En 2009, avec Christelle Amoussou et Chris Thomas vous fondez le label de soul music Q-sounds recording. Peux-tu nous parler de cette aventure ?
Ludovic BORS: Je fais de la musique depuis le début des années 90, d'abord dans le Hip Hop en tant que beatmaker. J'ai eu mon premier label à cette époque, puis j'ai signé chez Big Cheese Records et Kiff Records avant de rencontrer Chris Thomas en 1999. On est très vite devenus amis, on partageait le même parcours de jeune de banlieue, on aimait la même musique : le Hip Hop ,la Soul, la House... Chris venait de créer son label de Deep House : Qalomota Records. J'ai rapidement sorti plusieurs maxis sur qalomota sous le nom de Joyful Noise tout en m'investissant dans le label. A la fin des années 2000, je pratiquais essentiellement la musique en studio, les concerts me manquaient, j'ai commencé à monter un groupe afin d'écrire et de jouer de la Soul. Pour donner une existence concrète à tout ça, j'ai proposé à Chris Thomas de monter une subdivision Soul chez Qalomota.Il n'y avait jamais eu en France de label de Soul, on avait envie d'apporter notre pierre à l'édifice. C'est ainsi qu'avec ChrisThomas et Christelle Amoussou, qui avait la rarissime qualité d'être une songwritter de talent, on s'est lancé et qu'on a créé Q-Sounds Recording, premier label de Soul de l'histoire de la musique française. C'est ce premier crew de musicien qui a assuré le backing band des premiers artistes du label sous le nom de Radek Azul Band. Notre premier 45t (Chyna Blue & Radek Azul Band ) est sorti fin 2009. L'aventure était lancée.
En 2017 c'est le début de l'aventure "PRINCIPLES OF JOY" raconte nous comment est né le groupe.
Ludovic BORS: En 2015, avec Christelle Amoussou on a commencé à écrire un répertoire original pour une des nouvelles voix du label. Malheureusement on a dû mettre fin à cette collaboration naissante. Un certain nombre de morceaux que l'on aimait beaucoup se sont retrouvés sans groupe pour les interpréter. On a donc décidé de remonter un groupe autour de ce répertoire. A ce moment, c'est la chanteuse Sarah Ibrahim qui a pris le lead. On a progressivement recruté de nouveaux musiciens pour constituer le groupe dans lequel on voulait deux guitares. Début 2018, le premier line up était en place pour commencer à travailler. Peux-tu te présenter et présenter le groupe ?
Ludovic BORS: Je suis clavier et flûtiste, fondateur du label et également compositeur et arrangeur du répertoire de Principles Of Joy. C'est Christelle Amoussou qui écrit paroles et mélodies. Le groupe est composé de : Jérôme Makles (bassiste) qui vient de la scène Brit Pop/Mod des années 90s, Harysson Jean-Baptiste (guitariste) digne hérité de Wah Wah Ragin, Loïc "Butcher" Betems (guitariste) au background métal, Schaël Michanol (batteur) à la culture Hip Hop et Rachel Yarabou (chanteuse) notre Soul sister représentante des grandes voix du genre. Avant "PRINCIPLES OF JOY" quel a été votre parcours ?
Ludovic BORS: Je fais de la musique depuis toujours. J'ai eu mes premiers groupes à la fin des années 80, à l'époque c'était un mélange de rap et de funk. J'ai sorti mon premier disque en 1993 et depuis je n'ai jamais arrêté de produire du Hip Hop, de la House, du Jazz Funk ....J'ai sorti pas mal de disques sur des labels comme Big Cheese, Plug it, Qalomota, F.Com, Vega Rec. J'ai également collaboré avec de nombreux musiciens comme Les Sages Poètes de la Rue, Birdy Nam Nam, Guts, Jihad Muhammad, Rufuss....Depuis la création de Q-Sounds en 2009, on a sorti plus de 50 disques. Le live de Principles Of Joy est le 25ème album qui sort sur le label. Depuis maintenant plus de 15 ans avec Christelle et Chris on met notre énergie à faire vivre ce collectif de musiciens (un peu plus d'un douzaine) qui permet au différents projets de voir le jour. Le back catalogue de Q-Sounds est vraiment ce dont je suis le plus fier depuis que j'ai commencé à faire de la musique, Principles Of Joy en est l'émanation. Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?
Ludovic BORS: Mon premier souvenir marquant remonte à mes 7 ans. Des amis de mes parents les ont traîné à un concert à la Mairie de Montreuil. C'était un concert de Dizzy Gillespie, alors dans sa période Jazz Funk. Je me suis pris une claque !... Je ne savais pas ce que je voyais mais ça m'a marqué. J'ai mis beaucoup de temps à trouver ensuite une musique qui me parle. C'est le Rap dans les années 80 qui m'a marqué, le punk aussi. Entre 1986 et 1989, ceux qui m'ont donné envie de faire de la musique, de monter mes premiers groupes on été des groupes comme Erik B & Rakim, NTM, Fishbone, Just Ice, Bérurier Noir, Public Enemy.... Mais je peux dire que c'est vraiment le Hip Hop qui m'a fait naître à la musique, c'est à travers le Hip Hop et ses samples que j'ai découvert au début des années 90s la Soul, le Funk, le Jazz Funk etc....
D'où vient l'idée du nom du groupe "PRINCIPLES OF JOY"?
Ludovic BORS: C'est Christelle Amoussou qui a trouvé le nom de groupe. Elle a, en plus de son talent de songwritter, une grande capacité à ressentir les choses. Je crois qu'au vu du répertoire qui se dessinait, le nom s'est imposé à elle comme un résumé de ce que devait représenter le groupe. Ce principe de joie nourrit notre musique et les prestations scéniques du groupe. D'une certaine façon ce nom, issu d'un répertoire naissant, continue en retour à nourrir notre musique et nous inspire.
Comment procédez-vous pour la création des titres ? Ensemble, séparément ?
Ludovic BORS: En général ça part soit d'une composition au piano que je propose à Christelle, soit d'une mélodie avec paroles que me soumet Christelle et sur laquelle je compose. J'amène le morceau en répétition, et on commence à le jouer, chacun apportant sa sensibilité à l'élaboration du son final du morceau. Cette phase de création est toujours assez magique car même si le morceau est largement balisé harmoniquement, il n'acquiert sa saveur finale qu'après ce processus d'élaboration collective.
Parlez nous de votre façon de travailler avec le groupe ?
Ludovic BORS: Comme je disais, les compositions arrivent sous forme de grille avec parfois quelques indications rythmiques, ensuite c'est un processus collectif. On joue, on modèle le son, on échange. On laisse mûrir, on revient dessus. On joue souvent ensemble, au moins une fois par semaine, et c'est à mon avis une force car on se connait très bien. En plus chacun d'entre nous a un background musical très différent qu'on laisse s'exprimer. Notre sauce est composée de nombreux ingrédients que chacun amène. Lorsque les morceaux sont prêts on les enregistre dans notre studio. On maîtrise toute notre chaine de production, de l'enregistrement au mixage en passant par le mastering. Jérôme Makles et moi avons une certaine expérience dans ce domaine et on se complète bien dans ce processus. Tout ça est très artisanal et organique. C'est ce qui donne le son de POJ et au-delà de tout le label.
Parle-nous du design de la pochette ?
Ludovic BORS: Beaucoup de nos pochettes sont très simples : une photo et une typo. Pour cet album, c'est une photo tirée du live. Ce n'est pas une photo posée, on y voit une goutte de sueur couler le long du visage de Rachel. Tout est résumé en une image : De la Sueur et du Son. La soul est une musique spirituelle et incarnée dont la scène est le lieu de cette transcendance. C'est ce qu'exprime cette image Comment décrirais-tu votre musique ?
Ludovic BORS: C'est de la Soul. cette très courte description me suffit. Si on veut rentrer dans les détails, je dirais qu'on fait une soul contemporaine consciente de son héritage qui s'inscrit dans sa réalité, celle de la France et du monde d'aujourd'hui. C'est une Soul post Hip Hop qui intègre l'idée du sample dans ses compositions et des influences psyché. Mais surtout c'est une Soul enracinée dans son terroir : La Seine Saint Denis. On veut enraciner cette musique en France, lui donnant un goût spécifique, comme le Rap avant elle. On utilise souvent l'appellation "Heavy Soul", j'aime bien cet intitulé.
Après 3 albums, vous enregistrez ce 1er live "Live at CXVIII », peux-tu nous raconter la genèse de ce disque ?
Ludovic BORS: Faire un live devenait une évidence. On a vécu tellement de moments incroyables sur scène qu'il fallait qu'on en garde une trace autrement qu'à travers une story insta. On s'est donc lancé. En plus, le live est devenu un exercice très peu pratiqué par les groupes aujourd'hui. Peut être que le risque de se montrer à nu sans l'artifice de la post production est trop effrayant dans une industrie musicale obsédée par la perfection et le contrôle. On a donc fait venir une cinquantaine de fans, amis etc... dans notre studio transformé en club pour l'occasion. On a lancé la bande sur notre magnétophone 16 pistes et on a joué ! C'était un super moment, très intense.
Quels sont vos projets à venir ?
Ludovic BORS: On prépare notre quatrième album studio pour le printemps 2026. En attendant on va jouer en France cet été et à l'automne grâce à notre booker On The Road Again. Jouer pour nous est essentiel et on est content de jouer en France. C'est l'Allemagne qui jusqu'à maintenant nous a le plus accueilli, on y retournera pour une tournée d'un quinzaine de dates au printemps 2026 Question bonus : Voulez-vous faire passer un message ?
Ludovic BORS: Faites de la musique, sans calculer, on a besoin en France d'une vraie scène alternative et underground quelque soit le genre, loin des considérations de réussite ou de rentabilité. Et bien sûr, montez des groupes de Soul, y'en n'a pas assez !
Interview Thierry CATTIER Photos : 1 William Nothin - 2 et 3 Morgane Green
PATRICK RONDAT est certainement le premier guitare héro français à être rentré dans la légende. Sa carrière ayant débuté en 1983 avec The Elements un combo qui regroupait en son sein Rapha ex chanteur de Warning et un certain Fred Guillemet qui par la suite deviendra le bassiste de Trust. Le bougre s'inscrit dans la lignée de monument tel que Joe Satriani avec qui il tournera au sein du G3, Yngwie Malmsteen, Paul Gilbert et tant d’autres issus des années 80. Mais c'est à partir de 1989 qu'il se fera vraiment remarquer avec la sortie de son premier album solo Just For Fun qui sera suivi d’un second opus Rape of the Earth en 1991ces deux premiers méfaits lui permettront de participer aux Monster of Rock français aux cotés d'AC/DC, METALLICA, QUEENSRŸCHE entre autres. En 1992 lors d'un concert d'EXTREME il rencontre Jean Michel Jarre avec il collaborera pendant de nombreuses années tout en continuant à nous offrir des albums solos tel Amphibia en 1996, On The Edge 1999, An Ephemeral World 2004 puis en 2008 en collaboration avec Hervé N'Kaoua. C’est à partir de ce moment que Patrick se fera plus discret sans pour autant arrêter. Il lui faudra ainsi 17 ans pour revenir sur le devant de la scène avec Escape From Shadows un nouvel opus instrumental de haute volée qui marque un retour à ses racines Hard Rock progressives ! Un titre profondément évocateur qui reflète une période particulièrement difficile de sa vie, expliquant en partie l'attente avant la sortie de ce projet ambitieux. Entouré de ses fidèles musiciens Patrice Guers (basse), Dirk Bruinenberg (batterie) et Manu Martin (claviers) il nous propose ici un disque riche en orchestrations et en atmosphères planantes doté d’une production organique et naturelle, signée Markus Teske (Vanden Plas), qui s'inscrit dans la continuité d'Amphibia et An Ephemeral World, avec une approche encore plus orchestrale et immersive. Une belle réussite qui prouve que notre ami à toujours autant de talent. Il est d'ailleurs depuis 2024 en pleine tournée avec le guitare night projet au côté de ses amis Fred Chapellier et Pat O'May. Pour en savoir un peu plus sur ce nouvel opus et ses différents projets nous nous sommes entretenus avec le maitre lui-même. Un échanges sympathique avec un artiste détendu, humble et profondément humain ! Magnéto Patrick c'est à toi !
Tu as été l’un des premiers guitaristes à jouer en instrumentale et tu nous 17 ans après ton dernier opus avec Escape From Shadows , qu’est ce qui t’as motivé pour enfin réaliser un nouvel opus solo ?
Patrick Rondat. Pour reprendre la situation telle qu’elle est, j’ai commencé à composer l’album il y a longtemps, les premiers jets des premiers titres remontent à 2010, donc si tu veux ce n’est pas hier. J’avais fait un album avant avec un pianiste classique en duo avec Hervé n’Kaoua en 2008. J’étais parti dans l’idée de refaire un album en duo, voire d’intégrer un violoncelle. On va dire la vérité cela n’a pas été un succès débordant. Donc à un moment donné je me suis dit que j’allais repartir dans une carrière solo instrumentale. J’ai commencé à composer. Comme c’est évoqué dans le titre j’ai eu des problèmes personnels et j’ai perdu ma femme. Il a fallu gérer une longue maladie, c’était compliqué de penser à cela. Je me suis retrouvé avec mes enfants et l’idée a été de penser à jouer live, c’est con ce que je vais dire, mais je suis resté intermittent afin de pouvoir m’occuper de mes gosses. On sait très bien qu’un album quand tu composes le temps que ça sorte, le temps que ça se vende, si ça se vend, ce n’est pas une forme de revenus sur lequel tu peux compter. Dans les premières années de cette période cela a été mon objectif. Ensuite il y a eu l’envie de continuer. J’ai continué à composer des morceaux et puis à un moment donné, le temps passe et tu te dis, ce que je compose est-il à la hauteur de l’attente des gens. Tu composes et tu commences à douter. Je ne suis pas d’une génération où l’on fait tout soit même. Ce n’est pas ma culture, m’enregistrer, me filmer parler de moi en permanence. Tout faire moi-même, je n’ai pas été élevé comme cela. Ça a été compliqué. Il se trouve qu’à un moment donné je suis arrivé au bout de cet opus, et je suis rentré en contact avec Verycords. Je pense qu’un label qui a envie de le faire, m’a poussé à terminer l’histoire. Il y a eu Pascal Vigné mon pote qui m’a aussi boosté à un moment donné. Tous ces éléments m’ont permis d’aller au bout du disque. Il y a eu plein de périodes difficiles, plein de doutes mais finalement des choses positives qui m’ont permis d’aller au bout.
Est-ce que la pochette de l’album à un rapport avec la disparition de ta femme ?
Patrick Rondat. La pochette a un rapport qui n’est pas forcément direct parce qu’il y a des choses qui sont du domaine du personnel et de l’intime. Mais c’est évident qu’avec Stan quand on a pensé à cela, évidement le côté : sortir de l’ombre, c’était ça. Ce sont toutes ces périodes et à un moment donné tu as la lumière qui arrive et tu pars sur autre chose. C’est évoqué de manière vaporeuse mais il y a un peu de ça. Je ne voulais pas que cela soit trop plombant non plus. Je ne voulais pas non plus sortir des ombres, c’est un peu poétique. Évidemment ce que j’ai vécu est beaucoup plus grave que cela mais je ne voulais pas plomber l’ambiance. L’ombre ou les ombres ce sont les doutes, les périodes difficiles. C’est plein de choses sur lesquelles tu dois te battre au quotidien et d’ailleurs il y a un titre qui s’appelle « “Invisible Wars“ qui aborde les guerres quotidiennes, celles qui sont invisibles mais qui sont dans ta vie des vraies guerres sur lesquelles il faut avancer et te battre. Il y a plein de titres qui évoquent ce genre-là. Peur des culpabilités “Fear And Guilt“ c’est ça aussi, la peur des sentiments que tu ressens, alors il y a plein de clin d’œil à tout ça.
C’est un album important car non seulement c’est ton retour mais aussi une histoire que tu transmets à travers ta musique.
Patrick Rondat. En vingt ans tu te doutes bien que j’ai vécu des choses et pas que du négatif. J’ai rencontré une personne avec qui je suis bien, mes enfants ça va. On est passé à travers cet espèce d’ouragan qui a été difficile parce que j’ai vécu trente et un an avec ma compagne.
Tu parlais de tes enfants et j’ai vu qu’ils étaient comme toi des artistes !
Patrick Rondat. C’est marrant parce qu’il y en a un qui est musicien et ma fille elle écrit pour l’instant. Tous les deux ne sont pas professionnels, ils ne vivent pas de cela mais j’espère que ça se fera ou pas d’ailleurs. Je leur souhaite d’avoir une passion et de s’exprimer à travers cela. Pour l’instant ils ont des moyens de vivre autrement professionnellement mais cela fait partie de leurs vies. Ils sont artistes. Ma fille a besoin d’écrire, un besoin viscéral et mon fils c’est pareil. Il a besoin de dessiner ce n’est pas pour prouver quoi que ce soit. Il a juste besoin de le faire donc je pense que c’est même la définition d’un artiste. C’est quand tu ne te laisses pas dépasser par le travail et le savoir-faire. Même s’il y a du travail et du savoir-faire, il ne faut pas se laisser bouffer et perdre l’idée principale qui est de sortir des choses que tu as en toi.
Pour revenir à l’album, comment as-tu travaillé au niveau de l’écriture ? Est-ce que tu es du genre à écrire énormément de morceaux et finalement faire une sélection ou combiner plusieurs morceaux ensemble ?
Patrick Rondat. C’est un processus assez long parce que comme tu as pu le remarquer la musique n’est pas forcément très technique mais complexe quand même. J’écris toutes les parties de basse, de batteries et les claviers même si Manu réarrange certains trucs au clavier. Globalement j’arrive avec un morceau écrit de A à Z. C’est énormément de boulot. Pour répondre à ta question je ne produis pas vingt-cinq titres et j’en garde neuf. En fait ce qui ne me plait pas je le vire. Généralement quand je fais un truc je ne le garde pas ou si je le garde c’est que je considère comme intéressant et je prends le temps qu’il faut pour aller au bout. C’est la première des choses. Après je ne colle pas des morceaux ensemble j’avance petit à petit, ce n’est pas clair dans le sens où je peux partir d’une ouverture orchestrale, ça peut être un rythme de batterie qui me permet d’avancer, ça peut être une suite d’accord, ça peut être du piano, ça peut être de la guitare, ça avance de manière un peu comme ça et certains morceaux quand je les démarre, il ne va pas être court et c’est malheureusement ce qui arrive souvent. J’ai des morceaux assez longs. Je suis assez hors format mais je ne me force pas, c’est comme ça. Je n’ai jamais vraiment adhéré à la musique instrumentale qui consiste à faire des morceaux qui pourrait être chanté et enlever les chants. Ce n’est pas une critique mais la musique instrumentale doit être comme une musique classique avec des mouvements, des atmosphères. Je pars vers ça, je mets énormément de temps, je suis quelqu’un qui doute énormément. Les morceaux j’ai besoin aussi de temps. Je ne suis pas capable de faire un album très vite en me disant ouais c’est super, c’est génial. L’enthousiasme ne fait pas partie de mes qualités. Donc j’ai besoin de temps et de recul, de me dire si au bout de six mois ce morceau est toujours pas mal, c’est que c’est pas mal. J’ai besoin d’être convaincu avec le temps et je ne peux pas faire un truc, le sortir et me dire c’est super.
Tu parlais des influences classiques qui ont été présentes tout au long de ta carrière c’est encore le cas aujourd’hui avec "Prélude" et "Allegro" de Kreislerque tu reprends sur cette nouvelle galette !
Patrick Rondat. Quand je disais ça, oui il y a le “Prelude And Allegro“, classique et clair à la fin que j’avais déjà joué mais je voulais faire une version qui me parle plus, plus personnelle on va dire. Mais la musique en elle-même n’est pas vraiment néoclassique. Elle touche au classique par endroit, quand je dis cela c’est plus la conception, une ouverture, un premier thème, une fois le thème revient un peu décliné, d’autres mouvements un peu différent, un peu plus planant, des thèmes reviennent de manière orchestrale, il y a des choses comme cela. C’est plus dans la structure que dans le coté néoclassique réellement.
Depuis tes débuts le monde a totalement changé es-tu attiré par les nouvelles techniques pour enregistrer ou préfères-tu la façon plus traditionnel vintage ?
Patrick Rondat. Non si tu veux c’est un mélange, je ne m’impose rien donc je ne suis pas dans un trip ou tout vintage ou tout moderne. Cela reste assez « roots » dans le sens où les batteries ont été enregistrées dans un studio avec un ingé son en Allemagne avec Marcus (Ndr : Markus Teske/Vanden Plas), le gars qui a mixé. On a fait les batteries là-bas sur mes maquettes en fait. Je fais des maquettes de A à Z après on enlève la batterie, le batteur a la maquette. Avec un clic il fait ses batteries définitives et on refait les parties dessus après. Patrice a fait les basses chez lui, Manu a fait les claviers chez lui et moi j’ai fait mes guitares chez moi. Je l’ai fait de manière rustique c’est-à-dire j’enregistre le signal de dial de la guitare et un ampli qui est un petit ampli Blackstar 5 watt avec un Captor Torpedo en fait. Je fais toutes mes guitares comme cela. Après à la fin on fait ce qu’on appelle du réamper, c’est une concession moderniste c’est-à-dire que la dial que tu enregistres en sortie de guitare tu peux la réinjecter dans un ampli et faire une prise guitare sans avoir à te préoccuper du jeu. Ce que j’envoie ce sont mes prises définitives qui me permettent de me concentrer uniquement sur le son. Après il y a un coté à la fois roots dans le sens où les guitares sont uniquement la guitare que j’ai enregistré avec une tête d’ampli, il y a zéro pédales, il y a des effets au mixage, un peu de délai de réverb , un peu d’équalisation mais cela reste du mix. Dans ma prise de guitare il n’y a qu’un ampli et un baffle. Blackstar series one MK II pour ceux que ça intéresse, un quatre douze de deux M16 57 devant le baffle et c’est tout. C’est simple, c’est un mélange, c’est une petite conception moderne. J’essaie que cela soit assez Roots .
Tu as enregistré ton premier disque avec The Element en 1985 selon toi est plus facile de débuter quand on est un musicien de nos jours comparé aux eigthies ? Est-ce que c’est plus simple de travailler maintenant ou avant en tant que guitariste ? Patrick Rondat. C’est dur de répondre à cela, j’ai envie de te dire que de se faire connaitre c’est beaucoup plus facile maintenant par les médias qu’on a, tu joues bien, tu te filmes, tu habites n’importe où sur la planète. Tu peux faires des vues, tu peux te faire reconnaitre et être connu. Est-ce qu’avec cela tu peux faire une carrière et vivre longtemps, faire de la musique pendant trente ou quarante ans, faire des albums, c’est un autre problème. Est-ce que tu peux tourner, c’est un autre souci aussi. Je pense que le flash sur ta tête c’est plus facile de l’obtenir, structurer une vie musicale et en vivre hors vidéo, hors pédago, hors montrer tes plans je parle de musique réellement, composer faire des morceaux, chanter ou instru, tourner, défendre tes trucs, faire des disques, exister à travers cela à mon avis ce n’est pas évident parce qu’on a beau me raconter plein de choses je pense que malgré tout un label, une maison de disque qui pousse à ce niveau-là te permet d’exister plus facilement avec ce genre de schéma. Difficile, il y en a qui y arrivent mais c’est très difficile d’exister hors maisons de disques pour moi.
De nos jours il y a beaucoup de groupes français qui gèrent entièrement.
Patrick Rondat. Bien sûr après c’est une histoire de vie de carrière, de personnalités, moi je n’ai pas envie de forcément m’occuper de tout. Je n’ai pas envie de ça, ça ne m’intéresse pas tant que ça. Je ne suis pas du genre à passer mon temps à me filmer. Je joue de la guitare cinq à six heures par jour, je ne vais pas poster le matin au réveil ma gamme, mon impro le matin. Pour moi cela n’a aucun intérêt. Il y a des gens qui ont besoin de ça et je n’émets de critiques. Chacun fait comme il le sent mais pour moi aucun intérêt.
On retrouve sur Escape From Shadows un titre chanté “Now We’re Home“ avec Gaëlle Buswel, une belle collaboration avec une chanteuse que tu connait bien. C’était important de la faire participer à un titre ?
Patrick Rondat. Non c’est une amie, c’est quelqu’un que j’adore, humainement c’est une belle personne. Elle chante super, elle a du talent. On se connait depuis les années 2010 c’est quelqu’un de bien. J’adore sa voix et sa générosité. Elle est solaire et passionnée et quand j’ai composé ce titre j’ai tout de suite pensé à elle. Je ne le verrai pas en instru, ce morceau même si j’ai fait volontairement fait un passage solo assez long qui pourrait faire penser à Amphibia. Ce climat je voulais resserrer un peu sur ces deux univers à un moment donné dans le morceau. J’ai tout de suite pensé que c’était bien et c’est vrai que les gens m’attendaient plus sur un chanteur métal et ce n’est pas une question que je me pose. Est-ce que c’est métal ou pas, est ce que c’est shred ou pas, est ce que c’est pour la prod ou pas ? Ce sont des questions qui ne m’intéressent pas. Je me suis aperçu que plus les années passent, quand on a commencé à écouter c’était du hard rock et maintenant tu as des sous-groupes et il y en a des centaines. Chaque groupe va mettre un style avec des influences et des sous-groupes. Je ne suis pas capable de te dire, il y a tellement de truc. Je m’en fous complètement. Moi les gens, ils mettent les étiquettes et le nom qu’ils veulent prod néoclassique instrumentale à tendance planante s’ils veulent moi ce que je sais c’est que ce soit moi à un moment donné. Moi c’est du hard rock avec des influences. C’est du Patrick Rondat c’est ça qui m’intéresse.
Oui c’est du hard rock finalement !
Patrick Rondat. Oui tu vas dire cela ça ressemble à tel truc, je n’ai pas inventé grand-chose mais l’album tel qu’il est tu ne peux pas me dire que j’en ai quatre comme ça dans ma discographie. Tu vas retrouver des passages mais l’opus instru je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup.
Après tant d’années est ce qu’il y a encore des morceaux qui sont des défis à jouer pour toi ou à enregistrer ?
Patrick Rondat. Oui sans doute je ne me pose pas cela, des challenges à la guitare il y en aurait tellement que je pourrais encore passer trois vies à me poser ces défis. Finalement c’est un non-sens. L’exploit pour moi, c’est de faire de la musique et bien la jouer, bien l’interpréter et quand elle est très technique de les faire de manière musicale. C’est ça le défi pour moi. Après des trucs que je ne sais pas faire à la guitare il y en a des centaines et je m’en fous à un point que tu n’imagines même pas. Ce n’est pas mon problème. Quand tu es plus jeune tu penses à cela, tu as envie de relever des challenges. J’ai envie de faire ces plans et à un moment donné tu te dis tout ça pourquoi. Est-ce que tu as envie de vivre et de faire cela ? J’arrive à un âge un peu avancé maintenant, les années qui me restent dix, vingt, trente je n’en sais rien. Cela peut être deux ans. Qu’est-ce que j’ai envie de faire des années qu’il me reste, c’est ça ma question. Ce n’est pas de savoir si j’arrive à faire un plan de tapping avec un doigt en plus, c’est qu’est-ce que je laisse de ce que j’ai fait. Cet album c’est moi. C’est de la musique où il y a des parties touchantes et aussi un peu de parties démonstratives mais c’est moi. J’ai envie de laisser des parts de ce que je suis. Je n’ai pas envie de me torturer avec des performances ça ne m’intéresse pas.
J’ai l’impression que tu as créé une sorte de G3 français avec Fred Chapelier et Pat O'May. Patrick Rondat. Ce n’est pas le G3, j’ai participé au G3 en 1998, j’ai la chance d’être assez pote avec Satriani. On se voit régulièrement quand il est seul en France. On a joué et jammé ensemble, il y a très peu de temps. C’est assez différent puisque tu es dans le G3 à l’origine, c’était trois sets avec une jam session à la fin. Là on joue chacun sur les morceaux des autres, il n’y a pas trois parties, les concerts s’enchainent et on joue chacun ensemble. On fait des morceaux à deux, à trois, seul après il y en a un autre qui revient etc… C’est un peu une différence. Le seul point commun c’est que la guitare est un peu au centre du débat et qu’on unie nos forces pour faire des dates ensemble. C’est l’idée de défendre notre instrument et le live. Depuis 2024 tu as enchainé les dates avec tes comparses tu apprécies d’être sur la routes.
Patrick Rondat. Alors j’apprécie cela et j’aime bien les compromis. Comme tu as pu le sentir dans mes propos ma femme, ma vie de famille c’est important. Tu me dirais demain tu as un groupe international énorme qui veut que je parte deux ans en tournée, je dirais non ça ne m’intéresse pas. Je veux faire de la musique, je veux faire ce qui me plait mais je veux aussi profiter de mes proches. Je n’ai pas deux cent mille ans devant moi, je ne veux pas faire…..Je veux faire ce dont j’ai envie avec les gens avec qui j’ai envie de le faire. Je ne veux pas tout sacrifier.
Finalement la définition de l’artiste ce n’est pas d’être libre et agir en fonction d’un point de vue artistique. Patrick Rondat. C’est vrai en même temps il y a des contraintes il y a des gens qui signe avec une maison de disque et qui ont une responsabilité aussi. Tu ne peux pas être hors sol dans tout. Mais j’essaie de faire au mieux les compromis entre mes envies personnelles, le coté professionnel et de faire un truc ou je suis en accord avec sans faire n’importe quoi. J’essaie de structurer le mieux possible. J’ai vu sur Facebook que tu as revu Jean Michel Jarre récemment !
Patrick Rondat. C’était un moment amical. Il y avait plein de plan derrière, c’est quelqu’un qui a apporté énormément dans ma carrière et ma musique aussi. Si je me permets aujourd’hui de faire un morceau de guitare par une intro de guitare de deux minutes c’est grâce à lui parce que quand on a fait Amphibia (Ndr : sorti en 1996) c’est le premier truc qu’il m’a dit. C’est chouette mais c’est trop court, la guitare arrive trop vite. Finalement je pense qu’il avait raison, j’étais encore dans l’idée qu’il fallait prouver quelque chose. Tant que tu es dans l’idée de prouver quelque chose tu n’es pas dans la musique, il m’a apporté énormément, produit deux albums et une tournée. J’ai joué à Wembley (Ndr : le 28 Aout 1993) avec lui je ne veux pas dire que c’était un rêve de gosse mais quand tu es musicien en étant français et que tu joues à Wembley Arena ce n’est quand même pas rien. Je le savais que je ne le ferai sans doute qu’une fois dans ma vie mais je lui dois et puis plein d’autres choses. C’était un mec sympa qui a de l’humour, du second degré. C’est quelqu’un que j’aime beaucoup et j’étais content de l’avoir fait
Toujours un grand plaisir de pouvoir rencontrer et parler avec la douce Nina Attal. Voilà encore quelques belles révélations et une interview en profondeur pour parler de ces moments de préparation et de genèse de ce magnifique album avec ces 2 clips "One Way" et "Keep on Running" réalisés par son frère. Nous vous laissons découvrir en image cette rencontre qui nous offre un bien belle interview.
Nina Attal :
Ça va très bien. Beaucoup de choses qui se passent et tout va pour le
mieux donc... non non très contente de tout ce qui se passe en ce
moment.
Peux-tu nous parler de la naissance et de la création de « Tales Of A Guitar Woman » ?
Nina Attal : Alors
cet album, un petit peu dans la même... dans la continuité déjà de
l'album précédent « Pieces Of Soul » qui était sorti en 2021 ... J'ai
vraiment voulu garder mon processus de création, qui est le même depuis
un moment, qui est tout simplement de prendre ma guitare, de m’asseoir
sur mon canapé, d’écrire des chansons, guitare/voix et en fait je ponds
beaucoup d'idées et au fur et à mesure du temps j'arrive à avoir les
idées claires sur ce qui vaut le coup, ce qui vaut moins le coup et en
fait j'essaie d'écrire mes chansons sous cette forme là, vraiment
guitare/voix et qu'elles fonctionnent comme ça. Je ne vais pas
instrumenter la chanson, tant qu'à mon sens elle ne fonctionne pas telle
quelle et donc voilà je mets pas mal de temps. Cet album « Tales Of A
Guitar Woman », j'ai commencé à l'écrire il y a trois ans déjà donc
voilà tout ça, ça prends du temps, ce processus... et puis ensuite, hé
bien je maquette sur l'ordinateur, sur logic pour…cette fois-ci c'est
moi qui ai tout écrit : les batteries, les basses, les claviers. Et
après, évidemment, quand j'envoie aux musiciens pour entrer en studio,
évidemment ils embellissent tout parce que, bon parce que je reste que
guitariste et chanteuse, ce n'est pas ma spécialité les autres
instruments. Donc voilà, eux ils embellissent avec aussi leur savoir,
leur expérience et puis on rentre en studio, on joue les morceaux live
et puis voilà, ça donne l'album.
Depuis ton album précédent « Pieces Of Soul », tu composes et travailles différemment. Parles nous en ?
Nina Attal : Hé
bien exactement de cette manière là, je tiens vraiment maintenant à
être seule pour l'écriture parce que c'est la manière la plus
authentique que j'ai trouvé pour écrire de la musique et de cette
manière là, j'arrive à être 100 % moi-même et a livré ce que j'ai au
fond de moi et donc...pour moi pour l'instant c'est très important
de...voilà...de commencer le processus de création toute seule, parce
qu'aussi, voilà, je me mets pas de limites, j'essaie de sortir du cadre
et il y a ce côté qui est aussi un peu pudique parfois et du coup j'aime
bien, j'aime bien aller jusqu'au bout de mes idées sans qu'on me dise
forcément quoi faire tout de suite. Donc c'est important pour moi. Et
puis ensuite, pour les paroles, depuis aussi « Pieces Of Soul », je me
fais aider par Gunnar Ellwanger, qui est le chanteur du groupe Gunwood,
et en fait moi j'écris les paroles, j'écris un peu les grandes lignes on
va dire. Évidemment c'est moi qui apporte les thèmes que j'ai envie
d'aborder, qui sont très souvent très personnels...on pourra en reparler
après... et du coup il m'aide un peu à mettre en forme les paroles et à
remettre un peu de poésie là-dedans. Donc voilà. Pour l'instant je suis
très contente avec cette manière de faire et heu je suis très fière de
ce que ça donne.
Les sujets profonds tels que la guerre, la
maladie, les enjeux écologiques sont abordés ici. Un côté un peu plus
fortement engagé.
Nina Attal : Oui,
un côté plus engagé. Ben je crois que ça vient aussi avec l'âge...je
sais pas …non mais voilà j'ai 33 ans maintenant et je pense que le monde
dans lequel...avec le monde dans lequel on vit, on ne peut plus trop se
permettre de ne plus donner...sans donner forcément ses opinions que ce
soit politique ou quoi, on ne peut plus passer à côté des choses et se
dire ça n'existe pas ou...donc forcément … En plus, voilà, c'est des
sujets, c'est universel, enfin qui aime la guerre ? Qui aime le
changement climatique ? Enfin c'est des choses qui me paraissent
évidentes et je pense que ça me paraît évident de le crier tout fort on
va dire. Après j'ai pas la prétention de vouloir changer les esprits ou
enfin de dire, voilà avec ce que je fais je vais changer les choses.
C'est pas du tout ça mais c'est dire que, voilà, en temps que femme
aujourd'hui, de 33 ans, je pense aussi à fonder une famille, enfin il y a
des choses très personnelles là-dedans et tu te dis : ben quelle est ma
place dans ce monde là qui devient complètement dingue.. qui l'a
toujours été mais bon moi je suis en plein dedans...ça fait partie
voilà de ma génération, on est en plein dedans. Donc j'avais envie
d'aborder tout ça et en revanche, dans l'album, c'était clair dès le
départ dans ma tête que j'allais évoquer tout ça à travers des
personnages et les histoires de plusieurs personnages. Et donc, c'est à
travers eux que je raconte finalement des choses personnelles. A travers
leurs histoires à eux. D'ailleurs...pas sur toutes les chansons de
l'album mais quand même la majorité, ces personnages ont un prénom. J'ai
vraiment essayé de les faire incarner ces histoires et de raconter tout
ce que j'avais envie de raconter à travers eux et qui, par ailleurs
font écho à chacun de nous parce que pour moi la musique ça doit être
aussi...ça doit faire appel à des sentiments qu'on a tous et ça doit
parler à chacun...à toutes les personnes qui écoutent ma musique. Chaque titre raconte l'histoire d'un personnage différent. Parle-nous de ce concept ?
Nina Attal : Donc
ouais, chaque chanson c'est l'histoire d'un personnage, qui d'ailleurs
eux- mêmes portent des prénoms. Donc on a... alors je vais pas raconter
forcément toutes les chansons mais on a dans « Backdoor », l'histoire
de Abbey et Bobby qui vivent une vie assez cadrée, paisible mais qui
finalement se manque un peu de risque et d'aventure, qui les ronge un
petit peu au quotidien. Ça c'est pareil c'est des choses qui … je me
pose souvent cette question de dire voilà finalement être heureux c'est à
la fois... il y a ce paradoxe entre à la fois vivre une vie paisible et
finalement avoir besoin de très peu de choses pour être heureux et en
même temps parfois avoir ces envies d'aventures et de risques et de
vivre des choses intenses mais qui voilà ne sont pas forcément possible
aussi dans la durée et puis la vie c'est la vie. C'est pas toujours des
choses incroyables, c'est aussi aller faire ses courses et faire des
lessives donc heu c'est des choses qui me tourmentent un peu
voilà...assez souvent... On a l'histoire de Suzy qui est une jeune fille
qui toute sa vie s'est cachée pour voilà... a caché ses opinions et
s'est sentie peut-être illégitime de faire de la musique. Alors elle,
dans la chanson, elle fait du violon mais voilà a baissé la tête trop de
fois. Aussi un côté un peu hymne féministe voilà. Moi je sais que j'ai
toujours, je me suis toujours sentie légitime de faire de la musique et
de faire du blues et de faire ce que je fais. Je ne me suis jamais remis
en question là-dessus, enfin j'ai jamais laissé personne me faire
douter de ça mais je sais que ça peut-être un sujet aussi pour beaucoup
de gens, pas que des femmes mais … Donc voilà, j'avais envie de parler
de ça dans cette chanson. Il y a l'histoire de Ben dans « Keep On
Running » qui souffre de dépression et qui voilà a un petit perroquet en
animal de compagnie, qui essaie de lui faire sortir un peu la tête de
l'eau. Et voilà, après tout ça c'est des messages d'espoir évidemment
parce qu'encore une fois pour moi on fait aussi de la musique. Il faut
toujours qu'il y ait de la lumière et de l'espoir donc tout ça ne se
veut pas du tout déprimant, ça se veut plein d'espoir et voilà. Dans «
Can'T Be Undone » c'est un enfant qui fuit son pays qui est en guerre et
en fait c'est le pays qui parle à l'enfant. Donc dans la chanson, le «
je » ça représente le pays qui lui dit : « T'inquiète pas, je ne t'en
voudrai pas de me quitter, sauve ta peau et pars loin ». Bon voilà,
plein de choses comme ça dans cet album. Des trucs assez profonds.
Le choix des textes mélangés en français ou en anglais ? Comment décides-tu le thème qui sera en Anglais ou en Français ?
Nina Attal : Ça
vient très très naturellement. En fait, comme je suis pas forcément...
déjà je n'écoute pas forcément moi-même beaucoup de musique en français
donc en fait le français, en musique en tout cas, j'ai une relation un
petit peu, un peu plus réservée on va dire... au français et c'est pour
ça que quand j'écris des chansons il faut que ça vienne très très très
naturellement. Si je me force, même ne serais-ce qu'un demi pour cent ,
ça ne fonctionne pas. Donc en fait, quand j'écris une chanson je me dis :
« ha tiens ça...les accords...tout ça, ça m'inspire le français « , je
le fais en français point. Et voilà. Après c'est vrai que l'anglais
c'est ma musique de cœur de musique. C'est ça que j'écoute depuis que je
suis gamine et depuis plusieurs années enfin je suis vraiment bilingue.
D'ailleurs aujourd'hui je vis en Suisse, à Zurich et donc évidemment
personne ne parle le français là-bas donc je parle anglais depuis 5 ans.
C'est ma langue du quotidien. Je parle anglais avec mon compagnon enfin
donc... j'ai en plus de ça, j'ai vraiment une relation de plus en plus
intime on va dire avec l'anglais donc c'est vrai que … c'est vrai que
le français c'est un peu plus compliqué. Mais j'ai adoré faire ces
chansons en français, je suis hyper contente et j'ai eu des bons retours
aussi sur le fait que ça se mélange bien parce que c'est toujours aussi
un peu risqué on va dire. Mais pareil je ne me prends pas trop la tête.
Je ne me dis pas, il faut faire un album tout en français, un album
tout en anglais, ça marche mieux çi, ça marche mieux ça. Vraiment je
suis mon instinct et mon cœur et voilà. Et tout se passera bien.
Tes idées selon la langue s'adaptent-elles en anglais ou en français ?
Nina Attal : Non,
ouais je fais jamais ça. Je fais jamais de traduction dans ma tête.
C'est soit c'est en français, soit c'est en anglais et ça marche comme
ça dès le départ. D'ailleurs souvent les chansons que moi j'aime chanter
en français et ce qui me vient naturellement, c'est souvent, justement,
des chansons qui vont totalement sortir des clichés de la chanson
française et tout, parce que voilà ce n'est pas un style de musique moi
qui me parle et que j'affectionne particulièrement. Il y a des choses
que j'aime bien mais moi je suis restée coincée à Balavoine, Starmania,
France Gall voilà. Ça je suis fan mais sinon Michel Berger, mais après
sinon le reste... C'est juste pas ma sensibilité artistique. Et du coup
quand une chanson me vient en français, c'est parce que la musique elle
est très très loin de ce qu'on pourrait faire d'une chanson française.
Donc par exemple, justement dans l'album, ça va être des chansons soit
mélancoliques, des balades ou alors vraiment presque des influences
américana et là je me dis : « ha oui là le français ça marche parce
qu'en fait c'est pas dans le premier degré. Pour moi ça c'est hyper
important. Et par contre,non je ne fais jamais de traduction dans ma
tête. C'est soit l'un, soit l'autre dès le départ et voilà. En tout cas,
c'est ma manière de faire et voilà je trouve que ça fonctionne pour moi
en tout cas.
Tu collabores avec Gunnar, Gunnar Ellwanger de Gunwood. Parles-nous de cette collaboration ?
Nina Attal : Alors
avec Gunnar on se … moi je connaissais Gunwood depuis longtemps et en
fait c'est marrant... ça été une rencontre hyper importante pour moi
parce que il faisait, alors il y a quelques années maintenant...je ne me
rappelle plus...avant le covid...je ne sais plus quelle année...il
faisait un concert au Trianon pour leur sortie d'album Gunwood et, pour
ce concert, ils avaient des invités. Il y avait notamment La Chica, Ben
l'Oncle Soul, parce que Gunnar bosse beaucoup avec Ben l'Oncle Soul
aussi, et il devait y avoir Yarol Poupaud et donc Yarol a pas pu faire
le concert, je ne sais plus pour quelle raison, et donc il voulait
absolument avoir...ben de la guitare quoi...enfin un guitariste, une
guitariste, un peu en mode solo et tout ça et ils ont pensé à moi. Ils
m'ont appelé et donc, ben je suis arrivée, voilà, dans ce grand, dans ce
joli bazar on va dire. Et du coup j'ai rencontré tout le monde. On ne
se connaissait pas forcément très bien avec Gunwood et Gunnar et donc
heu, hé bien voilà, les répets, le concert...on a tout de suite vraiment
sympathisé et d'ailleurs ça a été un concert pour moi même,
personnellement, hyper important parce qu'en fait, à l'époque leur
tourneur hé bien voilà ont eu un petit crush sur moi et donc ils m'ont
dit : « bah on voudrait te...voilà...te faire tourner quoi et donc... A
l'époque j'ai même signé avec le tourneur la même soirée, bon bref.
C'était une soirée très importante. Et après avec Gunnar, on s'est vu et
moi j'aimais beaucoup déjà l'écriture de Gunnar dans Gunwood. Je
trouvais ça très...a la fois très simple et très poétique. Un petit peu à
l'image...je sais pas...j'allais dire Bob Dylan mais non pas vraiment
en fait parce que Bob Dylan c'est plus complexe à comprendre mais Gunnar
il a vraiment ce talent de dire des choses très belles et très
simplement. Et c'est exactement ça que je voulais pour ma musique. Et en
fait quand on a travaillé sur Pieces Of Soul, c'était tellement
évident...enfin...je lui ai envoyé des textes, je lui ai dit : « voilà
ça parle de ça...machin...mais bon la forme c'est pas encore ça ». Et il
m'a envoyé une version et tout de suite ça a cliqué. C'était exactement
ce que je recherchais. Et voilà. Et depuis on se quitte plus.
Victor
Mechanick participe sur ton album « Tales of a Guitar Woman ». Comment
s'est passée votre rencontre et la façon de travailler ensemble ?
Nina Attal : Ben
Victor c'est pareil. C'est une connexion. C'est un peu la scène rock
parisienne, justement la famille Yarol Poupaud, Raoul Chichin et tout
ça. Et bon c'est vrai que en tant que guitaristes, finalement on se
connaît tous. C'est une petite famille et voilà. On essaie toujours de
se renvoyer l’ascenseur on va dire. Et donc Victor je l'ai croisé plein
de fois et... Il jouait d’ailleurs sur une tournée aussi avec Yarol. On
faisait des co-plateaux avec Yarol donc on se voyait. Et Victor moi j'ai
adoré...j'adore son premier album qu'il a sorti. Je suis allée le voir
en concert...voilà juste en spectatrice et tout. Et donc Victor c'est
quelqu'un que j'aime beaucoup, qui a vraiment un talent pour aussi la
scène. Il a une énergie. Enfin il représente vraiment aussi un coté
seventies que moi j'adore. Et du coup sur cet album, avec donc Mathieu
Gramoli qui est mon batteur et avec qui j'ai produit l'album, avec son
label, on voulait un invité, plusieurs invités et puis on a tout de
suite pensé à Victor. Et en fait à la base, j'avais un morceau qui était
déjà écrit, qui s'appelle « Missed Something » qui est sur l'album, et
donc je lui ai dit : « hé bien Victor, est-ce que tu voudrais venir
chanter le morceau avec moi ? ». Il m'a dit Ok. On l'a fait en studio.
Ça allait très rapidement, c'était super. Et on s'est dit : « Ouais
c'est quand même dommage de pas écrire un truc ensemble ? ». Et donc, on
avait un peu de temps en studio donc on a pris nos guitares, on a
trouvé des accords. C'est venu très très simplement. Voilà on était
content de la grille tout ça. Puis on s'est dit : « bon on ne se
concerte pas, on ne se dit rien, on ne se donne pas de mots clefs, rien
du tout. On va écrire des paroles chacun dans un coin de la pièce, moi
j'écris les couplets, toi tu écris les refrains ». Et c'est ce qu'on a
fait, et en fait on est arrivé avec exactement le même thème de paroles
et la chanson elle marchait comme ça tel quel et donc on l'a gardé. Et
on a gardé le truc le plus spontané possible et donc ça a donné le
morceau « Pas la Peine » qui est aussi sur l'album. Et donc voilà, c'est
pareil avec Victor ça fonctionne quoi. On a les mêmes références, on a
la même culture musicale et c'est chouette, c'est cool. Des rencontres
comme ça, un peu magiques, c'est cool.
La vie entre Zurich et Paris t'apporte-t-elle une différence de vision sur le monde et sur ta façon de travailler ?
Nina Attal : Complètement.
D’ailleurs je le dis souvent mais je pense que cet album il est aussi
tel qu'il est parce que je l'ai écrit là-bas et que, en fait, il y a une
espèce de sérénité qui se dégage d'où j'habite. En Suisse évidemment,
la nature elle est omniprésente, il y a les montagnes, les lacs, les
forêts, enfin. Et du coup je me sens sereine quand je suis là-bas et je
pense que la musique du coup que je fais et que j'écris là-bas,
elle...y'a ça qui se dégage aussi et j'aime mon cocon que j'ai construit
là-bas. Ça m'aide à être confiante, à prendre du plaisir à faire ce que
je fais et c'est vrai que...on en parlait en off mais Paris c'est...
moi je suis parisienne, je suis née à Paris, j'ai grandi à Paris mais
maintenant que je n'y suis plus, je me rends compte à quel point le
rythme est intense quand je viens. Et c'est vrai que ça...maintenant je
me dis que c'est plus possible pour créer des choses. C'est trop quoi.
Et donc j'ai vraiment besoin de mon petit cocon et d'être chez moi et
d'être heureuse aussi pour écrire de la bonne musique. Contrairement au
blues où il faut être malheureux et bon voilà moi je me sens plus
sereine à aussi écrire et ça fait du bien, et c'est complètement grâce à
là où je vis. C'est sûr , c'est sûr.
Toujours important
pour toi la famille. Ton compagnon Marvin qui joue les claviers et a
fait la photo de la pochette de l'album, ton frère qui se charge des
clips et bien sûr ta maman. Parle nous de tout ce monde et de ces
relations si fortes.
Nina Attal : Oui
c'est eux, au quotidien clairement, clairement c'est eux qui me
boostent, qui me soutiennent...les moments down, les moments up...ils
sont toujours là pour moi. Ils ont toujours les mots justes. Bon moi
j'ai la chance d'avoir des parents qui m'ont toujours soutenue dans ce
que je voulais faire, dès mon plus jeune âge et qui m'emmenaient,
j'avais 14 ans, dans les jams à Paris et qui m'ont toujours...mais par
contre qui vraiment, qui quand même, me mettaient des coups de pieds au
cul en me disant : « tu sais, c'est un métier qui est difficile donc,
vas-y, faut que tu te donnes à fond. Tu ne peux pas le faire à moitié ».
Et donc c'est aussi grâce à eux tout ça, que, que voilà j'ai réussi à
avoir cette carrière, et aussi très tôt. Et au quotidien, ils
ont...c'est ma maman, par exemple, elle est très importante pour moi
parce qu'elle est toujours très neutre dans ce qu'elle dit donc parfois
je me prends des gros coups de pied au cul, parfois elle me conforte
mais elle sait toujours ...c'est marrant parce qu'elle sait toujours
prendre le recul nécessaire pour finalement ne plus être une maman mais
être de bons conseils pour moi en tant qu'artiste ou même en tant que
femme . Et elle ne me dit pas juste ce que j'ai envie d'entendre. Et
pour moi c'est ça le véritable amour et c'est ça qui est moteur pour
moi. Et oui, mon compagnon Marvin, il m'a aidé voilà pour faire les
photos. A chaque fois que je lui demande : « ah on peut aller faire des
photos ? On peut aller faire des images et tout ? « . Il est toujours
voilà...il est jamais réticent, il cherche toujours à m'aider. Et en
plus voilà, ils sont tous talentueux, mon frère pareil. Alors
évidemment, ils sont comme des collaborateurs hein ? Ils sont rémunérés,
enfin voilà. On n'est pas en mode traitement de faveur, enfin voilà, je
tiens à le souligner quand même. Mais par contre ils me connaissent
tellement bien qu'en fait c'est évident de travailler avec eux parce
que, pareil mon frère je lui envoie des choses, il sait très bien ce
qu'il doit faire, il sait très bien comment me mettre en valeur, mettre
ma musique en valeur parce qu'il me connaît. Et oui nos relations, que
ce soit ma famille, mon compagnon, tout ça , c'est hyper important. Et
comme je le disais tout à l'heure, ça va avec ce que je disais, j'ai
besoin d'être heureuse et d'avoir de l'amour autour de moi pour aussi
faire ce que je fais parce que c'est vrai que c'est dur parfois. On est
un petit peu parfois au bord du précipice, on a envie de s'écrouler mais
bon c'est aussi eux qui nous relèvent donc … non c'est hyper important.
C'est dur d'en parler.
Quels sont les instruments que tu as utilisé pour ton album « Tales of A Guitar Women » ?
Nina Attal : Alors
beaucoup de guitares. Ben non évidemment ma fidèle guitare électrique
mais cet album il est très tourné aussi autour de la guitare acoustique,
de la folk. J'ai guitare classique, beaucoup de dobro, des lap steel
des pédal steel , square neck, voilà tout ce qui...il y a du violon.
Alors ce n'est pas moi qui l'ai fait mais c'est Caroline Calen, elle est
super talentueuse et qui est aussi la chanteuse d'un groupe qui
s'appelle Madlen Keys...allez écouter. Mais oui j'ai vraiment voulu
élargir la palette au maximum de...j'ai des douze cordes aussi...de
guitares et de vraiment...mon instrument il fallait absolument qu'il
soit au centre de cet album et d'ailleurs ça aide aussi de composer avec
ma guitare parce que justement j'essaie toujours d'aller plus loin, que
ce soit dans les riffs, dans les parties rythmiques. Je ne me contente
jamais de juste quelque chose de simple, de plaquer des accords ou quoi
donc voilà tout ce qui pouvait être fait à la guitare a été fait à la
guitare. Il y a très très peu de claviers et les claviers qu'il y a,
c'est vraiment vintage. C'est de l'orgue, Rhodes, Wurlitzer, Mellotron,
mais il n'y a aucun synthé voilà. C’était vraiment ma volonté d'être le
plus possible ancrée, voilà, dans les seventies quoi et voilà. Et je
voulais donner justement cet aspect à l'album, un petit peu plus folk
américana parfois et garder quand même ce côté électrique, blues et
rock. Et donc c'était ça le challenge sur cet album là.
Pour ta formation Electric Ladyland, utilise-tu le même matériel ?
Nina Attal : C'est
pas complètement différent. C'est un peu différent, enfin...bon le truc
c'est que voilà quand on est en tournée, on voyage en train donc
forcément je ne peux pas non plus prendre tout. J'aimerais bien mais
jusqu'à temps que j'ai un vrai guitar tech … bon je prends toujours ma
guitare électrique. Après non, les pédales il y a pas mal de choses qui
diffèrent. Il y a un côté beaucoup plus brut aussi dans Hendrix, il y a
moins d'effets de modulation on va dire, même si j'en ai quand même
quelques uns. C'est surtout les pédales qui vont différer et puis oui
les sons. Alors pour des questions d'organisation, pareil, parfois j'ai
la même guitare mais dans l'absolu, ce n'est pas forcément les mêmes
strat et tout ça donc...voilà. Mais on essaie de rassembler au maximum
pour des questions d'organisation.
La formation de Electric
Ladyland, hommage féminin à Jimi Hendrix, qui a débuté pour une date
unique du Blues sur le Zinc à Beauvais il y a 3 ans et continue pour
notre plus grand plaisir, parle- nous de cette « expérience » notamment
le groupe, les invités et les titres choisis.
Nina Attal : Oui
c'est un super beau projet qui existe, oui c'est ça, depuis 3 ans et on
est toujours sur la route avec. En fait, Electric Ladyland, ça se veut
être un collectif. Donc le noyau dur du groupe c'est moi et les 3
musiciennes : Antonella Mazza, Laëza et Léa et ensuite l'idée, oui, c'est
d'accueillir des femmes musiciennes. Donc évidemment le concept c'est
100% féminin donc que des femmes musiciennes. Mais d'accueillir,
d'élargir un peu la famille. On a parfois Jessie, guitare/voix, on a
parfois Gaëlle qui fait à la voix et moi je veux que dans l'avenir ça
s'élargisse encore plus. Peut-être Caroline au violon ? Enfin essayer de
sortir des sentiers battus. On a Léna à la harpe. Donc voilà ça se veut
être vraiment un collectif et l'idée c'est de...c'est aussi de
réinterpréter les morceaux d'Hendrix et son répertoire parce que c'est
impossible de se mettre dans la tête d'Hendrix donc tout de suite on
s'est dit, on va faire le truc à notre sauce, on a réarrangé les
morceaux, aussi parce que voilà les tessitures de voix, tout ça, ça ne
fonctionnait pas donc il y a beaucoup de choses qui sont réinterprétées.
Et d'ailleurs, voilà, je pense que tout le monde y trouve son compte
parce qu'on joue à la fois des classiques, à la fois des morceaux moins
connus du grand public donc finalement que tu sois fan ou pas d'Hendrix,
je pense que c'est un concert qui est cool à venir voir et...voilà on
prend beaucoup de plaisir à faire ça et puis surtout, moi
personnellement, c’était vraiment un challenge parce que Hendrix c'est
très exigeant techniquement, que ce soit la guitare, la voix,
guitare/voix. Et donc pour moi c'était vraiment un challenge et j'ai
vraiment, quand j'ai commencé ce projet, j'ai vraiment senti que mon
niveau, vraiment j'avais fait un pas en avant quoi. Et donc, ben pour
ça, c'est aussi super de sortir un peu de sa zone de confort quoi. Après ce 1er concert à Beauvais du coup ?
Nina Attal : Ouais mais on avait tellement bossé qu'on s'est dit : « non pas que pour un concert ! Allez on va en faire d'autres «
Y a-t-il quelques titres que tu as testé ?
Nina Attal : Oui
ben ça...alors il y a des incontournables que si on les jouait pas je
pense que les gens ils seraient triste donc voilà : The Wind Cries Mary,
Little Wing...enfin des trucs comme ça. Donc bon les classiques il
fallait absolument qu'on les fasse. Et après, moi j'ai vraiment...enfin
mon album préféré d'Hendrix c'est Axis : Bold as Love. Il y a beaucoup
de morceaux que j'ai chopé sur cet album. Et puis il y a un truc aussi
de production, enfin que je trouve hyper intéressant, moins rough quoi.
Et voilà, après on fait « Who Knows » qu'il a joué avec le Band of
Gypsys. Enfin on essaie un peu de...Hendrix n'a pas eu une carrière très
longue donc bon au final on arrive quand même à s'y retrouver mais
après c'est pareil, le répertoire il va bouger. On va jouer de nouveaux
morceaux, voilà, on va essayer de pas garder un truc figé. Mais voilà,
après concrètement moi je suis la directrice musicale de ce projet, donc
concrètement je me suis fait plaisir et j'ai pris mes morceaux
préférés. Et après je les ai donné aux filles pour les jouer, mais...
Bon j'avoue je me suis fait plaisir égoïste un petit peu.
Et des titres qui n'ont pas été retenus ?
Nina Attal : Bonne
question. Je ne m'en rappelle pas. Je ne crois pas non. Heu si à un
moment on faisait justement Have You Ever Been (To Electric Ladyland),
because...euh because pardon ! Tu vois c'est le côté anglais ! Je vais
faire ma Jean-Claude Van Damme !...parce que ça faisait écho au nom du
groupe mais ce morceau il était super dur à faire sonner parce que
justement il est sur Axis Bold as love je crois ? Non, ben non il est
sur Electric Ladyland et bref, il est très produit sur l'album et du
coup c'est très dur à faire sonner. Il y a des morceaux d'Hendrix qui
sont à la fois aussi très plats et les dynamiques sont très dures à
choper donc ce morceau tu vois on l'a ...en cours de route on l'a
abandonné par exemple. Même si moi je l'aime beaucoup mais c'était pas
facile à faire en live, voilà.
Vous reste-t-il quelques morceaux non retenus ?
Nina Attal : Il
y a de tout, tout et n'importe quoi. Enfin dans les tiroirs, il y a
vraiment...il y a des morceaux que j'aime beaucoup et qui, là ne
marchaient pas sur l'album mais oui, que je vais sûrement ressortir et
retravailler. Il y a des trucs, ça vaut pas du tout le coup. Il y a des
trucs ça va être poubelle ou je ne sais pas, je le donnerai à quelqu'un
qui en veut bien mais ouais, ouais, les tiroirs sont bien remplis
et...après j'ai toujours un peu du mal à aller repiquer des trucs que
j'ai fait parce que finalement je suis quand même beaucoup dans
l'instant et ce que j'ai pu écrire il y a 3 ans est-ce que ça me
correspond aujourd'hui ? Pas sûr, sauf si vraiment tu le retravailles.
Tu te dis : «Bon là il y a vraiment une bonne base » mais généralement
je préfère repartir de zéro. Et puis, en plus, quand tu écris un album,
tu essaies quand même toujours de penser à un fil conducteur, un fil
rouge, enfin tu vois que ça fasse sens, qu'il y ait de la cohérence. Et
en fait je trouve que ça s'entend quand tu es allé chercher un truc d'il
y a, enfin tu vois, il y a plusieurs années et que tu le mets au
milieu. Ça s'emboîte moins avec les autres choses que tu peux faire
maintenant. Donc bon je ne suis pas forcément fan de ça mais faut jamais
dire non. En ce moment tu répètes pour les concerts. Comment ça se passe ?
Nina Attal : Écoute,
là pour l'instant, c'est des répets assez simples. On va faire la
résidence, la date parisienne, tout ça à la rentrée donc là on a
quelques concerts de chauffe on va dire, donc justement c'est le moment
pour nous de voir ce qui marche, ce qui marche pas. La majorité du
concert ce sera évidemment le nouvel album, pas tout mais j'aime bien
toujours aussi aller piocher dans des anciens albums donc... Là par
exemple j'ai choisi deux morceaux de « Pieces Of Soul », un morceau de «
Wha », voilà. Il y a quelques petites reprises, un petit peu aussi pour
faire écho aussi à Hendrix. Voilà, essayer de faire un bon mélange de
tout ce que je fais aujourd'hui et de qui je suis et voilà. Après
franchement, j'ai une super team et tout vient très naturellement. Les
morceaux ils sont aussi, de l'album, ils sont aussi joués live. C'est
déjà du jouage, c'est de la musique live donc en fait très naturellement
en répet, tout fonctionne déjà et il y a juste à jouer et à kiffer.
Faut juste, voilà, qu'on retrouve les grandes lignes, les thèmes, les
riffs des morceaux pour si retrouver mais sinon je pense que c'est...ça
roule presque tout seul. Après cela ne veut pas dire que je ne ferai pas
des bêtises au 1er concert mais non, non, ça se passe bien. Quels sont tes projets à venir ?
Nina Attal : Et
bien justement les concerts. Maintenant jouer l'album sur la route, un
concert parisien d'ici la fin de l'année 2025, annoncé bientôt. On a
aussi...on ressortira une réédition de l'album à la rentrée. J'en dis
pas plus, c'est une petite info comme ça. Voilà justement pour garder un
petit peu l'enthousiasme autour de l'album. Et voilà oui les concerts
c'est le plus important. De toute façon c'est le nerf de la guerre donc
c'est important de venir nous voir et nous soutenir, si on passe vers
chez vous ! Et voilà.
As-tu envie de rajouter quelque chose, faire passer un message ? Nina Attal : Ben
non...allez ouais...allez écouter l'album. Évidemment, toujours être …
ben voilà moi je suis très aussi sur les réseaux sociaux parce que c'est
mon lien direct avec les gens donc voilà, sans être une influenceuse,
et bien c'est cool de garder le contact. Les gens se renseignent sur ce
qu'il se passe. Donc n'hésitez pas à me contacter, m'écrire. Donc voilà
j'aime toujours être en lien avec vous donc c'est aussi important et
puis ça permet d'avoir les infos sur ce qui se passe et voilà quoi ! Dernière petite question : as-tu complété ta passion pour les tatouages ?
Nina Attal : Hé
bien écoute oui parce que je m'étais dit qu'à chaque nouvel album, un
nouveau tatouage. Donc je me suis fait tatoué le nouvel album. Je ne
peux pas le montrer là parce qu'il est pas visible. Il est plutôt intime
on va dire, sur une partie du corps que je ne peux pas montrer. Mais je
me suis fais tatoué, ouais, mon nouvel album. Mais je me suis un peu
calmée quand même...ouais, ouais. Il n'y a plus trop de place
donc...tranquille. Mais j'ai fait le nouvel album.