d'un chanteur. Alors devinez qui ? Qui ferait son retour. Un retour gagnant ? Sauf que, il va faire un concert en province, il est encore dans sa toxicomanie. Et il rencontre une femme qu'il voit au premier rang. Il ne voit qu'elle. Et cette nana elle est encore plus équipée au niveau poudre que lui. Il va faire une overdose dans une chambre d'hôtel, et il va découvrir sa rédemption ? grâce à cette nana. On ne sait pas si elle est morte ou si elle est en vie. Si elle est envoyée du ciel ou envoyée du diable. Et tout ça, je ne l'ai pas vécu. Mais c'est pas loin du compte puisqu'en ayant rechuté comme j'ai rechuté à cause de la COVID, je perds ma femme, mais j'arrête la drogue. C'est une bien triste rédemption. Je suis malheureux comme les pierres. Le genre de désespoir dont on ne se remet jamais. Mais bon, au moins je ne fréquente plus le diable. Je ne fréquente plus le diable, voilà. Par contre, ce qu'il faut savoir, et c'est une des choses que je dis, moi, quand je fais de la prévention: c'est diabolique. C'est-à-dire qu'on ne peut pas battre le diable sur son terrain. Il faut juste arrêter de le fréquenter. Faut juste arrêter de le fréquenter. Ne pas se donner la possibilité de faire. Mais en fait je me rends compte que Laurent Karila, dans la thérapie que l'on a faite en 2009, m'avait déjà donné tous ces tuyaux là. Il m'avait dit : la première chose qu'il faut que tu fasses, c'est de ne rien avoir chez toi, de changer l'entourage, etc… etc… etc… Il avait déjà quadrillé. Il m'avait déjà expliqué comment quadriller, ce qu'il me faut. Oui, mais j'aurais voulu le vivre avec la femme que j'ai épousé.

Voilà. Hé bien les 3 bouquins, tu vas chercher toute la merde qui est en toi. Tu sors tout ce que tu as de plus personnel, de plus privé, comme un acte thérapeutique. Exactement comme ce que je viens de te confier ici. J’emmerde les gens qui pourraient penser que c'est de l'exhibitionnisme. Ce n'est pas de l'exhibitionnisme. Si ça peut aider un gamin ou un mec qui aime le rock, et que ça peut l'aider à se sortir d'une addiction, quelle soit sur la bouffe, sur l'alcool, sur la cigarette, sur ce que tu veux, sur l'héroïne, la cocaïne, le pétard, le sexe, hé bien, tant mieux. Au moins, je n'aurais pas vécu tout ça pour rien. C'est tout. À la vôtre sur ces belles paroles. Mais je vous rassure. Je ne suis pas alcoolique. Je ne bois un verre de rouge que quand je suis en bonne compagnie comme aujourd'hui.



Tu as une grande passion pour Glenn Hughes. Raconte nous ta rencontre avec lui.

Renaud Hantson, Tu sais beaucoup de choses quand même. Tu sais beaucoup de choses et tu t'es bien rencardé, dis-moi ?
Glenn, c'est mon idole vocale. C'est mon idole vocale et c'est devenu un modèle au niveau de sa carrière parce que Glenn, il a connu 20 années de cocaïne et il s'en est sorti. C'est l'ancien bassiste chanteur de Deep Purple, qu'il a intégré dans la 3e formation du groupe, ce que l'on appelle Deep Purple Mark III, Marc Three, donc la 3e formation. Des albums éblouissants. Une crinière magistrale, un jeu de scène extraordinaire et une voix qui surpassait à l'époque celle de David Coverdale qui avait été engagé pour remplacer Ian Guillan. À chaque fois que Glenn prenait le micro pour chanter, sa voix touchait les étoiles. Ce qui me fait dire parfois à mes élèves : comment on fait pour faire ça ? Le ciel, c'est la limite. Tu te démerdes. Bon, c'est un peu facile. But, the Sky is the limit.

Glenn, je le rencontre grâce à Olivier Garnier, un attaché de presse Rock qui est également l'attaché de presse de Satan Jokers, qui a été mon attaché de presse aussi et qui a fait un peu de management pour moi aussi. C'est un ami avant toute chose. C’est quelqu'un que je ne vois pas beaucoup, mais que j'aime énormément et qui, à mon sens, est le meilleur attaché de presse du circuit Hard Rock en France. En tout cas, c'est le plus sérieux. Le meilleur, donc. Et qui est un vrai passionné surtout. Comme moi, un vrai passionné. Comme toi. On est des passionnés. Et un jour, il me dit : Glenn est à Paris. C'est moi qui fait sa promotion. Soit là à telle heure. Et donc je rencontre Dieu. Si tu veux, c'est un peu comme Glenn qui rencontre Stevie Wonder quand il avait 25 ans. Eh bien moi, à une trentaine d'années, 28 ans, je rencontre Glenn Hughes. Je rencontre mon Dieu vocal. Et il me parle de tous ces déboires avec la drogue, etc… Il écoute une chanson qui s'appelle A.M.O.U.R. Il adore ce que je fais en solo. Il adore m'écouter chanter en français. Je lui fais faire le tour du bois de Boulogne en bagnole pour qu'il visite les travelos. Pour qu'il regarde. Je le fais aller dans une boîte échangiste. Et ce soir-là, il a ce qu'on appelle un craving. Un craving, c'est une envie irrépressible de consommer de la drogue. Je lui dis: Glenn, non! Tu as fait 4 cures de désintoxication. Il n'est pas question qu'on trouve de la came. Pas question, donc je refuse, je refuse, je refuse. Et un an après, il revient en France. On est en 98/99. Il revient en France. Il est avec un label allemand. Il me demande de trouver de la dope et j'accepte. Au bout d' une demi-heure de discussion au téléphone, je lui dis: Écoute ça me gêne vraiment. Et puis on se défonce chez moi, dans mon ancien appartement. Pendant 4h, il me dit : on peut baisser la lumière ? Ce n'était pas un halogène. C'était une lampe comme ça, tu vois ? Si je veux éteindre, tu vois, on fait ça. Mais ce n'est pas un halogène. On ne peut pas baisser l'intensité. Et je lui ai répété 25 fois. Et donc je vois vraiment qu'il commence à être défoncé quoi. Et qu'en fait, ça ne lui réussit pas du tout. Et je me dis merde comment je vais faire pour m'en débarrasser ? Pour qu'il se barre de chez moi, et que demain, il parte en Allemagne faire sa promo alors qu'il est chargé? Et en fait, j'ai fait un bœuf chez moi. J'ai 5 h de cassette avec mon idole. On fait des chansons ensemble. On écrit…..des trucs inaudibles parce qu'on n'est mentalement pas présent. Ça reste un souvenir dont j'ai un peu honte, et en même temps dont je suis fier, parce que c'est Glenn Hughes et que c'est le meilleur chanteur de la planète peut-être? Que je l'aime. Il est totalement dans l’ésotérisme. La dernière fois que je l'ai vu, c'est encore une fois grâce à Olivier Garnier, dans les loges, pour l'hommage à Deep Purple, qu'il a fait il y a 3 ou 4 ans, à l'Élysée Montmartre. Il faisait toute une tournée sur la période où il jouait dans Deep Purple, avec des titres qu'il a écrit, et d'autres qu'il n'a pas écrit mais qu'il chante. Qu'il chante encore mieux qu'il y a 30 ou 40 ans. J'ai passé 45 minutes avec lui dans la loge. Il est barré parce que tous les gens qui reviennent d'un chemin comme celui que je connais, sont certainement un peu… on a du mal à redescendre. Glenn m’a montré des photos de son gourou sur son téléphone. Il me dit : orbs. Orbs si tu veux, ce sont les auréoles. Et en fait, il y a plein de photos où il est à côté de son gourou et il a une auréole Glenn. Mais en fait, c'est la photo qui fait ça. Il me dit : tu vois? Il n'y a pas qu'à côté de lui que j'ai ça. Regarde, là je prends l'avion. Et il me dit : Orbs. Et il me regarde. Il se marre et me dis : Tu me prends pour un barge? Je lui dis : non, non, je ne te prends pas pour un barge. Je te dis juste que c'est peut-être… ? Juste… enfin pas un quiproquo, mais il y a une auréole, voilà. Bon là il se trouve que tu as 15 photos où il y a ça. Maintenant si toi tu veux te croire protégé depuis que tu fréquentes un gourou et que ça t'aide à vivre, moi, ça me va très bien comme ça.

Donc là je suis en pleine recherche de ce qui peut m'aider à vivre parce que le vrai problème des substances, le vrai problème des addictions c'est qu'on s'imagine que ça aide à vivre d'utiliser des substances chimiques, de l'alcool, la clope, le sucre, le tabac, la cocaïne, l'héroïne. Mais c'est quand on arrête…. Comment occuper les cases vides ? et ça, c'est un vrai combat. Ça, c'est un vrai combat. En plus, la tonne de mal-être que l'on ressent quand on est un vrai addict, elle est incommensurable. Surtout quand on fait comme moi, qu'on essaie de s'en sortir, comme un guerrier, sans médication, sans antidépresseur. Pour trouver le sommeil, c'est chaud. C'est difficile. Donc admiration totale pour Glenn Hughes. Voilà, je t'ai tout dit. Je t'en ai dit plus que je n'ai jamais dit sur Glenn

Parmi toutes les rencontres, quelles sont celles qui t'ont le plus marqué?


Renaud Hantson, Michel Berger. Glenn Hughes . Daryl Hall, de Hall & Oates. Daryl Hall a été vraiment une de mes idoles avec son groupe de Soul” Hall & Oates”. Quand je l'ai rencontré, il sortait son 3ème album solo qui s'appelle “Soul Alone”, “si seul”, enfin “une âme solitaire”. Et il n'était pas réceptif à rencontrer un chanteur français dans un resto, tu vois? Il était plus réceptif à draguer la petite minette blonde qu'il y avait à sa gauche et à boire du vin. Donc je l'ai laissé faire. On a parlé musique une demi-heure. Mais c'est un peu une rencontre avortée.

Mais malgré tout, je suis heureux d'avoir pu rencontrer à peu près toutes mes idoles. J'ai croisé Hallyday 10 fois, il a toujours été super bienveillant avec moi. Mais la rencontre, la vraie rencontre et la relation quasi filiale qu'il y a eu… Il y a Glenn Hughes, oui, c'est vrai, mais c'est Michel Berger. Michel Berger, c'est un mentor. Un père spirituel artistique pour moi. Tous ses conseils étaient judicieux. Tous ses conseils étaient de bons conseils. C'est un mec… Tu sais, c'était un patron, Michel, sous couvert d'être très maniéré et très doux, il savait ce qu'il voulait. Il savait où il fallait aller. J'ai une grande admiration pour Berger.

L'importance des tatouages pour toi? Combien en as-tu et quels sont leurs significations?  

Renaud Hantson, Écoute, ça a commencé par des conneries et c'est devenu plus ou moins des œuvres d'art. Tu vois là, il y a Motörhead. Je suis un fan de Lemmy plus que de Motörhead en fait. J'aime Lemmy, le leader de Motörhead. Comment je peux te dire ça? Mes tatouages c'est des pans de vie. Là, il y a un gant de boxe. Motörhead c'est pour le Hard Rock. Il y a des endroits où il y a Satan Jokers, Furious Zoo, Il y a des pin-ups, il y a une rose, il y a un indien, il y a un micro.  Pourquoi je dis qu'ils sont devenus des œuvres d'art ? C'était des tatouages de voyous au départ. Pour moi, le tatouage reste un truc de voyous. Plus aujourd'hui. Je sais aujourd'hui,  n'importe quelle minette qui a un job normal se fait un tatouage. Elle va payer 3000 tu vois, elle va chez un bon tatoueur. Ah, c'est beau. Tu vois, c'est comme le piercing. C'est des tendances,  c'est des modes. Moi, c'était des trucs de rockeurs, que j'avais fait à l'arrache, faits au couteau. Je déconne mais c'est pas loin.

Et j'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un qui est fan de ma musique, qui est fan d'une chanson qui s'appelle «Apprendre à vivre sans toi», entre autres. Elle est fan de 2 personnes. Ces 2 chanteurs favoris qui n'ont rien à voir, c'est moi et Jean-Luc Lahaye. C'est une fille qui s'appelle Isabelle Klancar. Et Isabelle Klancar, elle fait entre autres des recouvrements. Des recouvrements, c'est quand tu as déjà un premier tatouage et que tu fais un autre tatouage dessus, et que l'on ne voit plus que celui-là. C'est très difficile à faire. Il faut beaucoup de patience pour le mec ou la nana qui se fait tatouer parce que si tu veux, elle te charcute vraiment. Moi je ne suis pas sensible à ce genre de choses là, pas sensible à ce genre de douleurs là. Pas sensible, mais bon, à un moment ça me tape sur le système quand ça dure 12/14 h. J'en ai ras le cul comme tout le monde. Mais il m'en faut plus pour avoir mal.

Donc elle l'a fait et c'est devenu pas des œuvres d'art, mais pas loin. Elle m'a fait un très beau tableau qui est là-bas «C'est ma femme, c'est mon mari» .Elle nous a donné ça le jour de notre mariage puisque bien entendu, on l'a invité avec Floriane, qui est ma future ex-femme.

En fait, elle est dessinatrice. C'est là qu'on voit qu'elle est dessinatrice. Elle a fait également la pochette de l'album précédent, qui s'appelle «Tatoué à jamais». En fait c'est un tatouage, mais qu'elle a photographié. C'est un tatouage de mon visage. Donc c'est marrant. Et cette rencontre avec Isabelle Klancar aussi. Elle est venue ici. En fait, elle habite pas loin de Metz. Et elle est venue ici avec le siège de tatouage, son matos et ça a duré 3 jours. 2 fois 3 jours. Ah c'était chaud, oui, parce qu'il y avait du boulot. Mais elle est très douée. Voilà la signification et surtout l'histoire d'amitié. Avec moi, c'est toujours une affaire de feeling, de relationnel.

Les tatouages que j'avais avant, si tu veux, c'était des conneries quoi. Ils n'étaient pas très bien faits. Il y avait déjà des pin-ups. C'est l'aspect sexy du truc. Il y avait les initiales de mes groupes : FZ (Furious Zoo), SJ ( Satan Jokers). Il y avait une chaussure parce que je suis fétichiste des talons et des pieds de femmes. C'est pour ça que le prochain Furious Zoo s'appelle «Fishnet» qui veut dire Résille. C'est pour ça que j'ai intitulé un album de Satan Jokers «Fetish X». Oui, je suis très fétichiste. J'aime bien ça. Mais ce n'était pas très bien fait, donc on a trouvé d'autres trucs en rapport, éloigné ou pas éloigné, tu vois ? Mais elle, ce qu'elle a fait, c'est de la qualité. Elle, c'est une vraie tatoueuse. Elle doit faire partie des 10/15 meilleurs tatoueurs qu'il y a dans ce pays. C'est une vraie tatoueuse. Mais le problème, c'est qu'il y en a de plus en plus. Tu sais, c'est comme… Je compare son métier au mien vocalement. Aujourd'hui, je ne suis plus qu'un borgne au Royaume des aveugles. C'est-à-dire que les gens qui chantent de mieux en mieux, il y en a beaucoup. Il y en a vraiment, je t'assure, même s'ils ne sont pas connus. Mais tu vois, dans leur cave ou chez eux, dans leur local, il y a des gens qui ont un sacré niveau. Donc la France a évolué et la France, elle a évolué aussi au niveau des tatouages. Là, on a de très très bons tatoueurs en France. Vraiment. Des gens qui peuvent faire des concours des compétitions, des conventions et briller. Il n'y a pas que les Américains, les Anglais, les Allemands. On a des tatoueurs en France qui sont des bêtes, des pointures. Et Isabelle, c'est une grande chance pour moi de l'avoir rencontrée parce ce qu'elle est rigolote, elle fait bien son job et c'est une vraie gentille. C'est un bonbon.

Reste t'il encore un domaine artistique auquel tu ne t'es pas encore essayé et qui te tente fortement ?


Renaud Hantson, J'ai toujours dit que j'adorerais pouvoir jouer dans un film. Mais tu sais, je ne suis dans aucune agence. Je n'ai pas vraiment les bases techniques pour le faire. J'ai jamais été aux cours Florent. Je n'ai pas pris de cours de théâtre. Mais oui, ça ne me déplairait pas de faire l'acteur. Je l'ai fait sur scène, je l'ai fait dans des comédies musicales ou des opéras rock. Je veux dire endosser l'image de James Dean sur scène, c'était déjà une performance en soi. J'ai essayé d'être correct, de ne pas trahir le mythe. Ce n'était pas simple. Mais oui, dans un film, cela ne me déplairait pas. Flic ou voyou, j'en sais rien. Ou amoureux ? 9 semaines ½? Tu vois Mickey Rourke ? J'ai toujours aimé Mickey Rourke. Pas le Mickey Rourke d'aujourd'hui qui est détruit au niveau du visage, et qui doit avoir une addiction avec son chirurgien esthétique. C'est très triste parce qu'il avait une vraie gueule, pas besoin de se détruire la gueule comme il l'a fait depuis 20 ans. Mais il justifie ça par le fait qu'il ait repris la boxe il y a 20/25 ans et qu' il avait le nez cassé et qu'il fallait refaire. Non, c'est faux. Je pense qu'il a un vrai problème d'addiction, la chirurgie esthétique comme Michael Jackson. C'est maladif, il y a des gens qui sont addicts. Je n'ai pas voulu axer l'interview sur l addiction en général mais je ne suis pas le seul torturé du cerveau sur la planète.

Aujourd'hui, quels sont tes groupes préférés? Sont-ils les mêmes qu'avant? Quel genre de musique préfères-tu écouter? Y a-t-il une chanson et un album qui restera pour toujours?


Renaud Hantson, Oui, j'ai un côté nostalgique. Et le côté «oui, c'était mieux avant». Alors c'est redoutable parce que tu te demandes: moi qui suis quand même...enfin j'ai un cerveau pour réfléchir? Je me demande toujours, est-ce que c'est parce que j'ai vieilli ? Est-ce que je suis en train de devenir un vieux con ? Non, la réponse est non. J'ai déjà donné une réponse en phase avec ta question, qui est qu'il suffit de comparer. Tu sais, tout a été fait depuis les Beatles. Donc on est tous quelque part des petits-fils, non pas du métal mais des petits-fils des Beatles. Ils ont tout fait, ils ont tout inventé. Donc c'est très compliqué de faire du neuf alors qu'on est déjà du «vieux». Tu vois ? Je ne suis pas très rap. Mais je trouve que Orelsan a du talent. J'ai toujours trouvé que NTM avait un truc, que Solar est un grand artiste. Il y en aurait d'autres, mais si tu veux c'est pas ma came tout ça. Je ne suis pas dans mon élément.

Dans la variété française, très honnêtement, depuis Balavoine, Goldman, Berger, Voulzy, Souchon, Cabrel ….Est-ce que c'est bien ce qui se passe là ou c'est pas déjà la même musique que ce qu'il y avait avant ? Après, il y a bien eu une vague, avec (Je vais me mettre dedans), Obispo, Calogero, moi, Pagny,  Axel Bauer, Jean-Jacques Daran, Daniel Lévy (Paix à son âme). Il y en aurait d'autres...Art Mengo. Mais si tu veux cette 2ème vague là, en dehors de Calo et Pascal Obispo, n'a pas eu le crossover. On n'est pas à notre place, que ce soit, Art Mengo, Daniel Lévy, Daran et moi. On mériterait un peu plus d'exposition quand même, par rapport à la qualité des disques et des chansons qu'on écrit. Je ne veux pas que ce soit larmoyant ou que cela paraisse mégalo, mais il y a quand même des questions qui se posent. Alors est-ce que c'est parce qu'on a le mauvais dossard? La mauvaise équipe promo? Le mauvais label? Est-ce que nos chansons sont trop complexes? Pas assez simples ou pas assez porteuses ou pas assez bonnes ? Est ce qu'on chante mal ? Moins bien que ceux que j'ai cité avant ? Ça voudrait dire que Daniel Levy et moi qui n'avons qu'un relatif demi-succès ou Daran ou Mengo, ça voudrait dire que... on est moins bons vocalement ou artistiquement?  Ah bon, vous êtes sûr de ça ? Vous avez bien écouté ? vous avez comparé ? Donc ça pose problème quoi. Tu te dis bon, c'est un métier où règne l'injustice. En même temps, ce n'est pas le seul métier injuste. Il y a des médecins meilleurs que d'autres à qui on ferme la gueule. Tu as des avocats meilleurs que d'autres qui plaident moins que des avocats très en vue. Et tu as des hommes politiques en place qui n'ont rien à proposer, alors que d'autres hommes politiques auraient des vraies choses à proposer. Tout ça, ça rappelle que c'est du business. On est dans une société du paraître, de l'illusion et aujourd'hui une société où en plus il faut se masquer, fermer sa gueule, sans ça on risque d'attraper un virus. Waouh! Je plains le gamin de 15 ans aujourd'hui. En même temps, le gamin de 15 ans d'aujourd'hui, peut-être que ça fait 3 ans qu'il a pris l'habitude d'être masqué, de fermer sa gueule, de ne plus sortir, de ne plus flirter avec la fille avec qui il veut flirter, ne plus aller en boîte, ne plus rien faire, ne pas aller au concert parce qu'il risque d'attraper un virus. Bon! Et d'écouter de la musique hyper compressée sur Internet plutôt que d'aller acheter des disques. Ben oui, je suis désolé mais dans ces cas-là, oui, oui, c'était mieux avant. Franchement, c'était mieux avant? Oui, oui. Ouais, Ouais. Ouais, Ouais, c'était mieux avant !!

En ce moment, plus les années passent plus le monde va de travers ….Crise sanitaire, mouvements sociaux. Que penses-tu de tout cela ?


Renaud Hantson,
Je viens presque de te le dire. Moi, ce que je pense de ça, c'est que la planète va mal. La planète, elle est en colère. Donc ça se ressent aussi sur tout ce qui est social. La terre est en colère. L'homme n'a tellement pas considéré la planète et on a tellement mal agi en termes écologiques, que l'on chope la colère de la planète. Les virus ? Maintenant, il y a une vraie question. Virus ? Ce n'est pas seulement la terre qui est en colère. Le virus, il s'est propagé parce que certainement que la main de l'homme est passée par là. Mais le virus a bien permis par exemple, qu'un mouvement social comme les gilets jaunes soit muselé totalement. Donc je me dis : Est-ce que l'on est pas juste dans la société du paraître? la société du business? la société des inégalités? La société du « c'est pas le meilleur qui gagne, c'est juste le plus pourri, le plus enfoiré » Moi je le dis souvent. J'ai fait des statuts sur Internet où je dis: je ne suis plus de ce monde. Je n'arrive pas à comprendre. Pourtant, j'ai la niaque d'un mec de 25 piges, la mentalité d'un mec qui commence à baiser, qui a 15 ans,16 ans, tu vois? Et par contre, l'expérience d'un centenaire. Donc voilà. Et qu'est-ce que j'en pense? J'en pense pas grand chose ma petite dame. J'en pense qu'on est mal barré!

Si tu devais te définir, quelle serait ta phrase ou ta devise ?

Renaud Hantson, «Je n'ai jamais eu de haine, n'ai fait de mal qu'à moi-même, vécu des joies comme des déveines. Je dirais que je suis un mec bien.» C'est les 4 premières lignes d'un texte et donc d'un clip qu'on peut trouver sur Internet, qui s'appelle «Un mec bien» et qui est la dernière chanson de mon dernier album. C'est la toute dernière chanson, écrite avec Frantz Fagot, mon partenaire, le guitariste qui co-réalise avec moi, mes 2 derniers albums, qui a co-réalisé «Tatoué à jamais » et «Essentiel, libre comme l'Art», mon nouvel album. «Essentiel, libre comme l'Art» c'est un double album et il y a cette chanson dedans. Et je dirais que cette chanson...le texte reflète assez bien la personne que je crois être, ou en tout cas l'image que je voudrais que l'on garde de moi. Un peu comme Berger, quand il disait Hantson c'est le meilleur chanteur de sa génération. Il n'avait peut-être pas tort. Tiens, si on écoute sa discographie, regarde comment il chante sur tel ou tel truc. Waouh! Je veux qu'on dise: Waouh! En fait, c'est ça les traces que je veux laisser. J'ai la présomption de penser qu'à un moment ou à un autre, quand un truc est de qualité et qu'il est plutôt au-dessus de la norme, on finit par s'en rendre compte. Alors que ce soit de mon vivant ou pas... Bon je préférerais que ce soit de mon vivant. Mais j'ai déjà suffisamment de preuves, de témoignages de fidélité.Tu sais ? La vraie notion du succès c'est ce qui se passe à chaque spectacle que je donne, quand je vois le regard des gens. Le succès c'est ça, c'est ce qu'ils te renvoient. C'est quand tu sais que tu as bouleversé leur existence à un moment. C'est ça le succès d'un artiste. La trace qu'il veut laisser, elle est là. Quel que soit le nombre de disques vendus. Le nombre de disques vendus, c'est une cerise sur un gâteau. Mais le gâteau, c'est déjà de faire une bonne chanson qui parle à quelqu'un d'autre que toi-même. Si cette chanson, elle parle déjà à quelqu'un d'autre que toi-même, qu'elle véhicule quelque chose qui dure dans le temps, qu'elle soit connue ou pas connue mais qu'elle touche quelques personnes comme ça, tu vois, et qu'elle bouge la vie de certaines personnes, ça, c'est un succès quand même. Ça c'est bien. Et moi, ce que je voudrais qu'on garde c'est : il était d'une sincérité excessive. Oui, je suis excessif. J'ai été excessif avec la drogue. J'ai été excessif dans mes amitiés. J'ai été excessif dans mes amours. Je suis excessif dans mes confidences. Je suis excessif dans la rupture que j'ai avec ma femme. Je suis excessif dans ma façon de chanter aussi. Et en même temps, est-ce que ce n'est pas ça être artiste ? On a le pouvoir de dire tout haut ce que certaines personnes voudraient exprimer. On a ce pouvoir là. On a le pouvoir de transcender, à travers des mélodies, des mots, ce que plein d'êtres humains ressentent en eux.

«SOS d'un terrien en détresse» c'est une chanson qui me parle terriblement aujourd'hui, quand je la joue en concert. «SOS d'un terrien en détresse» elle me parle incroyablement. «Pourquoi je vis, pourquoi je meurs? Pourquoi je ris, pourquoi je pleure? voici le SOS d'un terrien en détresse. J'ai jamais eu les pieds sur terre, j'aimerais mieux être un oiseau» . Wow ! C'est ça en fait, c'est ça. Je voudrais qu'on se dise : «il était d'une sincérité extrême, désarmante, cash, sans filtre». Il balançait des trucs que personne n'oserait dire. Les plus imbéciles penseront que c'est de la mégalo, les plus intelligents se diront : Wow! mais comment il fait pour sortir des trucs aussi personnels? N'est-il pas gêné ? Je n'ai aucune gêne, aucune gêne. Cela me fait un bien fou. Tout le monde devrait faire une thérapie. Tout le monde devrait être en thérapie. Ce que l'on a fait aujourd'hui, c'est très thérapeutique. Moi, quand j'ai affaire à un passionné comme toi, un mec qui connaît bien le marché du disque, qui est collectionneur comme moi... Je t'avais dit, on va faire un truc, on va aller au bout, on va vraiment faire une interview confession. On va y aller quoi ! Et ça fait longtemps... Je crois que je le fais tous les 10 ans. La dernière fois que je l'ai fait, c'était en Bretagne avec mon administrateur, Stéphane Lecamp pour la sortie d' Opéra rock. Je lui ai dit, tu me poses toutes les questions qui sont interdites en interview. On parle de tout. J'ai dû le faire peut être une première fois 10 ans avant, mais ça n'avait pas d'intérêt car je n'avais pas le vécu que j'ai aujourd'hui, donc ça avait moins d'intérêt. En 2010, c'était presque intéressant. Mais je n'étais pas sorti d'affaire sur mes problèmes de drogue. Donc, il y avait du mensonge. J'édulcorais ce que je disais. Aujourd'hui que je me sens plus en expérience de pouvoir dire, voilà ce qu'il ne faut pas faire, ne faîtes pas ça. On va plus loin je crois, j'espère. J'espère qu'il y aura des gens qui seront touchés par ça en tout cas.

Au Zèbre, récemment, tu as fait un concept de mélanger diverses époques de ta carrière, comptes tu le refaire ?

Renaud Hantson, Je risque de le faire, je ne sais pas si ton montage sera fait d'ici le 1 avril 2023. Mais je vais le faire le 1 avril 2023, dans un club qui m'est cher puisque c'est le Pacific Rock. Tu verras le DVD inclus dans le quadruple coffret Live que je t'ai offert, il y a 3 CD et 1DVD, et cela a été filmé au Pacific Rock, par quelqu'un qui est très important pour moi, qui s'appelle Philippe Wagner, qui est mon photographe depuis que j'ai 18 ans. Je l'ai rencontré au lycée. Il est très certainement mon ami le plus fidèle, et il est surtout le témoin de toutes mes évolutions, régressions, enfin de tout. Témoin de ma décadence parfois et de choses magiques parfois aussi. Comme ce bœuf avec Angus Young d'AC/DC, avec Trust. C'est des choses qui arrivent une fois dans une vie. Merci à Trust d'avoir amené Angus ce soir-là. Et merci à Angus de nous avoir permis d'être un des 3 bœufs, je crois, qu'il a fait dans son existence, parce qu'il a joué 3 ou 4 fois maximum avec des gens extérieurs à AC/DC. C'était le 5 décembre 1982.

Le 1er avril, j'ai l'intention de faire un résumé de tout ce que j'ai fait dans ma carrière musicale. Mais un résumé qui survolera parce que j'ai très envie de refaire ce que j'ai fait au Zébre. J'ai très envie de refaire ce show là avant toute chose. Mais j'y intégrerai un échantillon des projets extérieurs. Ce que je n'ai pas fait au Zèbre. Au Zèbre, il n'y avait pas Furious Zoo, il n'y avait pas Satan Jokers, alors qu'il y a des titres qui peuvent s'inclure au spectacle. Bonne idée. Mais bon, l'idée je l'avais déjà. Mais en tout cas, bravo, clairvoyance. Je l'ai fait mais ça commence à dater. Je l'ai fait au Pacific Rock où il y avait tous les musiciens de chaque projet qui venaient,  qui me rejoignait. Et c'était l'époque où on faisait 300/400 personnes au Pacific Rock. Et c'est un temps révolu. Olivier Mars, le patron du Pacifique rock m'a dit: «pour faire sortir les gens aujourd'hui, c'est incroyable». Le public de rock, entre guillemets, est un public vieillissant qui voudrait que tout soit gratuit. Internet, c'est très bien, mais Internet a tué le marché du disque. Et est en train de le tuer. Et je l'avais dit depuis 10 ans. Cela tuera également le marché de la scène. Et ça tue le marché de la scène. Et comme en plus maintenant, il y a un problème supplémentaire avec la COVID, t'imagines bien que déjà, problème de finances, problème de lassitude, problème de:  il y a trop de concerts, problème d'il y a trop de musiciens, trop de groupes, y a trop de ci, il y a trop de ça. Et alors maintenant, il y a trop de virus. Comment tu veux que les gens aient envie de sortir ? On ne vit plus dans une société festive. On vit dans la société de la répression, de la récession. Une société de merde. Je ne suis plus de ce monde. Mais c'est aussi à cause de ça par contre que je me suis enfermé et que j'ai rechuté. Et je veux prouver à qui le sait déjà que non, non, celui qui a rechuté, ce n'est pas le vrai moi. Le vrai moi, il veut vivre. Et il veut vivre le mieux possible. Même dans une société minable. Prendre du bon temps. Tu vois, il a fallu que je sois sorti d'affaire et après avoir arrêté la fuite en avant pour me dire putain,  pourquoi en fait j'avais souhaité avoir un enfant? C'est une question qui se pose, voilà. On va loin là, hein ? Et c'est là que ceux qui ne me connaissent pas se disent : il est qui lui, pour raconter tout ça ? Ben je suis juste un mec qui a 1CV.

Pour finir, si tu devais te rendre sur une île déserte et ne garder que 3 choses : un disque, un film et un 3e choix quelle serait ta sélection et pourquoi ?

Renaud Hantson, C'est trop difficile, hein ? Non, c'est trop difficile parce que la première chose que j'aimerais emmener sur une île déserte c'est ma chaîne stéréo, avec toute ma collection de disques. Comme ça t'es niqué. Je ne vais pas en citer, il n'y a pas. Tu vois, je t'ai fait une réponse intelligente d'homme politique. Je regarde mon téléphone parce qu'il y a mon psy qui va m'appeler d'un moment à l'autre. Mais ma chaîne stéréo. Enfin la meilleure chaîne stéréo que j'ai ici, soit celle qu'il y a dans la pièce de musique soit là-haut, soit ici. La 2ème chose ce serait un ordinateur parce qu'aujourd'hui on ne peut plus vivre sans. Et la 3ème chose qui n'est pas une chose, c'est la personne que j'aime. Voilà. Sur une île déserte ça, ça peut aller. Accessoirement, faudra qu'on trouve à bouffer. Voilà !

Merci à toi de cette interview, c'était vraiment super, un bon moment d'échange.

Renaud Hantson, Eh bien, c'était particulier, c'était... Tu vois, ça fait un mois en fait que je n'ai pas été au centre où je vais actuellement depuis un an avec le Psy dont je parlais, qui va me téléphoner là parce que je lui ai dit que, comme j'avais une interview, je préférerais faire l'interview et ensuite la séance de thérapie au téléphone. C'est pas un privilège de stars, c'est juste que comme aujourd'hui je viens de mettre un terme à ma lutte contre le COVID, cette merde, je lui ai dit, je préférerais rester à la maison. Mais pour moi aussi, c'était intéressant. Tu vois, le fait de ne pas avoir dialogué avec ce psychologue fait que tu confies vachement plus de trucs personnels. Et tu peux garder absolument l'intégralité de tout ce qu'on a dit. Tu te débrouilles. Fais bon usage de ça, mais là tu as un vrai genre d'interview confession. Pour ceux que ça peut intéresser. Encore une fois pour la niche d'adeptes, pur et dur, de ma carrière que je voudrais en profiter pour remercier du fond du cœur. Du fond du cœur. Je voudrais remercier les gens qui me suivent depuis 83, pour quelques uns.

Alors je vais dire quelque chose d'un peu attristant, mais je n'ai pas vu le temps passer.  Alors vous voyez, là je suis en pleine expérience capillaire, c'est n'importe quoi, mais je n'ai pas vu le temps passer. Et c'est là que tu regrettes justement d'avoir perdu 27 années dans une lourde addiction. C'est là que tu te dis merde j'aurais pu vivre autrement. Alors, est-ce que j'aurais été plus créatif ? Je ne sais pas. Ce que je sais, c'est que je n'ai jamais été aussi créatif que depuis que je veux mettre un terme à cette addiction. Donc depuis 2002, je n'ai jamais sorti autant de disques parce qu'en fait, je me bats contre moi même depuis 2002. Enfin, ce n'est pas contre moi-même.Je me bats contre le diable depuis 2002. Je voulais finir là-dessus parce que j'ai beaucoup parlé de ça.  Il faut comprendre que c'est un des terrains de bataille de ma vie artistique. Ce qui m'a pourri la vie. Et pourquoi je dis ça ? parce que aujourd'hui j'arrête. J'ai mis un terme à cette addiction. J'arrête la drogue, mais je perds ma femme. Et ça, ça me semble effroyable, effroyable. Mais ça va donner des concerts et ça donne déjà depuis 2 mois, des concerts où toute l'équipe autour de moi, on est en état de grâce. Je ne sais pas comment ça se fait. Il faut que j'en parle à Glenn Hughes de ça. Est-ce que quand il a mis un terme à son addiction, est-ce que lui aussi, tout ce qu'il faisait vocalement ça touche les étoiles. Lui, je sais que sa voix touche les étoiles, depuis des années. Mais même quand il était sous substances, il était magique. Là, si tu veux ce qu'il se passe avec les gars...il y a un truc entre le public et nous. Vocalement, je m'amuse à changer des mélodies à la dernière seconde, il y a des trucs qui viennent comme ça. Alors ce n'est pas pour autant que je vais récupérer des neurones et pas pour autant que je vais connaître mieux mes textes. Mais y a pas d'erreurs quoi. Il y a des antisèches partout. Voilà.

Merci beaucoup pour tes questions. Fais bon usage de ça. Là si on tient pas 1 DVD pirate culte !
Merci à toi Thierry.


Thierry CATTIER
Photos DR et Th CATTIER / SHOOTING IDOLS

Interview en VIDEO ICI



Voir la Partie 1 ICI




jeudi 23 février 2023

RENAUD HANTSON // INTERVIEW // Nostalgic Memories - Décembre 2022.


Aujourd'hui, place à une belle rencontre, un moment d'échange privilégié avec Renaud Hantson, écorché vif et vrai rebelle au cœur tendre, une après-midi entière où, ne voyant pas les minutes passer, nous avons ainsi pu entendre Renaud se confier sur des sujets forts, parfois douloureux, toujours sincères et très personnels. Renaud est un véritable artiste en ce sens qu'il fait partie des gens qui ne savent pas mentir et offrent des purs moments de vérité.

Voici la première partie de cette interview, encore un grand merci à Renaud de nous avoir fait confiance et de nous avoir ouvert son cœur.



Tu es né à Paris en 1963 Comment s'est passée ta jeunesse, et quels souvenirs gardes-tu de tes premières années, l’adolescence, l'école, de tes amis et ta famille ?


Renaud Hantson
- J'ai commencé la musique à 6 ans grâce à la sœur d'un copain d'école maternelle qui écoutait du rock des années 70. Elle écoutait Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Les Beatles, Les Rolling Stones, Humble Pie, Grand Funk Railroad, Mountain. Ça, c'est tous les groupes qui m'ont inspirés. Cactus, Budgie, tous ces groupes, je les ai découverts grâce à la soeur de Benjamin, mon pote, qui était guitariste. Son père, d'ailleurs, était guitariste de Jazz. Et moi je chantais par la force des choses car on ne trouvait pas de chanteur. Je me suis monté une fausse batterie avec des barils de lessive. Alors, Omo, Dash, Ariel pour ne citer que quelques marques et on a commencé comme ça. Jusqu'au jour où mes grands-parents m'ont acheté les premiers éléments d'une batterie. Une caisse claire et une cymbale. Et la deuxième année c'est chez Paul Beuscher, pour ne pas les citer, célèbre magasin de musique à la Bastille qu'ils m'ont acheté le reste de la batterie. C'était une batterie à mille balles, une Peters! L'année d'après on a voulu compléter les éléments mais il n'y avait plus la même couleur. Donc, 2/3 ans plus tard j'ai effectué mon premier job d'été et je me suis acheté ma première batterie. Pour l'école, c'était cursus normal. De la maternelle au bac, que j'ai brillamment raté, avec mon pote Benjamin qui est toujours guitariste et musicien de studio. On a fait tout le cursus normal. A l'époque soit tu faisais C scientifique, D scientifique ou A littéraire. On était au Lycée Charlemagne, un bahut scientifique et on a choisi A puisqu'on était des rebelles. Donc c'était la section dépotoire du Lycée Charlemagne mais nous on faisait de la musique et aujourd'hui on est des rock stars (rires)


Quelles ont été tes premières découvertes musicales, tes premières influences et tes idoles ?

Renaud Hantson
-
C'est ce que je t'ai dit. Mes premières influences c'est ce qu'écoutait la soeur de Benjamin. Elle écoutait beaucoup de choses, Crosby, Stills, Nash and Young, Simon And Garfunkel mais nous on a choisi la tendance dure. Ce qui nous a plu c'est Led Zeppelin et j'ai eu la chance d'avoir un instituteur avec lequel, j'ai pu reprendre contact il y a dix ans et que j'ai retrouvé grâce à un ami flic, un vrai ami que j'appelle mon Profiler car il a réussi à me retrouver mon instituteur grâce à qui, à l'âge de 9 ans, j'ai pu aller voir Led Zeppelin en 1969 au Palais des Sports de Saint-Ouen. Alors toi qui sait, puisque l'on s'est connu dans les conventions du disque, tu sais combien les mecs de notre génération aiment collectionner. Comme si c'était des figurines Panini avec des footballeurs sauf que nous on collectionne la musique et, donc, je recherche toujours des pirates de Led Zeppelin, de Black Sabbath, toute cette époque là. Parce qu'en fait mon instituteur est venu me voir, il y a très peu de temps, à Concarneau où je donnais un concert en hommage à Michel Berger. Il est toujours musicien. Il à 70 ans et c'est un mec qui nous a fait écouter Deep Purple en classe en 9ème et en 10ème. Il nous a eu 2 deux ans. J'ai eu la chance d'avoir aussi un truc avec lui. C'est que l'on a eu droit d'avoir des cours d'anglais avant le bahut car il était prof d'anglais. Il était instituteur mais avait fait des études d'anglais. Donc ça a été une chance inouïe. Parce que c'est le genre de mec qui nous a fait écouter du rock en classe, qui m'a emmené voir Led Zeppelin en demandant à Benjamin s'il y allait avec sa famille auquel il a répondu oui et en me disant, et toi Renaud est-ce que tu veux voir Led Zeppelin? N'ayant personne pour m'emmener, et face à mon désarroi, il m'a invité avec ses potes qui étaient profs ou étudiants, je ne me souvient plus. Et voilà ce sont mes influences. On a choisi la tendance hard rock de tout ce qu'écoutait la soeur de Benjamin.

A quel âge as-tu commencé à apprendre à jouer d'un instrument puis commencé à écrire tes premières chansons ?

Renaud Hantson
-
J'ai commencé la batterie à 6 ans. On a été, Benjamin et moi au conservatoire du 4e arrondissement de Paris de l'âge de 9 ans à 11 ans puisque nous habitions respectivement dans les 3e et 4e arrondissements. J'ai refais du conservatoire à 16 ans jusqu'à 19 ans, année de la sortie de mon premier album de Satan Jokers où j'ai obtenu un prix d'excellence à la batterie. Là, c'était un gros conservatoire avec un des plus grands professeurs de batterie et de caisse claire en France. Paix à son âme, mon prof  Guy Lefebvre était un des plus grands. Il avait conçu des méthodes de caisse claire. Il était tambour major à l'armée. C'était vraiment un grand musicien qui a formé beaucoup de batteurs de ma génération. Je crois qu'il m'aimait bien car j'étais son élément rebelle, le rocker avec les cheveux longs. C'était une belle époque.. Mes premières chansons, je les ai écrites avec Benjamin. On déconnait, moi sur mes barils de lessive, lui avait une petite guitare flamenco, son père était guitariste de Jazz donc c'était plus facile pour lui. Mes parents ont divorcé et ma mère était la seule à gagner sa vie pour m'élever. J'ai vécu dans un HLM, mais je n'ai jamais manqué de rien... Ma première chanson, c'était à 9 ans. Je crois que j'ai des K7 de ça. Il faudrait que je sorte les K7 de Renaud Hantson à 9 ans. Je suis sûr que si on les remasterise, ça devrait être drôle.

Te souviens-tu de tes premières créations ?


Renaud Hantson
-
Ma première création c'est ça, à 9 ans ! Je me souviens du premier concert, on a 14 ans. C'est sur une péniche et c'est catastrophique. A l'époque on avait pas d'expérience et Benjamin ne savait pas qu'une guitare, quand il fait très chaud et qu'il y a beaucoup de monde, ça se désaccorde. Il y avait tous nos copains de classe et c'était blindé. Donc il a joué avec une guitare désaccordée tout au long du concert. Moi, je ne savais pas qu'avec la tension nerveuse, j'allais taper comme un sourd et chanter en même temps. J'étais essoufflé et je commençais a avoir des crampes. J'étais tétanisé, ce qui n'arrivait jamais tant qu'on répétait dans le HLM de ma mère. Parce qu'on jouait super léger. Sauf que là je tape comme un bourrin pour, vraiment, que l'on ait du volume, que ça soit rock. Et je tétanise. J'ai la main qui se crispe donc je ne peux plus passer aucun truc difficile. On a toujours aimé depuis l'âge de 7/8 ans, période ou l'on a commencé la musique. Moi j'ai démarré la batterie vers 7 ans. A 9 ans nos parents nous inscrivent dans un petit conservatoire de quartier et toute l'expérience s'est faite dans des locaux de répétition et lors de ce premier concert, qu'on organise, nous même, à 14/15 ans. On s'appelait "Wrath", imprononçable pour les français. Ce qui veut dire colère. Car dans la section littéraire où nous étions on avait lu "les raisons de la colère" et on avait vu la traduction. De "Wrath" on est passé à "Tract" car il y avait un groupe qui cartonnait en France et qui s'appelait "Trust". Groupe qui nous a énormément inspiré. Et j'ai toujours dit que si j'avais monté Satan Jokers, c'était le contraire de Trust. C'était plus gothique, inspiré par Black Sabbath, Judas Priest. C'était pas du tout politisé comme Trust. Ils ont ouvert la voie, donc on a monté un groupe qui s'appelait "Track" qui reprenait presque le logo de Trust avec un A comme anarchie. C'était pas inintéressant. Et sur cette péniche j'ai compris tout ce qu'il ne fallait pas faire. Avec le guitariste qui jouait à moitié faux parce que sa guitare était désaccordée, un bassiste qui faisait ce qu'il pouvait mais qui a mis de l'ordre dans la maison, Laurent Bernat  paix à son âme et qui est le mec avec lequel j'ai monté, par la suite, Satan Jokers. Un grand bassiste. Et moi qui chantait en même temps que je jouais de la batterie. Donc, il n'y avait pas de jeu de scène. C'est bien des années plus tard que je suis passé devant et que j'ai commencé à avoir ce contact avec le public. Jusque là j'étais bloqué derrière ma batterie et c'était difficile de faire bouger les gens et d'avoir un contact avec le public. Quels souvenirs !

A 16 ans tu reçois le prix d'excellence du conservatoire, quels souvenirs gardes-tu de ces moments-là ?

Renaud Hantson - C'est un souvenir un peu spécial parce que j'ai pris 3 cours chez un particulier... que je peux nommer. Après, il a monté une très grande école à Paris. Il s'appelle Daniel Pichon. Et il se trouve que le jour où je passe le prix d'excellence et le prix supérieur, les deux diplômes les plus importants au conservatoire, je les passe en une seule fois. Et je vois que c'est Daniel Pichon le président du Jury. Moi, j'ai pris trois cours privés chez lui et il passait son temps au téléphone. Donc, si tu veux, il ne m'a pas appris grand chose. Je préviens Guy Lefebvre mon prof, celui que j'appelle aujourd'hui mon petit pépé parce qu'il était déjà âgé mais il était tonique. Un mec d'une énergie incroyable. Quand je me suis inscrit au conservatoire, il me disait "Hantson, toi tu sais déjà tout faire, t'es un tueur. Alors tu ne viens pas. Tu viendras juste les deux derniers mois pour qu'on prépare le diplôme et le reste du temps j'irais au café boire du rouge". Il a fait ce que je fais aujourd'hui. Il a bu un coup de rouge toute l'année en pensant à moi et en se disant Ok, on va préparer le diplôme les deux derniers mois comme ça Hantson il n’emmerdera pas puisque c'est un rebelle et qu'il est chiant. En même temps j'avais déjà sorti un premier album et il était très fier. J'avais déjà sorti "Fils du métal" avec Satan Jokers. Tout ça pour dire qu'on prépare le diplôme pendant un mois et demi en me disant ce qui risque de tomber comme examen. Et il y a Daniel Pichon président du jury. Je préviens Guy et lui dit "Ce mec là, j'ai pris 3 cours avec lui, il ne sait rien faire". Je l'avais vraiment mauvaise. Alors que Daniel Pichon est, en fait, un vrai professeur.

Le problème c'est qu'il a saqué tout le monde. Et des 80 familles qui étaient présentes pour voir leurs gosses obtenir un diplôme, tu as 74 ou 76 candidats qui n'ont pas eu de diplôme ce jour-là. Il a dit un truc en remettant le prix supérieur et le prix d'excellence à la dernière seconde, puisque l'on était au moment du dernier examen que toutes les familles regardaient. Les 4 élèves qui ont passé les diplômes ce jour-là étaient le haut du panier et
Daniel Pichon a dit "Je sais que j'ai déçu beaucoup d'entre-vous mais ma présence, aujourd'hui, signifie que les conservatoires parisiens, de banlieue et de province ne doivent plus donner, à l'emporte-pièce, des diplômes à des gens qui ne le méritent pas. Il y a aucune raison pour que ça se passe comme ça. C'est pourquoi cette année !.. Et là je regarde Guy et je lui dit "Je vais lui péter la gueule". A l'époque je faisais du Kung Fu. Et là il rajoute un truc tout à fait honorable. "C'est pourquoi, aujourd'hui, le seul élève qui aura le prix d'excellence, c'est Renaud Hantson. Donc j'ai compris la démarche. J'ai été attristé par tous les élèves qui étaient là et qui ont raté leur examen et les familles surtout. Moi, j'étais au conservatoire de Fontenay-sous-Bois et Guy était un grand professeur. Il faut savoir que c'est lui qui a fait que dans les conservatoires nationaux la batterie existe, désormais, en tant que telle. Avant c'était les percussions, la batterie n'existait pas. Tu vois, on aborde un peu de culture dans cet interview qui n'est pas seulement qu'à ma gloire. Un hommage à  Guy Lefebvre mais également à Daniel Pichon Parce que, quelque part, il a toujours son école de batterie. Je pense qu'il ne passe plus son temps au téléphone. Je pense qu'il donne de vrais cours et j'étais très fier, ce jour-là effectivement, que le seul à obtenir le prix supérieur et le prix d'excellence ce soit moi. Mais il a tellement fait durer le suspense et il l'a dit d'une telle manière que j'ai été voir Lefebvre et lui ai dit que j'allais lui péter les dents. Ca veut dire que personne n'avait le diplôme. Il y en avait deux autres qui ont obtenu un diplôme dans le moyen 1 et le moyen 2, un autre le prix supérieur et c'est pour ça qu'aujourd'hui, sur les 3 élèves qui ont passé le concours il n'y aura que ... J'étais heureux. Ça fait longtemps que je n'ai pas raconté cette histoire. Tu m'as replongé dans un passé lointain

Te souviens-tu du tout premier concert que tu as donné ? De la ville et/ou de la salle ?

Renaud Hantson
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Je te l'ai dit. Le premier vrai concert c'est sur une péniche avec tous les problèmes qu'il y a eu. Je crois me souvenir que ce concert était organisé par Blasphème Un groupe de Hard Rock, des potes à moi. Enfin c'était un festival très bancal et nous on était les jeunes du festival, du moins le groupe le plus jeune. On avait 15 ans. Mais ma première vraie scène, c'était dans un club méditerranée. Ma mère avait divorcé de mon père que je n'ai revu que 20 ans plus tard et à l'âge de 9 ans j'ai joué "Satisfaction" avec des GM, des gentils membres, c'était organisé par des GO, des gentils organisateurs. C'était une soirée dédiée au rock. Il n'y avait que des jeunes de 25/30 ans et personne ne s'inscrivait pour la batterie. Du coup, je dis "ben moi". Les mecs me regardent en disant "Pas toi, on va jouer les Stones" et je répond "ben ouais". Et donc on fait une répétition. Là, tout le monde me regarde et me porte déjà en triomphe en me disant que je suis la valeur sûre du concert de ce soir. Et il y en a eu que pour moi. Et le truc incroyable c'est que faire de la musique attire le regard. Mon premier flirt a eu lieu deux jours après avec une petite belge qui m'a fait un bisou sur la bouche sur un tatami, la nuit. Il y avait des cours de Judo, d'Aïkido car le club Med, c'est plein d'activités. Ma mère voulait bien faire et voulait que je sois occupé. Et puis ça lui permettait peut-être de faire des rencontres. Ce que je ne crois pas car je ne l'ai jamais vue avec un homme après le divorce. Elle en a connu paraît-il, c'est ce qu'elle me dit. J'ai toujours du mal à la croire mais je pense qu'elle ne me ment pas. Tout ça pour dire que j'ai joué "Satisfaction" à l'âge de 9 ans dans un club méditerranée en Yougoslavie. Donc mon premier concert c'était déjà une tournée mondiale (rires).

En 1983 tu fondes Satan Jokers, raconte-nous ta rencontre avec les autres membres du groupe et vos débuts ?

Renaud Hantson - En fait c'est le fameux bassiste qui a joué sur la péniche. C'est d'ailleurs le seul qui s'en est sorti royalement. Il avait un gros ampli orange, de la marque du même nom. Il avait une basse Laurent Bernazzani. Laurent Bernazzani qu'on a appelé ensuite Laurent Bernat pour sa façon Italo quelque chose... J'ai monté un groupe qui s'appelait Jarretelle avec lui et qui est devenu, avec le fils de l'intendant du lycée Charlemagne, Satan Jokers. Il y avait un mec qui s'appelait Herve Perrault à la guitare, Laurent Bernat à la basse et moi au chant et à la batterie. Et là, je leur dit que Satan Jokers ne peut être un trio. J'adore pourtant, Cream, West Bruce and Lane, Grand Funk Railroad, Hendrix. La formule trio c'est la base du rock'n'roll mais il y avait besoin d'un showman, besoin d'un mec devant. Et moi, je ne me sentais pas lâcher les baguettes. Je n'arrivais pas à trouver un mec qui puisse apporter la même pulsation et la même technicité que ce que je mettais, à l'époque, dans le jeu de batterie. Et puis je voulais quelque chose qui soit un mélange de hard rock et de Jazz rock. Je voulais un truc entre Magma et Led Zeppelin. Mais surtout, je voulais quelque chose techniquement au dessus de la norme, enfin c'est ce à quoi j'aspirais. Des fois c'était un peu naïf et ça a mal vieilli parfois mais c'était pas si mal que ça. C'était en avance... Donc, je passe une annonce dans le magazine Best. J'avais mis "Groupe aimant Black Sabbath, Led Zeppelin, Judas Priest cherche chanteur visuellement présent en vue d'album et de concert". Et il y a un mec Pierre Guiraud qui répond, un mec de Toulouse qui vivait à Paris à ce moment là puisqu'il bossait pour la SNCF. Il a tout lâché et s'est donné à 100% dans le groupe. C'était pas un grand chanteur mais c'était un grand showman. On a appris ensemble. Je lui ai appris des trucs, il m'a appris d'autres choses. Nos idoles étaient David Coverdale pour lui et Glenn Hughes pour moi. C'était mon super pote. On aimait les indiens tous les deux et on aurait aimé l'être. On ne l'as pas été mais on est devenu des rockers et on a monté Satan Jokers. Satan Jokers a existé dès que Pierre Guiraud est entré dans le groupe.



D'ou viens le nom de Satan Jokers ?

Renaud Hantson
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C'est marrant que tu me poses cette question car, comme tu peux le voir, j'ai sorti ce sweat shirt qui est à l'honneur des Hell's angels. 8, ça veut dire H. C'est la huitième lettre de l'alphabet. 1, c'est la première lettre. Ça veut dire Hell's angels. En fait ça veut dire que tu soutiens ton club de Hell's angels local. Je suis ami avec certains membres de ce club de motos célèbre. J'avais le livre de Hunter S. Thompson un américain qui avait mené une enquête sur le gang des hell's angels aux États-unis à la création du gang des motards. C'était très sulfureux à cette époque. D'ailleurs je crois que ça s'est mal terminé pour lui mais en tout cas, il a sorti son bouquin. Il y relatait le parcours de deux bandes de motards plus ou moins amis/ennemis des Hell's. C'était les Satan Slaves et les Gypsy Jokers. J'ai contracté les deux noms, donc Satan Jokers et c'est devenu le nom du groupe. Je cherchais un nom qui sonne un peu comme Judas Priest ou Black Sabbath. Un nom qui sonne français et anglais. Et j'ai trouvé le logo durant les trois jours que j'ai passé à l'hôpital pour une appendicite. Donc comme je n'avais rien d'autre à faire que d'avoir mal au ventre j'ai dessiné le logo du groupe en m'inspirant du tatouage que j'avais depuis des années avec le S et le J... c'est des souvenirs tout ça !! Et c'est marrant que tu me poses cette question le jour où je porte ce sweat shirt. Un hommage à ceux pour qui j'ai fait plusieurs concerts et au plus grand club de motos au monde.

En 1986 tu choisis de démarrer une carrière en solo : pourquoi ce choix ?

Renaud Hantson
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C'est très simple. J'ai toujours écrit les mélodies et la plupart des textes de Satan Jokers et même quelques musiques. On a eu beaucoup de critiques sur Pierre dans certains magazines au début de la carrière du groupe. Et puis tout le monde s'est accordé à dire qu'on était en avance et que Pierre était un grand showman et un chanteur intéressant avec cette manière très "déglingue" d'interpréter du métal. Même s'il aimait le hard FM et des groupes comme Queen. On était un groupe très cultivé en matière de rock music avec une ouverture très large. Moi, j'écoutais Kate Bush, Peter Gabriel, Michel Jonasz, Daniel Balavoine, Al Jarreau, Prince... Donc, j'ai eu envie d'écrire des chansons plus pop, plus mélodiques où je ne sois pas obligé de gueuler pour faire passer un message. Je voulais chanter tout simplement. Je voulais continuer à faire de la batterie en studio mais lâcher les baguettes sur scène pour passer devant. Donc, j'ai fait deux premiers concerts dans une petite salle parisienne. J'ai eu la chance dans ma vie de faire, une fois dans ma vie, le Stade de France grâce à Jean-Marie Bigard où j'ai interprété 6 ou 7 chansons et faire la plus petite salle de Paris Le Cithéa Où il y avait pas plus de 90 places. J'en garde un super souvenir. C'est la première fois où je me suis produit avec mon propre répertoire en tant que chanteur. J'allais deux fois à la batterie, ce que j'ai fait souvent dans ma carrière après. Et il y a un premier 45t solo qui sort en 1986. La durée de Satan Jokers a été une fulgurance comme disait Michel Berger. 1983, "Les fils du métal, 1984, "Trop fou pour toi", 1985, le troisième album qui est un LP de 6 titres. En 1986, je sors "Ta voix sur le répondeur "un premier 45t chez Phonogram. En fait je suis resté sur le même label. On a pas eu beaucoup de succès mais ça a marché en club car, à l'époque en discothèque, il y avait encore les slows. C'était une ballade donc ça a bien marché dans les clubs et j'ai même occupé les premières places des classements de slows. Mais, j'ai gagné zéro centimes. C'était sympa et ça reste un bon souvenir en tout cas. En fait on s'est séparés parce qu'on en avait marre.

Je crois que lorsque tu te lances dans un projet de qualité et que tu te rend compte qu'en France, même un groupe comme Trust commence à ne plus vendre de disques, qu'il y a un désintérêt du public pour les groupes de Hard rock français. Moi, ce qui m'a miné le moral c'est que l'on a fait un festival qui s'appelait France-Festival à Choisy le Roi en 1985. Et on fait péniblement, avec en tête d'affiche, Satan Jokers le premier jour et Trust le deuxième jour. A l'intérieur de l'affiche il y avait plein de groupes, Warning, Vulcain, Blasphème. Enfin, on était tous là. Et tu te rend compte que l'on fait 2000 personnes alors que trois jours après, tu en as 16000 pour Deep Purple à Bercy ! On se dit Ok, il y a peut-être quelque chose qu'on a pas compris. Les français aiment le Hard rock quand il est Anglo-Saxon. donc, dans ce cas-là, pourquoi je n'ai pas chanté en anglais, pourquoi je me suis fait chier à écrire des textes en français. Je souhaitais être créatif et, quelque part, Bernie Bonvoisin avait ouvert la voie avec "Antisocial", "Le mitard""Bosser Huit Heures" et a prouvé qu'on pouvait faire du hard rock en Français. Donc on était toute une génération de musiciens à avoir crû à cette mouvance en pensant qu'on serait plus soutenus par le public français. Quand tu vois que tu fais 2000/2500 personnes dans un festival où tu as tous les plus grands groupes de hard rock français, à l'exception de 1 ou 2 qui n'étaient pas sur l'affiche, tu te dis que ça fait mal au c... Et là j'ai décidé d'arrêter. J'ai décidé que ma carrière solo allait démarrer là. De faire quelque chose de plus pop et de plus accessible destiné à un public plus large. Il se trouve que dans l'année qui a suivi, j'ai rencontré Michel Berger et que ma carrière a pris un essor plus important car je suis rentré dans Starmania. Certaines personnes du circuit hard rock m'en ont voulu alors que tous les musiciens de hard auraient rêvé d'avoir ma carrière. C'est ça qui est fou. Aujourd'hui les gens le savent et le disent. A l'époque je passais pour un traître. J'aime pas LA musique, j'aime LES musiques !! J'ai jamais dit que je me contentais d'écouter Pantera au réveil, Motorhead à midi et Black Sabbath à 20h pour aller dormir. Je suis désolé.



Puis tu participes à deux comédies musicales "opera Rock" (Starmania de 88 a 90) et La légende de Jimmy (90 a 91) de Michel Berger et Luc Plamondon, comment s'est passé cette rencontre ?

Renaud Hantson
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A l'époque je sors avec une femme qui s'appelle Sophie Tellier Elle est chorégraphe de Mylene Farmer et grand amour de ma vie passée il y a longtemps ... qui me dit "écoute cet album, je suis sûre que tu pourrais intégrer cette équipe". Michel Berger est en train de remonter Starmania. Moi, je connaissais les trois gros tubes "Quand on arrive en ville", Le blues du businessman", "Les uns contre les autres"..et aussi "SOS d'un terrien en détresse" mais je ne connaissais pas le reste. J'appelle mon manager   Robert Bialek qui s'avérait être l'ancien tourneur de Daniel Balavoine. Et Robert Bialek me dit, "Renaud, formidable que tu souhaites faire ce spectacle mais aucun chanteur ne remplacera Daniel Balavoine dans le cœur des français. Donc oublie et trouve un personnage où tu peux éclater et lui apporter ses lettres de noblesse. Trouve quelque chose où tu puisses transcender ta voix et ton physique. J'écoute l'album et je vois Ziggy. Ziggy c'est ma culture, c'est David Bowie, j'ai les jambes fines, je fais androgyne parce que je suis mince. Je lui dit que je ferais un parfait personnage gay. Et je vais t'avouer quelque chose. Moi qui suis profondément hétérosexuel je l'avoue aujourd'hui. Je sais que ça va désoler tout le circuit homo qui m'adore et que j'aime énormément. Quand tu joues un personnage gay, tu n'es jamais autant dragué par les gonzesses. C'est un truc de fou. Plus tu joues un personnage homo plus les femmes viennent te draguer à la sortie. J'ai jamais compris le phénomène. Donc, je m'attaque à Ziggy et  Robert Bialek me fait rencontrer Michel Berger dans un studio d'enregistrement qui s'appelle "Le studio des dames" à Paris. Et en fait, je fais une sorte d'audition. Il y avait déjà un chanteur sur le coup Erikarol qui avait sorti un single "Partir", ou "Je viens de partir".

Il était pas mal, bon physique, bonne voix. Le mec est sensé faire le personnage et je rencontre Michel Berger dans le studio. Luc Plamondon est au téléphone et ne le lâche pas durant toute l'audition. Il l'a juste posé à la fin pour me dire "Ça serait bien que tu fasses un numéro de batterie plutôt que de faire le danseur à la fin". Et Michel, je sens dans ses yeux que c'est moi, que j'ai explosé le truc. Il n'y a plus d'audition, plus de compétition, plus de match. Il me veut et je sais que c'est moi. Et il se passe ce truc très filial qu'il y a eu pendant trois années. Avec lui on se comprenait sans avoir à se parler et il m'a dit une chose extraordinaire à la fin de l'audition avec sa manière à lui, très bourgeoise car il avait une éducation très bourgeoise. C'est pour ça qu'il aimait autant Hallyday, Balavoine ou moi. C'est parce qu'on était des rockers et qu'on pouvait exprimer ses mélodies de manière très différente de ce que lui faisait lorsqu'il les chantait lui-même. Là, il me dit "il y a qu'une seule chose qui me dérange avec toi c'est que tu pourrais aussi bien faire Johnny Rockfort" alors que moi, dans ma tête, j'avais qu'une envie c'était de faire Johnny Rockfort. Et Ziggy, je le faisais en désespoir de cause parce que mon manager m'avait dit qu'aucun chanteur ne remplacerait Daniel Balavoine dans le cœur des français. Et j'ai explosé dans Ziggy. Je lui ai donné de l'importance dans le spectacle mais c'est aussi une grande chance si ce personnage est devenu important en 1988. Ce n'est pas seulement grâce à moi mais le fait d'avoir, comme partenaire directe, Maurane, dans le rôle de Marie-Jeanne. Maurane reste à mon sens la plus grande chanteuse francophone de tous les temps. Céline, tu ne m'en veux pas, Je t'adore ! mais Maurane avait ce supplément d'âme que n'ont pas beaucoup de chanteurs. On ne va pas faire un interview larmoyant mais toi, tu le sais puisque tu me questionnes et que tu es un ami. Je suis en plein divorce. La femme que j'aime est partie de la maison où je suis. Autour de moi, tout m'évoque ma femme, mais tout m'évoque aussi Michel Berger, Maurane, Daniel Balavoine, France Gall. Plein de gens que j'ai perdu dans cette profession et qui étaient mes seuls repères. Donc Maurane c'était une grande chance de l'avoir comme partenaire directe car c'est ça qui a fait éclater Ziggy. Le personnage est devenu important. Alors, bien sûr, quand Céline Dion reprend "Ziggy !.." ça devient un succès planétaire.. Merci Céline de m'avoir rendu célèbre. Mais bon, voilà.... C'est des super souvenirs.



Puis tu enchaines avec la deuxième saison de Notre Dame de Paris, de 99 a 2001, comment as-tu vecu ces expériences, que t'ont-elles apporté ?

Renaud Hantson
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Entre-temps, il ya eu "La légende de Jimmy " juste après en 1990. Michel Berger et Luc Plamondon m'ont renouvelé leur confiance. Et effectivement en 2000, Luc m’appelle parce que Garou, Patrick Fiori et Bruno Pelletier commencent à "sécher l'école". En fait ils commencent à en avoir un peu marre. Au bout de huit mois de spectacle ils sont un peu fatigués et lis veulent vivre un peu leur vie. Patrick Fiori, à cette époque, a une relation avec Lara Fabian et est régulièrement absent. Et il n'y a pas vraiment de doublure. Pour tout dire ils ne l'ont pas trouvé. Donc la production commence à se dire qu'il serait bien qu'elle trouve une deuxième équipe parce que le spectacle est un tel triomphe qu'il serait inconcevable de laisser tomber la poule aux œufs d'or comme on dit dans ce métier. Du coup ils engagent Herbert Léonard et moi parce qu'en fait, les premières personnes qu'ils avaient sélectionnées étaient totalement inconnues et le public gueulait aux guichets parce qu'il voulait voir l'équipe qui avait créé le spectacle et pas des doublures. Sauf que lorsque Herbert et moi entrons dans le spectacle, on a des noms. Et, là, ça ne râle plus aux guichets. Donc je l'ai fait deux ans. Initialement Luc Plamondon m'avait appelé pour que je remplace Patrick Fiori dans le rôle de Phoebus mais ce personnage ne m'intéressait pas. Je trouvais qu'il était très secondaire alors que j'avais été fortement impressionné par la prestation de mon pote Bruno Pelletier qui l'avait déjà remplacé dans "Starmania" et "la légende de Jimmy" au Canada. C'est d'ailleurs avec ce dernier qu'il est devenu une star dans son pays. Ça me reste en travers de la gorge car ce n'est pas mon pays mais j'étais venu faire de la promo et c'est Bruno qui est devenu une vedette en faisant le spectacle là-bas. Bruno c'est un mec que j'adore. On a plein de choses en commun. Le rock, la batterie, les arts martiaux, Gino Vannelli et c'est un super chanteur. Je l'adore vraiment et il m'a énormément impressionné dans "Notre dame de Paris". Sa gestuelle, sa voix, cet espèce de mélange de Robert Plant et Baudelaire, ses cheveux longs. Moi, à l'époque, je m'étais coupé les cheveux. Je n'avais plus les cheveux longs mais j'en ai fait autre chose. J'ai gardé sa gestuelle et j'y ai mis ma voix un peu plus soul que la sienne et ça a fait l'affaire. Comme disent tous ceux qui nous ont remplacés par la suite, il y a deux écoles. Il y a Pelletier et Hantson.

Moi, c'était un Grégoire plus "déglingue" et Bruno, presque opératique. C'est pour ça que je pense qu'il sera parfait dans "Al Capone" de mon ami Jean-Felix Lalanne. Il sera parfait pour faire Eliott Ness face à un grand chanteur comme Roberto Alagna. Il est vraiment dans son élément, je pense. Mais oui, c'est venu comme ça. Deux années. Je n'en garde pas de supers souvenirs car j'étais à un de mes premiers pics d'addiction. J'en ai parlé dans trois livres donc il y a prescription. Et puis je sens que le tatouage que j'ai sur le bras est vraiment ce que je vis aujourd'hui. Vraiment dans une rédemption puisque j'arrête la drogue et je perd ma femme. Est-ce que c'est le prix à payer ? J'aimerais pas. Mais à l'époque j'avais du mal à lever le pied. Tu fais cet interview aujourd'hui où je suis à soixante jours sans substances. Pour les gens ça peut paraître dérisoire mais soixante jours c'est énorme pour quelqu'un qui a été sous substances pendant 27 ans. Il m'a fallu cet électrochoc là. A l'époque je faisais la fête avec les techniciens jusqu'à 9h du matin et ils étaient inquiets pour ma voix le soir. Même. Et ils me disaient "tu ne pourras pas chanter ce soir vu comment t'es défoncé" et je leurs disait "On en reparlera ce soir". Mais j'étais pas bien. Pourquoi je te parle de ça ? Parce que c'est deux années troubles. Ce sont des souvenirs bizarres. Je crois que j'ai été le plus gros salaire sur "Notre dame de Paris" et je ne leur ai fait aucun cadeau parce qu'en fait ils m'ont fait patienter pendant trois mois à la production. Et mon manager de l'époque Stephane Ellia s'était renseigné pour savoir combien touchait les québécois et on leur a fait le coup de prendre le même salaire mais avec 3000 balles de plus. Donc ça leur a coûté un peu d'argent. Mais au moins ça ne gueulait plus aux guichets. Et ils avaient un chanteur qui faisait le boulot. Mais ce sont des souvenirs mitigés. "Notre dame de Paris", pour moi, ça reste la première équipe. Autant j'ai envie de dire que Pour "Starmania", la version pour les fans, qui correspond le plus à ce qu'aiment les fans c'est celle de 1988 dont j'ai fait partie. Parce que c'est Michel Berger et Luc Plamondon qui l'ont mise en scène. Autant je sais que, populairement parlant, c'est la première version qui est la plus connue et celle qui reste la référence avec Fabienne Thibault, ma copine, Daniel Balavoine, France Gall, Claude Dubois, Nanette Workman, une autre amie du Canada avec laquelle j'ai travaillé sur "La légende de Jimmy". Un privilège car pour moi c'est la plus grande chanteuse du monde Nanette I Love You... Notre Dame de Paris" c'était un peu le "Bureau". Ça avait un côté fonctionnaire et je ne prenais aucun plaisir à y aller. J'étais content du chèque, de plaire aux gens et de me refaire une santé vocale mais c'est pas des supers souvenirs. C'est bizarre ce que je te dis là. C'est certainement la première fois que j'en parle avec autant de détails. Mais ça c'est parce que tu me fait boire du vin !! (Rires)


En 2005 tu montes Furious Zoo et tu pars écrémer les clubs, bars, et petites salles : un besoin de retour aux sources ?

Renaud Hantson - Alors, il y a une raison très simple à cela. Beaucoup de mes idoles sont passées par ce chemin là. Je pense à Todd Rundgren par exemple. Il avait sorti un album live "Back to the Bars" enregistré dans plusieurs clubs. Glenn Hughes qui a joué dans Deep Purple et qui, lorsqu'il a démarré sa carrière solo, a touché le fond. Il est remonté petit à petit en jouant dans des clubs et s'est refait une santé. Glenn, c'est 20 ans de cocaïne, une très grosse addiction. un infarctus puis part dans le désert pour mettre fin à son addiction. Et tous ces mecs sont des modèles pour moi. Des modèles de rédemption et de carrière. Tu peux pas tricher dans un club. Tu es à poil. Les gens te voient comme tu me vois là, derrière ta caméra. Il n'y a aucun artifice. Il n'y a pas cinquante tonnes de matos où tu caches la misère. Parce que dans certains cas, ce que tu fais n'est pas top. Alors tu masques avec de la fumée, des éclairages et un très gros son. Dans un club, tu te bats avec le son. Il faut y aller. Il faut être un guerrier, un mercenaire. Donc en 2005 je veux faire ça car je suis, depuis 1994, dans une lourde addiction et je sens que je me fais du mal. Je sens aussi que j'ai envie de rejouer de la batterie et je veux savoir si physiquement je suis capable, comme lorsque j'étais gamin, de chanter et de jouer de la batterie.
Donc je monte Furious Zoo en trio. Parce que pour moi, et comme je te l'ai dit, c'est la quintessence du rock'n'roll. Je me dis que visuellement ça sera peut-être chiant, quoique j'engage deux mecs qui seront super à ce niveau là. Benoit Cousin et Cédric Le Coz que je rencontre lors d'un concert à proximité d'une ferme que j'avais acheté en 2000 par ce que mon père vivait, à cette époque, dans le Limousin. Mes parents avaient une maison à la campagne et je remonte cette ferme avec mon père. Il y a un concert dans le village à Saint-Julien-le-Petit à côté de Limoges. Et je vois un groupe de Hard rock, Spectrum, avec deux musiciens russes, un chanteur et un batteur supers ainsi que Benoit Cousin à la guitare et Cédric Le Coz à la basse. Et là je leur dit "Je vous engage" puis rajoute "mais n'arrêtez pas votre groupe pour autant" et ils me répondent qu'ils ne s'entendent pas très bien avec ces gars et que ça les arrangent bien s'ils doivent se lancer dans un autre projet. Je leur fait remarquer que je suis parisien et qu'il vont devoir se déplacer sans arrêt et que ça va leur coûter du fric du fait qu'ils sont de Limoges. ils me répondent que ce n'est pas grave et qu'ils ne sont qu'à deux heures de Paris. J'ai dis "Ok" et on a fait le premier album de Furious Zoo. Pourquoi  Furious Zoo Parce qu'en 1992 j'avais sorti un album où j'avais produit Thibault Abrial, guitariste de Johnny Hallyday et du groupe "Abrial's" avec son père Patrick et qui était un ami depuis que j'avais 19 ans. Thibault, pour moi, est certainement le plus grand guitariste français. En tout cas celui qui a apporté des choses avant les autres. Et donc on sort un album qui s'appelle "Furioso" dans lequel on est en vedette tous les deux avec plein d'invités. Nono de Trust, Le chanteur de Sortilège, le guitariste de Warning, le guitariste de Stocks, Vulcain. Il y a une chanson qui s'appelle"Ten Screaming Guitars" et qui veut dire "Dix guitares hurlantes". Ils sont dix à s’escrimer sur cette chanson écrite par Thibault. Et puis, j'aimais bien l'idée de "Furioso" mais comme ce nom évoquait quelque chose à Thibault je ne voulais pas lui voler son idée. J'ai donc détourné l'idée en faisant "Furious Zoo". Et tous les albums qui ont suivi se sont appelés "Furious Zoo 1", "Furious Zoo 2"... Et là, je sors le "Furious Zoo 10" en février. "Fishnet" qui veut dire "Résille". N'y voyez aucune connotation sexuelle ! (rires)... Et Thibault... un hommage total à Thibault Abrial. A mon sens le plus complet des guitaristes français. Un frère pour moi que je ne vois jamais, malheureusement, mais que j'adore et que j'admire. Qui occupe sa vie, aujourd'hui, à donner des cours et à enseigner la guitare. Il est excellent dans ce domaine. Et quel meilleur professeur que le meilleur guitariste français. Il est magistral. Et donc, je monte ce projet avec ces deux gars de Limoges et ça devient "Furious Zoo". Un Zoo furieux. Et on en est à 10 albums en février. Voilà l'histoire. Mais à la base c'était pour me refaire une santé et voir si j'étais capable physiquement ... mais le corps est résistant en fait ..

En 2008, reformation de Satan Jokers avec d'autres membres du coup tu joues au HellFest comment as tu vécu ce moment face à ce public quels sont tes souvenirs ?

Renaud Hantson
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La reformation de Satan Jokers, c'est totalement inattendu. J'avais dis une phrase mégalo. D'ailleurs avec Satan Jokers on a toujours eu des phrases mégalo. Je reprenais en partie une phrase de Paul Mc Cartney qui disait, "Tant que John Lennon sera mort je ne remonterais pas les Beatles". Et on me disait tout le temps, "Regardes, il y a plein de groupes des années 80 qui se reforment. Tu devrais remonter Satan Jokers". Mais moi j'en avais rien à faire de remonter le groupe, que Blasphème ou que Vulcain se reforment. C'était sans espoir. Donc ça ne m'intéressait pas. Sauf que derrière tout ça, il y a la passion et on ne peut rien contre ça. Quand tu es passionné et que tu aimes ce qui a été ton premier projet professionnel et que tu as la chance de croiser sur ta route un bassiste du talent de Pascal Mulot et que tu vas en studio chez un mec qui s'appelle Olivier SPITZER qui, aujourd'hui, dirige la destinée du renouveau de Sortilège, que tu fais une maquette et que tu proposes un texte en anglais et que Mulot et SPITZER te disent "Non fait un texte en français, Renaud. Ça pourrait presque sonner Satan Jokers". Et là, je dis "On s'en fout de Satan Jokers. Le groupe a splitté et il est juste question d'une reformation pour un concert dans un festival. Vous n'allez pas m'emmerder pour faire un texte en français"... Et j'écris un truc rapide, "Vaudou", qui parle de la relation entre un père et son fils. J'y ai pas vu de relations entre mon père et moi. Mais en fait, çà pourrait vouloir dire ça! et je regarde les mecs lorsque l'on mixe le titre. Je regarde Pascal et Olivier et je fais "Putain, c'est du Satan Jokers d'aujourd'hui". Et, donc, on remonte le groupe. Olivier SPITZER à la guitare rythmique, Pascal Mulot à la basse, moi à la batterie et au chant. Mais j'avais décidé que je ferais pas de batterie. Donc on hésite entre l'ancien batteur de Warning Gérald Manceau et  Marc Varez de Vulcain qui était mon batteur à ce moment là. On prend le moins techniquement compétitif des deux, mais qui, lui, arrivait à l'heure en studio. On engage Marc Varez Qui ne correspondait pas à Satan Jokers mais qui était un mec sympa avec lequel je me suis très bien entendu pendant de nombreuses années avant qu'on se fâche pour des raisons idiotes. C'était un bon batteur et un mec bien. Jaime les mecs bien et je suis moi-même un mec bien. C'est pour ça que c'est dommage de me fâcher avec des gens bêtement. Mais aujourd'hui, il y a prescription. Parce que Gérald Manceau est décédé il y a deux ans. Paix à son âme...

La vie passe si vite et j'ai pas envie d'être en froid avec des gens quand c'est inutile. J'ai vu qu'en plus 
Gérald Manceau avait monté un tribute à Grand Funk Railroad qui est un groupe que j'adore par dessus tout. Donc on a la même culture. Enfin, tout ça pour dire qu'il nous manquait un guitariste et Pascal me dit "je vais m'en occuper". Dans ma tête je me dis qu'il va peut-être brancher Patrick Rondat, un mec que j'adore et qui est devenu un ami. Mais j'ai dans le collimateur Michaël Zurita du groupe BigBen  rencontré grâce à l'ancien batteur de Furious Zoo. Et je l'engage. C'est lui qu'il faut. C'est un tueur et certainement le mec le plus complet que j'ai jamais rencontré dans ce circuit du rock français. Il sait tout faire. De la guitare flamenco, de la variété, de la pop, du Jazz rock, de la Bossa Nova, du métal, du Jazz. Et comme Thibault il est professeur de guitare.Michaël Zurita a fait mon bonheur pendant 12 ans et a été dans tous mes projets. Et donc Satan Jokers renaît de ses cendres avec ce Line-up. Pascal Mulot, Michaël Zurita. On se sépare de Marc Varez, on engage Aurelien Ouzoulias et le groupe redevient un quatuor. Donc un trio derrière le chanteur. Pour que la basse prenne toute sa place car Laurent BERNAT est un grand bassiste. Et pour que la batterie soit prédominante aussi. Et quand j'engage Aurelien Ouzoulias Je me dis "Là c'est le nouveau Satan Jokers", le Satan Jokers d'aujourd'hui ! Ça doit rester un groupe de tueurs techniquement. Un groupe avant-gardiste si possible. C'est plus dur d'être d'avant-garde en 2009 quand on remonte le groupe. Mais il y a quand même des albums avant-gardistes puisque je fais une première thérapie avec Laurent Karila le célèbre psychiatre. Ensemble, on fait trois albums qui sont des pièces d'anthologie. "Addictions" est un album sur la cocaïne validé par une mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Donc le premier album de Hard rock au monde à être validé par une mission gouvernementale. La Mildeca ... Un truc de fou ! 2e album "Psychiatric" sur 12 maladies psychiatriques. 3e album "Sex Opéra" sur ma deuxième addiction, le sexe. Et voilà, on monte un truc aujourd'hui encore plus culte qu'en 1980. Mais tout ça c'est du travail. C'est une envie mentale de rester, peut-être, dans une niche et être à la fois underground et culte. Et surtout d'être au dessus de la norme de ce qui se fait commercialement. C'est pour ça que j'ai toujours aimé cette notion d'être un artisan. Car l'artisan fait mieux son travail que ce qui est fait à la chaîne. Alors, bien sûr, l'artisan n'a pas la communication, il n'a pas l'exposition ni la promo. Il n'a pas accès à un chiffre de vente aussi considérable que ce qu'obtiennent certains trucs de merde. Je ne veux pas être méchant mais lorsque j'écoute la radio c'est que de la merde. Mais je m'en fous. Je peux aller pousser un caddie chez Leclerc, personne m'emmerde. De temps en temps 2/3 personnes qui me reconnaissent me disent "Vous chantez tellement mieux que la moyenne. Pourquoi on ne vous voit plus à la télévision" ? Et je leur répond "Regardez ce qu'il y a à la télé, madame..."



Fin de la Partie 1

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Thierry CATTIER
Photos DR et Th CATTIER / SHOOTING IDOLS
William CHOPIN (Retranscription)

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