Lundi 18 Mars 2024, à Dijon au Bistrot de La Scène Dijon
Au
Bonheur des Dames, Odeurs, une vingtaine d’albums au compteur en tant
qu’auteur, musicien, arrangeur ou réalisateur, (pour Renaud entre
autres), des collaborations illustres, des amitiés de même (Coluche,
Desproges, Balavoine…) des centaines de concerts, des dizaines de B.O.
de films avec Leconte, Dupontel, Baffie, de Caunes entre autres, de
séries animées, de musiques pour la scène, ou plus récemment les
reprises concises et virales des grands standards du rock parodiés en
français avec les Excellents qui cumulent plus de 4 millions de vues sur
la toile. Ramon Pipin, artiste singulier et protéiforme, a toujours su
concilier exigence musicale, (im)pertinence des textes et pratique à
haute dose du politiquement déviant. Le « Best œuf », c’est un condensé
de 50 ans de musique, augmenté d’inédits studio et live, disponible en
coffret CD ou clé USB.
Le Bistrot de la scène 203 Rue d'Auxonne 21000 Dijon
Nous voici présents dans ce superbe lieu qu'est le Théâtre du Ranelagh, pour la grand messe que nous prépare Ramon Pipin, son ZAKOUSTIK à lui.
En ouverture, c'est Jérôme Setian (un Excellent membre des Excellents.. ) accompagné par Rachelle Plas à l’harmonica et Philippe Hervouët à la guitare, qui vient au travers de son humour enrobé de sa délicatesse faire mouche à chaque fois. C'est une digne et classieuse première partie que ce set de Jérôme Setianun grand bonhomme plein de talent à l’état brut, une belle découverte.
C'est au tour tant attendu de Ramon Pipin, devant un Ranelagh quasi complet de prendre la scène d’assaut, avec un concert où les titres sont millimétrés et façonnés, ici parfaitement bien placés dans leur écrin qui nous permet d'entendre des versions de son œuvre revisitées et sublimées, dans un lieu parfaitement adapté.
Entouré de main de maitre par la douce voix et la guitare de Inès-Damaris Vieillard, de Vincent "Turquoiz" Chavagnacau saxophone,Michel Amsellem au piano,Quatuor : Anne Gravoin - David Braccini - Vincent Debruyne - Cyrille Lacrouts (violoncelle)les titres s'enchainent, emprunts d'un humour toujours juste, ciselé, droit au but et parfois si corrosif, c'est un réel plaisir que ce Zakoustik, une belle expérience à revivre rapidement.
En backstage, un parterre de stars qui ne s'y sont pas trompées : cette soirée était résolument "the place to be" : Renaud, CharlElie Couture, Pierre Santini, Jean-Patrick Capdevielle, Isabelle de Botton, Jacky, Blandine Métayer, Tonino Benacquista, Francoise Deldick, pour ne citer qu'eux, étaient présents pour soutenir comme il se doit le talent brut de notre Ramon.
En attendant, il nous reste la chance de pouvoir assister à l'acte 2, en version Zelektrik cette fois, lundi 13 novembre 2023 au café de la danse.
SetList :
1- Pour faire une chanson émouvante 2- Qu’est ce que c’est beau 3- Mon avocat est dans la salle 4- Ta robe en taffetas 5- Polpote Park 6- Youpi la France 7- Je m’aime 8- La petite mort 9- Dans le tiroir du bas 10- Quand je rêve 11- Uranus, Neptune ou Pluton 12- Histoire d’O 13- C’était chouette 14- Une chanson ennuyeuse 15- Les Fadaises d’Etretat 16- Le Club 17- Le quatuor silencieux 18- Stairway to Eleven 19- Ça m’a fait plaisir 20- Que c’est bon 21- Nous sommes tous frères 22- Le cri du kangourou 23- Le vilain petit zoziau
C'est
toujours un réel plaisir de retrouver notre ami Ramon Pipin pour
échanger quelques mots et quelques confidences sur son coffret Best-Oeuf
et ses deux concerts Parisiens à venir.
On vous embarque dans 26 minutes de pure rigolade, de fraîcheur et de
grande franchise.
Qu'on se le dise, Ramon Pipin n'a vraiment pas la langue de bois et
c'est comme ça qu'on l'aime !
Il reste quelques places, précipitez-vous...
A toi Ramon.
Parle nous de ce coffret Best Oeuf
Ramon Pipin. Alors oui je peux parler de mon coffret. Mon coffret c'est
donc un coffret que j'ai appelé Best Oeuf, d'abord parce que ça sonnait bien
Best Oeuf...j'ai trouvé que c'était intéressant...et puis surtout je me suis
plus accroché aux titres qui me plaisent qu'aux titres les plus connus tu vois,
des trucs peut-être je dirais pas underground mais un peu moins évident et qui
me plaisent vraiment. Les 3 premiers albums sont constitués d'un peu un genre
best of Odeurs, mes premiers trucs. Alors j'ai pas eu les droits de «Au Bonheur
des Dames» parce que ça appartient à Universal, je t'en avais peut-être déjà
parlé. Je voulais remixer «Ego-dames» qui est un des premier titres que j'ai
fait et qui est la face B de «Oh les filles» en fait et je voulais le remixer
parce que je trouve que le mix est absolument à chier (Excuse-moi Dominique
Blanc-Francard), mais bon je n'ai pas eu les droits donc je n'ai pas pu le
faire. C'est pour ça que dans le livret il y a un commentaire assez long sur
«Ego-dames» mais que le titre n'y est pas. Après on passe à Odeurs... Odeurs a
commencé en 79 et il y a des titres d'Odeurs mythiques. Deuxième album,
troisième album, quatrième album et après on passe à mon album solo. Donc tout
ça c'est 1, 2 et 3, le Cd 4 est constitué de 4 nouvelles chansons, enfin trois
nouvelles chansons et un twong, le Cd 5 est constitué d'inédits et de trucs que
j'ai retrouvé vraiment dans mes archives...il y a même une chanson que j'aime
bien d'ailleurs, qui s'appelle «Je ne sais pas dire non» et je ne sais pas qui
chante ! C'est incroyable ! Et le dernier Cd c'est mes musiques de films, enfin
des extraits parce que je ne pouvais pas évidemment tout mettre. J'ai quand
même fait une trentaine de films donc j'ai mis ce qui me plaît : Bernie,
Coluche, c'est des trucs que j'aime bien voilà.
Tu as composé plusieurs Bandes Originales de films, laquelle
a été la plus compliquée à réaliser ?
Ramon Pipin. Alors je ne poserais pas la question comme ça. Je poserais :
Quel est le réalisateur le plus chiant avec qui tu as travaillé ? Ça se serait
un peu plus … Ils sont tous chiants en fait. Disons que le plus cool c'était
Antoine de Caunes quand même, ça je peux le dire. Après que ce soit Dupontel,
Christian Clavier, Sarah Levy avec qui j'ai fait beaucoup de films et que
j'aimais beaucoup, c'était un vrai plaisir. Même si le réalisateur était chiant
j'adorais ça, faire de la musique à l'image. Non vraiment, vraiment. J'avais
développé, j'en fais plus malheureusement, j'avais développé une sorte
d'esthétique assez personnelle, qui était un mélange entre le symphonique
(j'utilisais quand je pouvais, quand j'en avais les moyens, de vrais
instruments) et l’électronique. Avec un fond de rock’n’roll quand même parce
que ça je ne peux pas m'en passer.
Quel souvenir gardes-tu de cette façon de travailler ?
Ramon Pipin. Je peux te parler du film qui s'appelle « Enfermés dehors »,
vite fait hein, je ne vais pas en faire des heures.« Enfermés dehors » c'était quand même «
l'enfer, mais dehors! « Puisque j'ai fait je crois 150 maquettes et en fait
pour chaque titre j'étais en compet avec le groupe qu'avait formé la rythmique
de Noir Désir. Donc moi j'écrivais quand même des trucs un peu symphonique,
mélodique et eux ils arrivaient et j'entendais moidu du du du… et je voyais Albert qui était là
: «je sais pas , je sais pas ». Il
hésitait entre les deux et là franchement j'ai évité le Lexomil mais limite
hein ? Limite...c'était quand même très très dur.
Sinon j'adore ça, d'abord j'essaie de travailler en lisant
le scénario, que ça m'inspire quelque chose. Par exemple pour en revenir à «
Enfermés dehors », j'ai écrit le thème avant même que le film soittourné. J'ai lu le scénario, j'ai écrit le
thème, je l'ai vendu à Albert, il m'a dit que c'était super et qu'il prenait
ça. C'était vraiment bien. Mais franchement, même si c'est très dur
psychologiquement le tout, bon, sauf si t'es une grande star, là personne ne te
dit rien. Faut pas oublier que même Bernard Herrmann, Hitchcock l'a quand même
viré, donc bon ! Bernard Herrmann c'est pour moi sans doute le plus grand
musicien de films qu'il n'y ait jamais existé sur cette terre. Il y en a
d'autres maintenant. Il y a l'Islandaise qui est super bonne, celle qui a fait
« Tchernobyl et Joker ». C'est une violoncelliste Islandaise, vachement bien ce
qu'elle fait. J'adore ça les musiques de films, c'est vraiment très très beau.
Cela a complètement changé de vocabulaire. Avant, à l'époque de Maurice Jarre,
de ces gens là, il y avait quand même un attachement à la mélodie qui a
complètement disparu au profit d'une ambiance. Par exemple cette nana est
extrêmement douée pour faire ça.
Aurais-tu envie aujourd'hui de faire un album de reprises ?
Ramon Pipin. Je trouve que c'est un exercice extrêmement difficile,
extrêmement difficile et que dans 99,99% des cas c'est moins bien que
l'original. Pour moi une des plus belles chansons du monde c'est « God
Only Knows » , toutes les reprises que j'ai entendu, il y en a des très
belles hein , mais c'est moins bien que l'originale. Bon les Beatles on va dire
exceptionnel, allez Joe Cocker, Spooky Tooth qui ont fait une très belle
reprise de « I am The Walrus », il y en a certainement d'autres mais
vraiment c'est un exercice. J'ai fait cet album parce que j'adorais ça, en
plus c'était des titres un peu punks tu vois, je reprenais les Kinks. Les Kinks
c'était super mais au niveau du son cela n'a jamais été très bien produit. Je
me suis permis de faire ça, mais je n'ai pas touché à Hendrix parce que ça je
ne voulais pas. Ben non je ne voulais pas toucher à des trucs qui sont
intouchables pour moi tu vois. Mais je ne referai pas d'album de reprises,
franchement pas. Je préfère me faire chier, et dieu sait si je m'emmerde, à essayer
de trouver et écrire mes propres chansons. C'est un exercice très difficile,
qui me prend énormément de temps parce que je suis un tâcheron. Il y a une
chanson sur le coffret qui s'appelle « Uranus, Neptune ou Pluton » , qui est un
hommage à Procol Harum que je vénère aussi, et j'ai mis 6 mois à l'écrire. Ce
n’est pas compliqué, j'ai mis 6 mois.
Deux concerts au Ranelagh, au Café de la Danse dans deux
formules, parle-nous en ?
Ramon Pipin. Peut-être qu'un jour il y a un mec qui m'a dit en
plaisantant : « Mais pourquoi tu fais pas tes chansons en symphonique ? . Mais
ça commençait à me titiller.je me suis
dit : « Peut-être ce serait bien au début un piano voix ? « Et puis après j'ai
un peu étoffé ça. Et on ramène un peu les chansons à leur substantifique moelle
je dirais. La mélodie, les mots, un arrangement pas trop compliqué. Et donc
j'ai répété encore hier et je crois que c'est vraiment intéressant. C'est
vraiment intéressant. Bien sûr il y a des chansons qui ne s'y prêtent pas du
tout, les trucs complètement rock je ne l'ai pas fait. Mais j'ai suffisamment
de répertoire, quand même une quinzaine d'albums, pour pouvoir puiser là-dedans et
faire un spectacle qui je crois sera bien. Où je vais beaucoup parler aussi,
puisque moi je suis très ouvert sur le monde, sur l'actualité, terrible en ce
moment dont je ne parlerai d’ailleurs pas, en tout cas tout ce qui se passe
autour de nous : le walk, tout ce qu'on veut, le walk'n'roll…
Ha oui donc pardon, le deuxième concert...ce sont deux
concerts complètement différents. Ce ne sont pas les mêmes setlists du tout. Il
n'y a que deux morceaux communs dans les deux concerts. Le premier il y a deux
chansons nouvelles et dans le deuxième il y en a cinq. Et le deuxième concert
c'est ce que je fais plus d’habitude c'est à dire avec des musiciens de rock
donc il y aura basse, batterie, guitare, moi je vais jouer de la guitare aussi,
une choriste, clavier et moi. Non je me suis compté deux fois, donc on sera six
et ce sera furieusement rock’n’roll par contre, avec plus de liberté, plus
d'impro. Mes arrangements sont souvent assez contraignants. Je dis au mec qu'il
faut qu'il suive la partition et il me demande s'il peut faire cette note-là ?
Tiens derrière toi il y a le fils du bassiste, demande à quel point je le fais
chier. En plus je suis très attaché aux parties de basse parce que j'essaie
toujours que ce soit un peu un contre-chant que ce ne soit pas juste un truc
rythmique, qu'il y ait un apport mélodique au niveau de la basse, un peu comme
Mc Cartney, Colin Moulding, et tous ces très grands musiciens peu connu ou le
plus grand des plus grand Ray Shulman de Gentle Giant que tu connais.
Entre concert ZAKOUSTIK et ZELEKTRIC, lequel est le plus
facile pour toi ?
Ramon Pipin. Rien n'est facile, même les choses les plus simples ça prend
du temps parce que ….hier on travaillait sur un morceau, je ne dirais pas
lequel, mais que je joue depuis une trentaine d'années et ben voilà je ne suis
pas encore hyper satisfait. On va voir, on va réessayer, on était pas dans les
bonnes conditions, on avait pas de retours, on s'entendait pas bien,
j'entendais pas le violoncelle...c'est compliqué, c'est compliqué. Il y a des
contraintes techniques en plus à chaque fois. Là on est au Café de la Danse
donc il faut qu'on entende tout le monde, le piano, la clarinette ça ne donne
pas beaucoup de son. Au départ, je voulais faire un vrai concert acoustique,
c'est à dire que personne n'est repris tu vois. Je chante, piano, machin avec
Inès qui chante avec moi et puis on s'est aperçu que ce n'était pas possible
d'autant que la salle il y a quand même 350 places bon. Donc on va reprendre
tout et là ça devient tout de suite un peu plus compliqué. Bon on va y arriver
je pense, on va y arriver. Tout ça ce sont des challenges passionnants de toute
façon.
Peux-tu nous parler des gens qui t'entourent sur scène,
seront-ils les mêmes selon la formule ZAKOUSTIK ou ZELEKTRIK ?
Ramon Pipin. Alors oui bien sûr je peux t'en parler. Ce ne sont pas du
tout les mêmes. Au piano, au concert acoustique c'est un gars qui s'appelle
Michel Amsellem qui a joué avec tout le monde, avec Eddy Mitchell. En ce moment
il fait la tournée à 2 ou 3 avec Voulzy, ils font la tournée des églises de
France. Donc c'est lui qui joue. Après le quatuor est sous la direction d'Anne
Gravoin, que je connais depuis qu'elle est toute petite, enfin à peu près. Donc
il y a Anne Gravoin au premier violon, David Braccini au deuxième violon,
Vincent Debruyne à l'alto et Cyrille Lacrouts au violoncelle. Des très très
bons musiciens, ils jouent à droite à gauche, à l'opéra et tout. Il y a Inés
Damaris, qui est ma petite choriste préférée, qui chante, qui joue des
percussions, de la guitare, des claviers. Super, très sympa de collaborer avec
elle. Il y a donc Vincent Chavagnac qui va jouer tous les reads, clarinette,
sax, clarinette basse, flûte ou même recorder, et moi. Voilà.
Et par contre, concert électrique pas du tout les mêmes
gens, sauf Inés Damaris qui sera toujours avec moi et qui fera toujours les
chœurs, Vincent qui ce coup là ne fera plus les reads mais les Keyboards ,
Brice Delage un guitariste exceptionnel qui jouera, moi qui jouerai aussi ce
que je peux ...ça va aller je pense quand même. A la basse c'est Marc Périer,
pas très bon bassiste mais c'est mon ami depuis longtemps donc (rires)...je dis
ça parce que son fils est là donc voilà et Franck Amand à la batterie, un
batteur que j'aime beaucoup pour son inventivité et avec qui je travaille
depuis une dizaine d'années aussi. Je suis fidèle moi. Je suis fidèle.
En première partie, Jérôme Setian, parle-nous de lui
Ramon Pipin. J'ai demandé à Jérôme qui a beaucoup de talent et qui est
donc un membre éminent des Excellents , qui est la personne qui est à côté de
moi qui chante et tout, je lui ai demandé si cela l’intéresserait de faire la
première partie de mes deux concerts. Il m'a répondu qu'il adorerait ça. Je lui
ai dit que je ne voulais surtout pas savoir ce qu'il allait faire donc je ne
peux pas t'en parler parce que je ne sais pas ce qu'il fait. Je sais qu'ils
sont trois. Il y a une harmoniciste très très bonne qui s'appelle Rachelle
Plas, il y a un autre guitariste qui s'appelle Philippe Hervouët et Jérôme
Sétian qui chante. Ils font un truc un peu humoristique je suppose mais je ne
sais pas. Je vais découvrir en même temps que toi.
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Ramon Pipin. Par l'intermédiaire de Camille Saféris qui m'a amené un jour
Jérôme et puis on s'est bien branché,d'ailleurs on s'est tellement bien
branché que Jérôme est toujours avec moi, Camille non !
Après les concerts parisiens, comptes-tu te produire en
province ?
Ramon Pipin. Je rêverais de ça, je rêverais de ça mais c'est tellement
difficile de trouver des producteurs, de trouver des …. L’autre jour il y a
quelqu'un qui me disait : « Ramon, combien tu fais de personnes à Paris ? » . «
J'en sais rien...je fais 500 personnes, ça dépend «Il me dit « En province tu vas faire 100
personnes ! » . Moi je ne crois pas du tout, je crois exactement le contraire
parce que, quand on va à Montceau-les-Mines, il ne se passe jamais rien à
Montceau-les-Mines, les gens ils n'ont que ça à foutre le soir d'aller au
concert. Alors qu'à Paris, je crois que tous les soirs il y a 400 spectacles
donc voilà. En plus quand tu vas à Montceau-les-Mines, tu as la radio de
Montceau-les-Mines, tu es sûr que tu vas y aller, tu vas faire de la promo.
Mais il faut que je trouve … je vais essayer avec quelqu'un. J'adorerais aller
en Province, non pas pour moi parce que je suis très bien à Paris, enfin non je
ne suis plus très bien à Paris d'ailleurs, mais j'aimerais bien aller jouer en
Province. Il y a des gens à Bordeaux, je pense qu'ils seraient là, à Lille.
Mais ce n'est pas facile à monter. Ça fait des années que j'essaie et à chaque
fois les tourneurs ne viennent pas, les producteurs ne viennent pas, malgré un
dossier de presse épais comme ça, des critiques un peu dithyrambiques sauf les
tiennes évidemment mais voilà c'est très dur. Et puis bon je ne fais pas de
musique urbaine, je ne suis pas tout jeune, mais il y a des vieux qui font des
belles tournées.
Tu voulais rajouter quelque chose ?
Ramon Pipin. Ah, je vais te raconter un truc tiens parce que j'ai
toujours des anecdotes assez drôles. Quand on fait l'Olympia, non ce n'était
pas l'Olympia c'était le Gymnase en 84, peut-être 83 ou 84 à Paris, on fait 6
semaines ok ? On remplit 6 semaines, c'est 800 places quand même, ça fait quand
même du monde. Et on s'arrête le vendredi et là on se dit : « C'est quand même
trop con, il faut qu'on continue ». Et il y a Paul Lederman qui est là, le
manager de Coluche. Et on discute avec notre manager, là à l'époque j'avais un
manager qui s'occupait de tout. On lui dit qu'on va prolonger et qu'il faut
qu'il annonce les prolongations. Et Lederman il vient me voir et il me dit : «
Alain, il ne faut pas que tu prolonges ». Je lui dit : « Tu déconnes ou quoi ?
Tu as vu comment ça marche ? «. Il me répond que je vais me planter. Et je ne
l'ai pas écouté. Et le lundi ou le mardi, je ne sais plus quand on reprend, le
rideau s'ouvre et sans déconner il y a 15 personnes dans la salle. Et je me
marre tellement que je n'arrive pas à chanter la première chanson, parce que tu
sais, quand le rideau s'ouvre, que tu as eu 800 personnes et que ça s'ouvre et
qu'il y a 15 personnes ! Je me souviens la première chanson ça s’appelait «
Elle cache-cache son jeu» , je me marrais, je ne pouvais pas la chanter. Après
on a dit que Shitty s'était pété le bras, je sais plus quoi et on a arrêté.
Il ne te reste que 178 titres pour atteindre les 1000. A
quand un prochain album ?
Ramon Pipin. Je ne sais pas. Là, j'ai quand même une chanson que j'aime
beaucoup, enfin je les aime toutes mais il y en a une que je vais faire lundi
qui me touche particulièrement, bien que ce soit une histoire complètement
inventée mais je ne sais pas, je trouve que c'est très bien, qui s’appelle «
Dans le tiroir du bas « et quatre nouvelles chansons rock donc j'ai cinq
titres. Peut-être un mini album ? Je ne sais pas. Mais un vrai album, je ne
sais pas. C'est compliqué, et puis tu sais je suis toujours étonné quand ma
muse vient me visiter et me donne l'inspiration. Donc cet été j'ai réussi à
écrire ces quatre chansons là, ces cinq chansons là et puis je les ai vraiment pensés
à la différence de ce que je fais d'habitude quand je ne me soucie pas de qui
va jouer, j'écris la chanson d'abord. Là je les ai pensés pour la scène
c'est-à-dire que la première que tu entendras lundi elle est pensée pour un
piano, un quatuor et les quatre autres sont pensées pour être rock mais plus
jouable que d'habitude. Plus impro, un peu plus de liberté et tout.
Donc non ce n'est pas prévu mais ça va me démanger parce que
quand j'aurai fini mes concerts, j'aurai plus rien à faire que je vais me dire
: « Tiens j'irai bien en studio » j'aime tellement ça aller en studio moi.
Tu as retravaillé quelques titres à ICP Bruxelles ?
Ramon Pipin. En fait, dans mon ordi, j'ai à peu près tous mes albums
numérisés, mais à peu près, je n’ai pas tout. Donc j'ai écouté et je me suis
dit : oui ce titre là ça vaudrait le coup, il y a même quelques titres on a
rejoué des instruments, j'ai fait rejoué une ou deux basses par Marc Perier
justement, on a fait rejoué une ou deux batteries, Brice a rajouté quelques
guitares voilà. Sinon il y a des titres on a rien touché, on a juste remixé
mais ça valait le coup. Tu te rends compte c'est quand même des trucs, même si ça
ne sonne encore pas trop mal, ça été mixé en 79/80 quoi ! Il y a 40 ans, 43
ans.
Tu as tout tenté pour faire revivre le 1er album « Twist »
d'Au Bonheur des Dames
Ramon Pipin. Oui j'y vais au feeling. Je t'avais peut-être raconté
l'anecdote ? Il y a un mec que j'aime beaucoup qui s'appelle Steven Wilson, un
anglais que tu connais bien évidemment, qui remixe beaucoup d'albums qui ont
bercé ma jeunesse : « Aqualung » de Jethro Tull est une de ses meilleures
réussites. Il a remixé The Giant, il a remixé XTC. En tout cas il respecte
vraiment le vocabulaire d'origine, le son n'est pas du tout altéré, simplement
il nettoie, il y a plus de dynamique et tout...Et j'avais voulu faire la même
chose avec le premier album d' Au Bonheur des Dames puisque c'est les 50 ans de
« Twist » , cette année c'est les 50 ans en fait, album qui était quand même
disque d'or avec « Oh les filles ». Et donc j'ai proposé à Universal il y a
quelques années de remixer, puisque comme je t'ai dit j'étais très déçu par le
mix qu'on avait fait à l'époque au château d'Hérouville, mythique château
d'Hérouville où on croisait Elton John et David Bowie. Universal m'ont filé le
master d'un titre, puisque c'est eux qui ont les bandes, que j'ai remixé. Donc
j'étais tout content parce que franchement c'était vachement mieux, la batterie
par exemple était décalée sur la gauche et on l'avait recentrée, il y avait le
pianiste qui devait avoir des gants, des moufles quand il a joué donc on avait
aussi fait du montage pour que ce soit bien, sorti mieux la voix, bref c'était
beaucoup plus clair. Et j'arrive chez Universal, le mec qui m'avait filé les
bandes, je me souviens plus de son nom mais il vaut mieux que j'ai oublié. Donc
il écoute le truc sur son Laptop et puis il me dit : « Ah ben je vois pas la
différence ! « et le truc s'est jamais fait. Voilà ! Il voulait tester alors il
m'avait filé que celui là. Ils n'en ont rien à foutre tu sais. Même si Au
Bonheur des Dames a été disque d'or, c'est rien à côté de leurs grosses
locomotives quoi.
Afin de te découvrir un peu plus, parle nous des gens qui
t'entourent pour réaliser tous tes projets ?
Ramon Pipin. Bien sûr, j'ai des gens qui m'entourent depuis plusieurs
années et je leur rends hommage ici parce que je suis un très gentil garçon. Je
leur rends hommage mais ils ont quand même beaucoup de chance de travailler
avec un mec comme moi. Hein Adrien t'es pas d'accord ? Alors ils sont
plusieurs. Il y a Pierre Mitz qui m'aide beaucoup dans le quotidien, on réfléchit
parfois aussi. Comme il est assez ringard parfois je lui demande ce qu'il pense
de ça et j'écoute son avis. Il y en a un autre qui par contre est un élève de
Robert Fripp, qui est musicalement beaucoup plus pointu, qui est vraiment un
grand ami et qui s'appelle Pascal Nagat avec qui je travaille aussi beaucoup.
Bon là maintenant il a un boulot donc je le vois moins mais il sera là au
concert. Je demande conseil mais je n'écoute pas toujours les conseils mais
parfois je les écoute. Et il y a la superbe Florence Bouvrotqui m'aide aussi beaucoup. Alors c'est plus
quand je fais des spectacles mais c'est une cheville extrêmement importante,
qui appelle avec beaucoup de gentillesse les gens, qui essaie de les motiver
pour venir, pour faire venir... Bon il y en a beaucoup d'autres bien sûr, je
les oublie. Il y a Vincent Chavagnac qui se tape toutes mes partitions, que je
fais chier parfois quand c'est pas exactement ce que je veux. Je suis quand
même assez exigeant je le reconnais mais bon c'est comme ça. Et mes musiciens
qui travaillent avec moi depuis une dizaine d'années, un peu toujours les
mêmes. Voilà, je suis bien entouré mais il me manque vraiment un vrai manager
parce que parfois j'ai des décisions à prendre et je fais des conneries je le
sais. Mais bon évidemment je ne suis pas infaillible. Là on a un vrai problème
de marketing, c'est très difficile. Il y a une fille qui s'appelle Camille
Potier qui fait du community management mais elle le fait surtout pour les
Excellents donc je n'ai pas non plus vraiment de cummunity manager. J'ai pris
un nouvel attaché de presse qui a l'air super, qui est sans doute le plus gros
attaché de presse de jazz à Paris en ce moment, qui s'appelle Antonin Lennes,
tu le connais ? Écoute j'ai été voir un concert de Louis Cole et il y a un mec
qui m'aborde dans la queue et me demande si je suis Ramon Pipin . Un jeune mec
de trente ans... » Oui mais comment vous me connaissez ? « et il a cette
réponse étonnante, il me dit : «Mon
père m'a élevé en écoutant vos chansons » . Je lui dis que c'est super et lui
demande ce qu'il fait. Il me dit qu'il est attaché de presse de la soirée de ce
soir, de Louis Cole qui est un musicien exceptionnel, ça c'est vraiment génial.
Je lui dis que ce serait bien que l'on se parle un peu plus avant et donc je
l'ai pris pour ce concert et franchement il a très très bien bossé et
malheureusement les résultats ne sont pas à la hauteur de nos espérances. Les
journalistes euh ...je ne sais pas qui va venir lundi, encore. Alors il y en a
que je connais bien sûr mais bon ils ne me répondent pas. Écoute on verra tant
pis, je ne citerai pas de noms. Il y en a qui sont très cools , très sympas
parce qu'en général ils aiment tous ce que je fais mais par contre ils sont
très sollicités donc ils ne peuvent pas être là . Je ne peux pas leur jeter la
pierre, c'est comme ça.
Pour conclure, est ce que tu as quelque chose d'important à
dire dont on n'a pas parlé ?
Ramon Pipin. Hé bien ce que je voudrais dire c'est que ce n’est pas
toujours facile de faire des spectacles dans le monde dans lequel on vit
actuellement. J'essaie de me tenir au courant. Il y a beaucoup de douleurs, de
peines et j'espère que si les gens peuvent venir passer un bon moment en ma
compagnie, enfin en la compagnie de celle des gens qui m'entourent, des
musiciens, je serai content, vraiment content. En plus je raconte je crois des
choses pas trop cons donc venez, venez et puis si ça ne vous plaît pas je vous
rembourse. Tu sais je dis ça je ne prends aucun risque.