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vendredi 5 décembre 2025

FREAKY BUDS (Maxime Genouel chanteur/guitariste) // INTERVIEW // The French Freaky - 3 Décembre 2025.


Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Freaky BUDS, un groupe de blues français qui fait vibrer la scène avec une énergie brute et une passion sincère pour les racines du genre.

Entre grooves envoûtants, riffs habités et influences venues du blues traditionnel comme des sonorités plus modernes, Freaky BUDS impose une identité authentique et sans détour. 

Dans cette interview, le groupe revient sur son parcours, ses inspirations afin d'en savoir plus sur eux bonne lecture a vous.

 

Pouvez vous nous parler de vos parcours respectifs ?

Maxime Genouel: Nous venons tous les quatre de la musique Afro Américaine, on est autodidactes dans l’apprentissage de cette musique, Thomas est originaire de Caen, Lonj de Bordeaux et Hugo de Gourdon dans le Lot, je suis originaire de Rennes, c’est grace au réseau Blues qu’on s’est retrouvés, et on reste passionnés et habités par cette musique.

Comment vous vous êtes vous rencontrés ?

Maxime Genouel: Pour Thomas, Hugo et moi (Max), nous nous sommes rencontrés à Nantes. Nantes étant une des villes françaises avec une scène blues très vivante, une connexion avec beaucoup d’artistes américains, nous avions tous les 3 décidé de s’y installer. Thomas jouait déjà avec Lon.

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?


Maxime Genouel: Je vais plutôt répondre avec les groupes ou artistes qui sont liés au groupe car nous avons chacun des parcours différents avant d’arriver au Blues, mais en tout cas les artistes qui nous ont motivés à créer The Freaky Buds sont pour les plus anciens Howlin’ Wolf, Little Walter, R.L. Burnside, Junior Kimbrough (en gros déjà le label Fat Possum, mais aussi les plus anciens comme Chess, Vanguard..). Et pour les artistes plus modernes il y a bien sûr les Black Keys, The Red Devils ou des gars comme Robert Finley..
 
Quelle est la signification du nom du groupe The Freaky Buds ?

Maxime Genouel: Ca veut dire plusieurs choses mais pour nous Buds c’est pour le fait qu’on soit hyper potes, et Freaky c’est notre côté plus excentrique qu’on retrouve surtout en live !!

Te souviens-tu de votre premier concert ?

Maxime Genouel: Oui c’était à Nantes, au Café Rouge mécanique en Janvier 2018, nous étions en trio à ce moment-là et c’était le feu, on était assez stressé de présenter ce nouveau projet à jouer sans basse mais ça a été une soirée mythique, le bar était en feu !!

Aujourd'hui avec ce deuxième album peut on parler d'évolution ?


Maxime Genouel: Je parlerai plutôt d’un retour aux sources, notre premier album « Hard Days, Fuzzy Nights » était produit de manière plus moderne, mais ce qu’on a voulu faire la c’est retranscrire au mieux ce qui se passe sur scène, la ou le groupe à le plus de cohésion c’est pour cela qu’on a écrit des chansons plus roots tout en gardant une touche de modernité dans l’écriture.

Parlez-nous de votre façon de travailler. Comment procédez-vous pour la création des titres ?
 
Maxime Genouel: Alors il n’y a pas véritablement de recette, souvent on a des moments d’improvisation en live et de la en sort des riffs ou rythmiques, de la on écrit des textes, on jam lors de répétitions, on enregistre tout, il y a un côté très fluide dans cette manière de faire, mais parfois ca peut aussi partir d’un texte qui est écrit et en fonction du sens on recherche une ambiance pour mettre les mots en valeur.

Comment s’est passé l’enregistrement de cet album "Western Smoke" ?

Maxime Genouel: C’est pour nous tous un des meilleurs voire le meilleur ! Les conditions étaient idéales, Kid Andersen est un vrai moteur !! Il nous a beaucoup guidés, les morceaux n’étaient pas totalement figés ce qui lui a permis de mettre sa patte dans les arrangements mais il a une telle conscience du son et une telle culture que pour jouer ce style c’est très évident, je suis très heureux d’avoir emmené le groupe la bas.

Est ce que le processus créatif a évolue entre le 1er et 2 eme album ?

Maxime Genouel: Oui complètement, le premier album était très écrit, c’est une superbe manière de fonctionner mais finalement quand on se dit qu’on est un groupe de blues, que le style soit ancien ou plus actuel, l’important c’est de jouer ensemble et de trouver le bon feeling, donc l’évolution a été par le fait de plus se voir, discuter des chansons, jouer ensemble, écouter beaucoup de musique pour trouver les directions et ca a été très efficace.
 
Peux tu nous dire quelques mots sur la pochette ?


Maxime Genouel: Nous avons fait travailler une amie illustratrice qui connaît bien la Californie, j’aimais bien l’idée du dessin, l’illustration parait simple mais elle résume parfaitement notre road trip, de par la sobriété et la simplicité des choses. Et je pense qu’on identifie tout de suite que la musique va être américaine, une musique de route, inspirée des grands espaces de la Californie, le voyage précédent notre album à beaucoup nourri notre musique lors de l’enregistrement.

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Maxime Genouel: On écoute toujours pleins de choses, on ne pourra jamais quitter nos albums à l’ancienne de Blues, c’est toujours bon d’écouter Muddy, John Lee Hooker et bien d’autres, mais j’aime beaucoup écouter les productions du label Easy Eye Sound, ou des artistes aussi plus de la scène actuelles genre McKinley James, on adore nos potes Cinelli Brothers..

Quels sont vos projets pour les mois à venir ?


Maxime Genouel: Les projets pour les mois à venir, c’est d'abord une belle tournée pour défendre « Western Smoke » en live avec pour le moment une trentaine de dates et d’autres en plus à venir puis on va continuer à écrire et peut-être autoproduire quelques enregistrements..

Quelque chose à rajouter ?


Maxime Genouel: On espère bien retrouver pleins de monde à nos concerts, nous faisons une double release party avec le groupe Charb-On, une à Bordeaux le 13/01 (Sortie 13 à Pessac) et une à Nantes le 24/01 (Black Shelter à Carquefou), et autrement j’ai envie de dire longue vie au blues et à la musique roots !! 


3 Decembre 2025 
Interview Thierry Cattier 
Photos jean Marie JAGU


vendredi 16 août 2024

SOU(F)FRE (Jean Marc guitariste) // INTERVIEW // Inventer un nouveau mot la souffrance - Mars 2024.



Si SOU(F)FRE est une toute nouvelle formation qui déboule sur la scène hexagonale. Fondée en 2022, la formation francilienne naît sur des cendres chargées de soufre, et de rage créative. Véritable mutation de RÃGARÃJA et fusion avec PROXYMA, SOU(F)FRE affiche l'ambition de devenir une valeur sûre de la scène metal hexagonale. Au sein de cette dystopie quotidienne, plongé entre cyber addiction, et hyper-émotion SOU(F)FRE dépeint notre réalité de façon acérée et prône à la première personne : liberté, vigueur, humilité, et résilience. SOU(F)FRE est un masque porté par une armure faite d'un metal granuleux, violent, sincère, empreint de mélodies teintées d'une furieuse compassion mélancolique. L’image est très sophistiquée et semble fondamental, elle nous interpelle, un look qui n’est pas sans nous rappeler un certain Ghost des débuts ! SOU(F)FRE est un masque porté par une armure faite d'un metal granuleux, violent, sincère, empreint de mélodies teintées d'une furieuse compassion mélancolique. C’est avant tout une forme de poésie française SOU(F)FRE prêche sa différence par une écriture lyrique poétique et chante dans la langue avec laquelle vous ressentez, celle avec laquelle vous rêvez comme vous espérez. Inspiré par les références françaises dans son genre (MASS HYSTERIA, SIDILARSEN, LOFOFORA) SOU(F)FRE embrasse la nouvelle vague prometteuse (ASHEN, SOLITARIS, TEN56...) avec ses thématiques, ses sonorités et ses textures résolument modernes. C’est avec le sympathique guitariste Jean Marc arrivé au sein de la formation il y a tout juste deux ans que nous avons pu nous entretenir. Leur premier opus devrait arriver très prochainement. Un combo à suivre de très près. Interview découverte ! Magnéto Jean Marc c’est à toi !



Vous avez commencé en 2022, c’était une mutation entre RÃGARÃJA et une fusion avec PROXYMA. Ça veut dire que ce sont des membres des deux groupes ?

Jean Marc. Oui c’est à peu près ça sachant que Proxima c’est un groupe qui n’a pas vécu très longtemps, c’est là d’où je viens et on a deux éléments qui viennent de RÃGARÃJA.

Comment est né cette idée de créer ce nouveau combo SOUF(F)RE ?

Jean Marc.
Je suis arrivé quand le projet était déjà très avancé. La réponse va être frustrante pour toi mais ce n’est pas un truc dont on va parler. Ce que je peux dire c’est que c’est un projet que j’ai rejoint à un stade très avancé.

Ça veut dire que tu viens d’arriver.

Jean Marc. Je ne viens pas d’arriver car cela fait maintenant deux ans que l’on bosse ensemble. Je suis arrivé en 2022, l’EP était déjà là.

Tu n’as pas participé à l’écriture de Devotion Connexion le premier Ep ?


Jean Marc. Non

Est-ce que tu as participé à l’enregistrement de l’EP ?


Jean Marc. Non pas du tout.

Est-ce que tu vas participer à l’enregistrement du prochain album prévu pour la fin d’année ?


Jean Marc. Oui carrément. D’ailleurs, sur les nouveaux morceaux qui sont déjà écrits j’en ai fait la moitié.

Est-ce qu’il y aura une évolution par rapport à l’EP ? Comment vous voyez cela ?

Jean Marc. Il va y avoir peu d’évolution parce qu’on est sur un EP qui est quand même assez bagarre. En fait on aimerait se rapprocher du concept un peu rituel et développer plus des ambiances que purement réparti avec des gros riffs avec de la double pédale et tout. Donc il y aura un peu plus de nuances, plus de moments calmes, et il y aura une approche un peu plus black metal.

Pourquoi avoir appelé cet EP Devotion Connexion ?

Jean Marc. C’est un peu le thème, le fil rouge au niveau du concept. C’est un peu l’histoire qu’on essaie d’illustrer, la technologie dans laquelle on s’est entourée. Devotion/Connexion en gros l’important c’est d’être connecté mais pas forcément dans le bon sens du terme. On n’est plus vraiment connecté avec les gens, on est connecté à nos machines qui nous relient à des gens et les échanges qu’on a finalement la plupart du temps. On échange par téléphone, par ordinateurs mais je pense que c’est pour illustrer un coté déshumanisant dans le sens où la société va vers quelque chose où les gens sont de plus en plus séparés. Chacun est dans son coin avec son petit confort personnel, on partage rarement de choses en vrai. On a l’impression de partager beaucoup via les réseaux sociaux. C’était pour illustrer ce constat. Le partage est moins quelque chose qui est important en tous cas ce que la société veut pour nous quelque part. Les gens sont plus divisés qu’avant.

Il y a cinq morceaux sur l’EP. Le premier single sorti est « La Mémoire De La Peau ». Pourquoi avoir choisi de mettre en avant ce titre ?

Jean Marc. Je pense que c’est un morceau qui est assez fédérateur. « La Mémoire De La Peau » parle de la métaphore du tatouage et on porte tous notre histoire sur notre peau, que ce soient des cicatrices, des marques. En fait notre corps est notre histoire et je pense que c’est quelque chose qui parle à tout le monde. C’est un morceau qui musicalement est assez accrocheur. On a pensé que c’était le bon morceau à mettre en avant en premier.

Le clip est superbe et a été réalisé par Kevin Merriaux sur une idée originale de Maxime Descamps je suppose que tu as participé au clip. Comment s’est passé le tournage du clip et quelle image vous souhaitez développer à travers celui-ci ?

Jean Marc. L’image en général qu’on essaie de développer c’est de créer un univers cohérent que ce soit dans les visus ou dans les concepts. Le concept de Devotion/Connexion c’est un peu l’asservissement et ce qu’on essaie de dégager de notre image à nous c’est d’illustrer cette espèce de secte que représente la technologie auxquelles on est devenu accroc et dont on croit que l’on ne peut plus se passer.

Au niveau des costumes cela m’a fait penser à Ghost avec un peu cet esprit-là. Est-ce que c’est un groupe qui vous a influencé ?

Jean Marc. Je ne pense pas. Quand je suis arrivé sur le projet les costumes étaient déjà là. En tous cas Ghost n’est pas une influence. Ghost tourne toujours dans le metal finalement mais n’est pas une influence.

Le nouveau single s’intitule « Esclave Heureux ». Tout un programme. Un clip va sortir. Qu’est-ce que vous aviez envie de développer comme thème avec ce titre ?

Jean Marc. C’est en ligne depuis. « Esclave Heureux » c’est la personne moderne d’aujourd’hui. On sait qu’on n’est pas libre, on le sait mais on reste comme ça parce que c’est pratique et confortable. Le déroulement du morceau dans les paroles et dans le clip serait quelqu’un qui décide qu’il n’a plus envie d’être esclave que ce soit du travail, de sa vie en général, de retrouver sa liberté mais on se rend compte que la liberté c’est dur. Finalement être esclave au sens moderne pas dans l’esclavage pur et dur mais le fait d’être prisonnier dans un système. On n’est plus forcément libre de tous les choix qu’on fait et cela reste pratique. Ce n’est pas le top mais ce que l’on voulait dire c’est que la liberté, c’est plus dur d’être libre et peut être qu’au final ce serait mieux. Mais on choisit par choisir le confort.

Le thème global, tu parlais de technologies mais il y aussi la société qui fait tout pour que l’on soit des esclaves heureux c’est-à-dire qu’on reste tranquille et bien contrôlé. On nous donne tout ce qu’il faut pour qu’il n’y est pas de rébellion possible.

Jean Marc. C’est un peu ça, c’est bien résumé. Il y a aussi « Combustion Animale » qui parle des amours passionnés, du sérail de la liberté. C’est un peu le même thème dans Combustion Animale. Je pense qu’il y a un peu ce fil rouge dans tous les morceaux. C’est un peu la recherche du bonheur qu’on n’arrive pas à trouver.

Vous allez jouer au Backstage By The Mill à Paris le vendredi 12 avril avec Atlantis chronicles pour présenter l’EP.

Jean Marc. Et un autre groupe NDKH aussi.

Je crois que c’est votre premier concert.


Jean Marc. Cela va être notre première release Party, notre premier concert.


Comment vous vous préparer pour ce premier show. Est-ce que vous avez envie de présenter un concert très visuel ?

Jean Marc. Comment on se prépare à ce concert. On a mis pas mal de temps à choisir le bon ordre pour trouver les morceaux, le plus vite possible, on a rajouté des ambiances sonores inter morceaux pour créer une ambiance un peu futuriste limite spatiale avec des petits messages, faire des petites montées instrumentales, pour enchainer avec les morceaux suivants. On a rajouté deux nouveaux morceaux qui ne seront pas présents sur l’EP. On a rajouté deux morceaux pour faire un set qui dure quarante minutes et on a fait une résidence de deux jours où on s’est consacré sur la lumière afin d’avoir un show lumière qui corresponde le plus possible à l’ensemble des morceaux. Essayer de ne pas faire un jeu qui soit juste de la lumière en rythme sur la musique, essayer d’iconiser les personnages aussi avec des points lumières particuliers qui mettent en valeur certaine chose à certains moments. En fait on reste dans une approche, on est encore au début du truc. On ne sait pas si ça marche, ça se trouve le résultat ne sera pas là mais on n’espère pas. On essaie que ça marche mais on est encore dans l’expérimentation. Je pense qu’à terme ce qui nous plairait c’est vraiment de créer un spectacle assez théâtral.

Qu’est-ce que vous avez finalement envie de transmettre au public sur scène ?


Jean Marc. En dehors de la bagarre c’est aussi ce qu’on cherche, faire du metal donc la bagarre. Je ne sais pas si tu aimes les groupes qui font de la musique très ambiante et qui proposent un spectacle qui va chercher d’autres émotions. Je pense que c’est cela aussi qu’on essaie d’aller chercher. Faire véhiculer des émotions qui ne se basent pas uniquement sur l’énergie pure et dure d’un concert de metal mais de creuser un petit peu vers autre chose. On est en recherche de ce que l’on veut et comment on va y arriver surtout parce que c’est le premier concert et un premier set ça va rester très bagarre parce que les morceaux le sont mais à terme cela va creuser vers autre chose d’un peu plus profond et de mise en scène.

En tant que guitariste est ce qu’il y a des textes qui t’interpellent plus que d’autres ?


Jean Marc. Tous les textes sont tous vraiment très bien écrit et viscéralement le truc qui m’accroche le plus est « Esclave heureux » et « La Mémoire Dans La Peau ».

Les textes sont écrits en français, c’est important ce côté poétique de la langue française dans les textes ?

Jean Marc.
C’est important mais ce n’est pas une revendication non plus, mais c’est naturel de chanter dans sa langue maternelle. Tu vas transmettre même si tu parles très bien anglais, les mots vont ressortir d’une manière plus naturelle et les émotions avec. Je sais que quand j’écoute un groupe français qui chante en français, j’ai quand même des petites émotions en plus. Pas forcément sur les groupes qui chantent en anglais. Même si je comprends à peu près l’anglais, mon cerveau fournit toujours un petit effort de traduction qui ne va pas se faire quand on va chanter en français, l’émotion elle va frapper directement.

Qui a eu l’idée de trouver ce nom SOU[f]FRE avec un f entre parenthèse ?

Jean Marc. L’idée du nom vient de notre chanteur. Maitre à penser de tout le projet, et qui a principalement composer le premier EP, les textes et qui a dessiné les costumes. Ce sont globalement ses idées qui ont été mises en pratiques. Même si chacun a pu apporter son opinion, on va dire qu’il avait une idée assez nette de ce qu’il voulait faire. L’idée du nom SOU(F)FRE était d’inventer un nouveau mot la souffrance qui est à l’intérieur sort et explose comme du soufre avec un seul f élément chimique qui peut exploser. C’était un jeu entre les deux. En fait comme on aimait bien les deux que ce soit avec un f ou avec deux f on va faire en sorte qu’on puisse voir les deux visuellement quand on écrit le nom du groupe. D’où ce f qui est mis entre parenthèse entre slash pour qu’il y est les deux mots en un.



Interview 28 Mars 2024

Pascal Beaumont / Photo DR 
Pascal Beaumont et Laurent Machabanski (Traduction / Retranscription)


mardi 3 octobre 2023

NERVOSA (Héléna KOTINA Guitariste) // INTERVIEW // Une evasion avec Héléna KOTINA - Juillet 2023.

 
Nervosa a débuté en 2010 et à déjà derrière lui une carrière bien rempli. Originaire de São Paulo au Brésil mais navigant entre le Brésil, l’Italie, la Grèce et l’Espagne par les origines de ses différentes recrues, le combo ne pratique pas la salsa mais un Thrash Metal à tendance Death et a déjà enregistré quatre albums Victim of Yourself (2014), Agony (2016), Downfall of Mankind (2018) et Perpetual Chaos (2021). Dirigé d’une main de fer dans un gant de velours par la charmante Prika Amaral guitariste et chanteuse depuis peu, le gang Brésilien a subi un turn over incessant proprement hallucinant et a vu défilé au sein du combo pas moins de 10 musiciennes depuis sa formation, un véritable handicap pour leur carrière. Les derniers départs étant ceux de Diva Satánica en 2002 la chanteuse attitré, Nanu Villalba qui tenait les baguettes la même année et la bassiste Mia Wallace en 2023. Un véritable cataclysme qui aurait pu sonner le glas de Nervosa sans la volonté irréprochable de Prika Amaral qui a décidé de passer au chant et de s’imposer comme la frontwoman de la formation ! L’arrivée de Héléna Kotina à la guitare et de Hel Pyre (Basse) accompagné de Michaela Naydenova (Batterie) est venu compléter le line up pour nous offrir cette nouvelle galette Jailbreak, leur cinquième méfait ! Le moins que l’on puisse dire c’est que les changements ont été efficaces et oh combien bénéfiques permettant à Nervosa d’évoluer et de proposer un opus de grande classe gorgé de parties de guitares impressionnantes, une véritable déflagration de puissance brutale et sans concessions qui n’est pas sans rappeler Arch Enemy ou Witches ! Gary Holt (Exodus, Slayer) ne s’y est pas trompé et est venu leur porter main forte sur le morceau « When The Truth Is A Lie » tout comme Lena Scissorhands sur « Superstition Failed ». Adoubé par un tel seigneur du Metal Nervosa devrait rencontrer le succès qu’elle mérite avec cette pépite qui confirme tous les espoirs qu’on avait placé en eux ! Pour en savoir un peu plus sur cette métamorphose nous avons demandé à Héléna Kotina la charmante guitariste de nous éclairer sur la conception de ce Jailbreak empreint de sauvagerie métallique de haut vol. Magnéto Héléna Kotina c’est à toi !



Vous venez de donner deux concerts en Grèce un le 2/9 au Metal Union Festival et l’autre le 3/9 au Technopoli à Athènes comment avez-vous abordé ces deux shows ?

Héléna Kotina. C’était super et c’est quelque chose que nous attendions avec Helena, notre bassiste. C’est la première fois que l’on jouait en Grèce. C’est la première fois que nous avons éprouvé beaucoup d’émotions. Nous avons vu des visages familiers dans la foule, et nous avons rencontré des gens que l’on connaissait déjà au fil des années. C’était très émouvant et très spécial pour nous.

Tu es la nouvelle guitariste de NERVOSA mais tu as commencé à jouer de la basse au sein de la formation. Comment décrirais-tu le groupe sur scène ?

Héléna Kotina. La première fois que j’ai été contacté par Nervosa, c’était pour être guitariste. On a commencé ensemble à composer et préparer le nouvel album mais à la dernière minute, Mia n’a pas pu faire la tournée américaine l’année dernière. J’étais la personne la plus proche qui connaissait les chansons et la setlist. J’avais juste à reprendre le jeu de basse et ma première expérience dans le groupe c’est moi à la basse. C’était super. Ça le reste toujours. C’était une tournée assez longue et l’expérience a été incroyable. Nous étions en Amérique du Sud, les gens sont formidables et fous. Ce sont des fans loyaux. Être sur scène est une grande expérience. Et ça continue même encore de l’être avec ma position naturelle de guitariste, c’est encore mieux.

Est-ce que tu connaissais NERVOSA avant de les rejoindre ?

Héléna Kotina.  J’ai juste rencontré Prika (Ndr : Prika Amaral / chant et guitare) puisqu’elle a créé le combo. Elle est partie de rien. Je ne les connaissais pas personnellement. Je connaissais la formation par quelques chansons. Nous n’avons jamais été en contact auparavant. Pour être en contact il a fallu que je devienne membre du groupe.

Vous revenez avec ce nouvel album le cinquième « Jailbreak », le premier album sur lequel tu as travaillé.  Comment s’est déroulé la composition des morceaux cette fois ci ?

Héléna Kotina. Prika m’a contacté en me disant que je faisais officiellement parti du groupe. Elle m’a expliqué que pour les opus précédents la partie musicale était faite par elle et elle voulait avoir une seconde personne pour travailler sur les compositions. Elle m’a demandé si je voulais participer à l’écriture de l’album et c’était très important pour moi car toutes les choses que je fais au niveau de mes projets, je veux être là au début afin de commencer de zéro et faire tout. Au départ on a commencé à échanger des idées, des releases, toutes les choses qui sortaient était à cinquante/cinquante. Des idées étaient les miennes, d’autres celles de Prika mais nous étions toujours en train d’écrire les chansons ensembles.

J’ai lu que tu travaillais en secret pendant les périodes d’enregistrement.  Qu’est-ce qui vous a poussé à tout dissimuler ?

Héléna Kotina. Quand j’ai rencontré Prika pour la première fois c’était après la sortie de « Perpetual Chaos » et elle m’a expliqué la situation, ce qu’elle voulait faire pour promouvoir le disque avec le line up de l’époque.  Mais elle m’a expliqué entre temps que nous pouvions travailler sur le nouvel album mais nous ne voulions pas nous mettre dans l’embarras avec le second guitariste lui indiquant que nous allions travailler sur le prochain album. Nous avions gardé cela comme un petit peu secret. Nous travaillons secrètement sans annoncer quoi que ce soit. Officiellement nous avons annoncé qui serait le nouveau guitariste il y a quelques mois. C’était en janvier.

Finalement vous avez décidé de travailler avec deux guitares toi et Prika. Qu’est-ce que à changé au niveau de la composition et du son ?

Héléna Kotina. Une seconde guitare rend les choses plus flexible parce que nous pouvons mettre plus de mélodies de ci de là, des solos, des solos jumelés, deux guitares jouant les mêmes partitions. Nous étions capables d’ajouter des détails. Quand il y a un seul guitariste dans le groupe, c’est impossible pour eux de le faire. Aussi le son quand il s’agit de jouer en live est beaucoup plus lourd et plus complet.

Prika est devenue la nouvelle chanteuse du groupe, tu es devenue la nouvelle guitariste. Dans quel sens est-ce que cela a affecté l’écriture de l’album ?

Héléna Kotina. Après que Diva (Ndr : Diva Satanica/ Chant) nous a annoncé qu’elle voulait partir, Prika a dit qu’elle ne voulait pas changer la chanteuse, ni la voix du groupe. Elle voulait avoir un line up stable alors elle a dit qu’elle prenait la voix principale. Elle faisait toujours les chœurs même sur la tournée américaine. Elle a d’ailleurs chanté une seule chanson toute seule chaque soir sur la tournée. Alors elle s’est dit c’est bon, j’ai besoin de pratiquer plus, prendre des cours de chants et analyser un peu plus tout ça. Elle s’est sentie en phase avec cette idée. J’ai eu la chance d’écouter la voix de Prika en tant que choriste et j’ai su qu’elle avait cette voix profonde et brutale. Je ne savais pas qu’elle avait cette voix flexible, cette façon de pouvoir changer de tonalité. Une fois qu’elle a enregistrée la première chanson à l’intérieur du studio nous l’avons écouté et nous savions que nous avions la sonorité pour ce nouvel opus.

Vous avez choisi d’enregistrer votre album à Malaga en Espagne avec Martin Furia (Destruction). Que retires tu de cette expérience ?

Héléna Kotina. La session en studio à Malaga était une de mes meilleures expériences et musicalement de loin jusqu’à maintenant. J’ai travaillé avec Martin. Je l’ai rencontré quand on a fait deux festivals avec Destruction sur la tournée américaine et je le connaissais en tant que producteur. Être en studio ensemble c’était très créatif et je me sentais soulagé car je savais qu’on avait des connexions naturelles, la même base, on voit les choses de la même manière. Lui expliquer des choses qu’il comprenait totalement, ce que je voulais jouer et comment faire pour les solos ou quelques détails que je voulais amener vers cette sonorité. C’était très facile de travailler avec lui.

Quel a été ton plus gros challenge personnel en tant que guitariste en studio ?

Héléna Kotina. Il y avait un défi parce qu’avant d’aller en studio je me souviens de toutes les guitares présentes dans le studio et que je pouvais enregistrer les parties dans mon home studio. Je suis allé en studio avec Mila pour terminer les chansons. J’ai seulement su comment les parties de solo allaient être à ce moment-là. Je devais créer des solos à partir de rien pendant que Mila enregistrait les siens. Ça a commencé à devenir un solo mais c’était très long. Il y avait un défi car nous avons eu un certain nombre de jours et il fallait être créative et je me suis donné à cent pour cent dans cette durée limité. Le studio était situé dans un superbe endroit et isolé, on a eu le temps de se focaliser sur ce dont nous avions besoin.

Est-ce qu’il y a un morceau qui t’a demandé un investissement important en studio ?

Héléna Kotina. Oui je crois que le premier morceau comprenait des parties spécifiques sur « Endless Ambition » le premier titre que nous avons enregistré et sur d’autres titres faire du picking qui devait être tapé pour être bien joué.



NERVOSA existe depuis 20 ans. Comment décrirais tu ta relation avec Prika ?

Héléna Kotina. J’étais très enthousiaste quand nous avons parlé la première fois avec Prika à propos de l’opus, du combo et sur les plans futur que nous envisagions et je fus agréablement surpris que nous partagions les mêmes points de vue. Nous voulions la même chose. C’est très facile de travailler avec Prika, elle est très ouverte aux choses nouvelles, ce n’est pas un esprit fermé. Elle est très ouverte aux nouvelles idées, pour les chansons, pour la promotion et quoi faire pour développer la formation. C’est pour cette raison que je peux me donner à cent pour cent parce que tout le travail que tu fournis est beaucoup apprécié.

Vous avez déclaré que le process de cet opus a été très complexe mais aussi constructif. Comment décrirais tu l’évolution musicale comparé aux autres disques de NERVOSA ?

Héléna Kotina. Sur cet album il est bien mixé et produit Thrash Metal, Death Metal mais aussi Heavy Metal. Comme cela toutes les idées arrivent assez naturellement. Nous n’avons rien forcé. Tout ce que tu écoutes ce sont des idées et inspirations qui coulent de sources. Comme je l’ai dit nous avons plus d’éléments à l’intérieur du studio, deux guitares qui jouent des mélodies ensemble, nous avons des extensions de solos et plein d’autres choses. Musicalement c’est une avancée.

Pourquoi avoir intitulé l’album « Jailbreak » ? Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Héléna Kotina. En utilisant le mot « Jailbreak », nous ne faisons pas vraiment référence à la prison avec des murs mais à la prison que nous construisons nous-mêmes ou que quelqu’un construit pour nous. Nous nous sentons piégés. Nous devons nous libérer et casser les codes. Allez totalement vers quoi nous voulons allez et suivre nos rêves peu importe si les gens aiment ou non.

Prika écrit les paroles. Est ce qu’il y a un texte qui te touche plus qu’un autre sur cet opus ?

Héléna Kotina. « Behind The Wall » a une signification particulière, une double signification. Le mur que nous construisons pour les médias sociaux, ce sont des profils et souvent ce sont des faux profils où nous nous cachons derrière ce mur. Nous croyons être sauvé mais ce n’est juste qu’une illusion. Tu peux le voir aussi du côté politique toutes les décisions qui sont prises pour nous tous, prises par une petite partie, on peut le voir à l’intérieur des murs pour savoir sur ce qui va réellement se passer.

Vous avez sorti trois singles sortis « Seed Of Death », « Endless Ambition » et « Jailbreak ». Est-ce que c’est difficile de choisir un titre vidéo pour présenter le nouvel album ?

Héléna Kotina. Toutes les chansons sont difficiles à choisir mais une doit être sélectionné pour différentes raisons. J’ai vraiment aimé les titres où il y avait les doubles guitares solos parce que c’est quelque chose que j’ai envie de jouer sur scène. C’est quelque chose de spéciale que nous présentons pour la toute première fois. Je ressens que c’est différent pour moi. « Seed Of Death » je dirais serait proche de cela. Ce titre représente bien l’album.

Pour le morceau « When The Truth Is A Lie » vous avez comme invité Gary Holt (Exodus, Slayer). Quel a été ton sentiment de travailler avec une légende comme lui ?

Héléna Kotina. Quand nous avons commencé à construire l’album nous avions cette idée de prendre un autre guitariste pour jouer en tant qu’inviter. Il était toujours au top de notre esprit, nous admirons son style de guitares. Tout son travail avec Exodus et Slayer pendant des années. Nous savions que son planning était chargé mais nous l’avons contacté et il a répondu très vite. Il est totalement ouvert et il a dit qu’il le ferait pendant ou après la tournée. Il a délivré un solo qui porte vraiment sa signature très solo de Gary Holt. Pour nous cela a été un rêve qui est devenu réalité.

Est-ce que tu as d’autres rêves ? Je suppose que tu en as plein.

Héléna Kotina. Oui les rêves ne s’arrêtent jamais (rires). C’est une bonne chose. Nous aimerions tourner avec les plus gros icones comme Judas Priest qui est une grande inspiration pour moi et Prika, Ce sont nos groupes favoris.

Justement tu as eu l’opportunité de rencontrer KK Downing lorsque tu as joué en Angleterre le 25 mai au KKs Steel Mill / Wolverhampton, comment s’est passé la rencontre ?

Héléna Kotina. C’était totalement inattendu, nous savions que l’on jouait chez lui mais nous ne savions pas s’il allait être là ou débordé par les tournées. Nous sommes arrivés tôt et nous avons eu le temps d’explorer le lieu. Nous avons commencé à parler avec des techniciens et quand il est arrivé nous nous sommes mis à pleurer car c’était une véritable icone pour nous. Il était cool, totalement dispo et il nous a parlé en nous racontant et apprenant des plans techniques, des histoires, beaucoup de choses, pas mal d’histoires, l’expérience qu’il a eu tout au long de ces années, nous expliquant quel était son matériel. Il a été très sympa.

Tu m’as parlé de Scorpions. C’est un de tes groupes favoris. Est-ce que tu aimerais faire des reprises de Scorpions avec NERVOSA ?

Héléna Kotina. Oui ça se pourrait. Scorpions a toujours été une grande inspiration pour moi et je serai toujours ouvert pour ça.

Il y a eu beaucoup de changement de musiciennes ces derniers temps, un nouveau batteur Michaela Naydenova, une nouvelle bassiste Hel Pyre sont arrivé, toi tu es passé à la guitare après la basse. Est-ce que tu crois que ces changements permanent ont eu un impact sur le combo ?

Héléna Kotina. Les musiciennes précédentes ont dû faire d’autres choix, la vie selon différents critères. C’était ok du côté du groupe et les acteurs qui partageaient leurs rôles. Avec les années c’est super d’avoir une connexion naturelle et c’est aussi important au moment où nous nous sommes rencontrées, quelques semaines après que nous ayons commencé à travailler, Michaela est allée au studio enregistrer. Avec Hel ça a été la même chose, nous avons tout de suite fait le clip. Après ça on a eu deux mini tournée et des festivals. Tout commence nous sommes proche et connecté, plus que nous étions au départ. C’est une grande étape pour la stabilité pour le groupe ;

Tu as aussi joué aussi avec Paul Dianno (Ex Iron Maiden) et Gus G (Ex Ozzy Osbourne/ Firewind), comment as-tu vécu ces deux expériences ?


Héléna Kotina. C’était quelque chose d’inattendu. Une opportunité totale, un grand honneur d’être sur scène avec Paul. La proposition est venue quand je tournais en Amérique latine l’année dernière, j’ai eu un appel comme proposition de guitariste et j’ai dit oui pour jouer les classiques d’Iron Maiden et après il a su que le guitariste allait être Gus G. Toutes les nuits c’étaient incroyable et j’ai réalisé combien c’était énorme.

Comment tout a commencé pour toi ?

Héléna Kotina. Tout est venu de mon frère qui était dans le classic rock, hard rock. Il ne jouait d’aucun instrument mais j’ai eu ce guide et il me donnait des disques que j’ai pu écouter encore et encore. Mes parents étaient ouverts et ont accepté que je puisse jouer de la musique et pas seulement l’écouter. J’ai commencé des cours de guitares et j’ai toujours ce soutien de ma famille qui est très important.

Qu’est ce qui est important à tes yeux que ce soit au niveau du groupe, de l’album, de la famille ?

Héléna Kotina.  Nous voulons que cet album soit une claque en pleine face et inclure tout dans ce thrash metal et combiner avec les mélodies et les guitares solos. Nous avons aussi des chansons douces pour accompagner les gens qui vont vraiment adorer quand nous les jouerons sur scène.




Interview 11 Juillet 2023
Pascal Beaumont / Photo DR
 
Pascal Beaumont et Laurent Machabanski (Traduction / Retranscription)


jeudi 2 décembre 2021

BOOGIE BEASTS (Jan Jaspers Chanteur Guitariste) // Interview // La Belgique a l'Honneur... 30 Novembre 2021.

 



Vous venez de sortir votre 3eme album "Love me some" (17 septembre 2021) pouvez vous nous en dire un peu plus sur vous ?

Jan Jaspers: Nous sommes Boogie Beasts, nous venons de Belgique et nous fêtons nos dix ans cette année.
Le groupe est composé de Fabian Bennardo (harmonica), Gert Servaes (batterie), Patrick Louis (guitare, chant) et moi-même, Jan Jaspers (guitare, chant).

D'ou venez vous, et comment avez vous créé le groupe ?

Jan Jaspers: Nous sommes un groupe très belge. Patrick de Namur et Fabian de Liège sont Wallons et Gert de Limbourg et moi aussi de Limbourg, nous venons de Flandre.
Avant Boogie Beasts, Gert et moi, nous jouions dans un groupe de blues psychédélique et Fabian avait un duo de blues garage avec son beau-frère Mathias. On se croisait souvent au festivals et on s'appréciait beaucoup. Un jour, Gert et moi, on a invité Fabian et Mathias pour une jam dans notre bar préféré à Louvain, près de Bruxelles. Sans avoir jamais joué ensemble, on a cassé la baraque ce soir-là. L'énergie était unique. Après la jam, on s'est dit qu'il fallait refaire tout ça. Le groupe était né. En décembre 2019, Mathias a quitté le groupe et Patrick est devenu notre nouveau guitariste/chanteur.

Vous souvenez-vous du tout premier concert que vous avez donné ? De la ville et/ou de la salle ?

Jan Jaspers: Notre tout premier concert était au Blue Moon Festival, à Visé, Belgique, il y a 10 ans, quelques mois après la jam à Louvain. On n'avait toujours pas répété, donc on est montés sur scène pour jammer pendant une heure. L'énergie unique était de nouveau là et aujourd'hui, 10 ans plus tard, c'est cette même énergie qui caractérise toujours nos concerts.

Quels sont les groupes qui vous ont donné envie de faire de la musique ?

Jan Jaspers: Chacun a ses préférences. Perso, quand j'étais petit, j'écoutais déjà les cassettes de mon père: les Rolling Stones, Creedence Clearwater Revival, B.B. King, ... Des amis de mes parents avaient un fils plus âgé que moi qui jouait de la guitare dans un groupe et cela m'intriguait. C'est à ce moment-là que je me suis dit: "Je veux jouer dans un groupe."

D'où vient le nom du groupe et quelle est sa signification ?

Jan Jaspers: Après la fameuse jam à Louvain il y a 10 ans, on nous a dit qu'on avait joué comme des bêtes, des "beasts". Et comme on adore le boogie...

Comment définiriez-vous le style de votre musique ?

Jan Jaspers: Notre musique est fort inspirée par le blues mais on y ajoute plein d'autres influences. On la décrit souvent comme du blues-rock alternatif.

Comment créez-vous vos compositions, y a-t-il un déclencheur, un moment propice ?

Jan Jaspers: D'habitude, c'est Patrick ou moi qui propose une nouvelle idée lors d'une répétition. Cela peut être juste un riff ou déjà une structure avec des couplets et un refrain. Parfois, il y a déjà quelques paroles, mais souvent, elles viennent après. Puis, on commence à travailler sur l'idée et tout le monde ajoute sa touche personnelle. On compose donc toujours à quatre.
Les "triggers" peuvent se produire à n'importe quel moment. Personnellement, quand j'ai une idée en tête, je l'enregistre tout de suite. Si je n'ai pas de guitare près de moi, je chante la mélodie et je l'enregistre sur mon téléphone. Parfois, les idées viennent aussi spontanément pendant une jam. "Bring It On", par exemple, le premier morceau sur notre dernier album, est né comme ça.

Racontez-nous l'enregistrement et le choix des titres de "Love me some" ?

Jan Jaspers: On a enregistré "Love Me Some" en août 2020, entre les deux confinements. On avait 11 morceaux dont on a choisi 10. Ensuite, on a décidé d'ajouter deux singles, enregistrés en janvier 2020 et sortis pendant le confinement, comme titres bonus.


Vous aviez travaillé dans le même studio sur votre 2eme album comment se sont passées les sessions pour ce dernier album "Love me some" ?


Jan Jaspers: C'était assez particulier vu les circonstances. A cause du confinement, on ne s'était plus vus depuis pas mal de temps, c'était le premier album avec Patrick et le premier produit par notre propre ingénieur de son Koenraad Foesters. Par contre, tout s'est très bien passé. On avait tellement envie de faire cet album, de faire la fête et de faire danser les gens. C'est peut-être pourquoi il est devenu notre album le plus dansant jusqu'ici.

Comment se porte le marché de la musique en Belgique ? Quelle est la place du Blues en particulier ?

Jan Jaspers: Depuis des décennies déjà, la Belgique a une scène musicale très vivante avec des artistes très doués dans tous les genres, et avec des clubs et des festivals réputés dans le monde entier. Même dans la scène blues, on a des festivals de niveau international. Bien sûr, le secteur passe une période difficile à cause de la pandémie, comme dans tous les pays, mais j'ai été agréablement surpris par la créativité tant des artistes que des organisateurs pendant le confinement. Malheureusement, en ce moment, il y a une quatrième vague COVID et beaucoup d'événements sont à nouveau annulés.

Avez vous réussi à travailler pendant la période de confinement ?


Jan Jaspers: C'était difficile mais on n'a pas glandé. Quand le gouvernement a annoncé le confinement, on venait à peine de terminer la vidéo du morceau "Howl". On l'avait enregistré en janvier 2020 avec son "côté B" "Mine All Mine" et on les avait faits mixer par Jim Diamond, le producteur mythique de la scène garage de Detroit, connu pour ses collaborations avec entre autres The White Stripes et The Sonics. On a sorti "Howl" le 3 avril 2020 et il a été très bien accueilli par la radio nationale Classic 21. Cela nous a motivés et nous avons continué à bosser. On s'envoyait de nouvelles idées, on répétait en ligne et en juin, tout de suite après le premier confinement, on a loué un studio avec un appartement dans le sud du pays pour travailler toutes les nouvelles idées. Quelques semaines plus tard, on a enregistré "Love Me Some", juste avant le deuxième confinement. Ensuite, on a sorti notre premier single "Bring It On" en février 2021, suivi par "Favorite Scene" en avril 2021. Les deux morceaux ont été très bien accueillis par deux radios nationales, qui nous ont invités pour des showcases en direct. Tout cela nous a permis de rester dans les actualités jusqu'à la réouverture des clubs et la release de notre album.

Quels sont les groupes que vous écoutez et quels sont vos goûts musicaux ?


Jan Jaspers: Notre point commun est notre passion pour le blues, en particulier le Mississippi Hill Country blues, avec des artistes comme R.L. Burnside et Junior Kimbrough. Mais nous écoutons plein d'autres genres comme le rock, le garage rock, le soul, le funk et le hip-hop.

Y a-t-il un artiste ou un groupe avec lequel vous rêvez de jouer ?


Jan Jaspers: Malheureusement, beaucoup d'artistes qui continuent à nous inspirer sont déjà morts: John Lee Hooker, Muddy Waters, Howlin' Wolf, Jimi Hendrix, James Brown, R.L Burnside, Junior Kimbrough, etc. Ce serait un rêve de jammer avec des gens comme Buddy Guy, les Stones, Jimmy Page ou encore les Black Keys ou Jack White.

Quand vous ne jouez pas, quelles sont vos passions, vos passe temps ?

Jan Jaspers: Honnêtement, quand on ne joue pas, la musique reste omniprésente dans nos vies: on écoute, on creuse, on découvre, on va voir des concerts, on répète, on enregistre... C'est notre passion et notre boulot.

Pour finir, si vous partiez sur une ile déserte et ne deviez conserver que 3 choses : un disque, un film, et un 3ème choix ? Quelle serait votre sélection et pourquoi ?

Jan Jaspers: Un "best of" de John Lee Hooker parce que je ne m'en lasse pas, le dernier documentaire sur les Beatles parce que je suis curieux de le voir, et ma guitare pour composer des morceaux. Mais est-ce qu'il y aura un tourne-disque? Et du wifi pour streamer le documentaire?



30 Novembre 2021.
Thierry CATTIER
Photos Fabien Bennardo

samedi 29 mai 2021

TETRARCH (Josh Fore Chanteur Guitariste) // Interview // I'm Not Right... 25 Mars 2021.


Si TETRARCH s'est fait connaitre en 2018 avec son tout premier opus Freaks, le gang d'Atlanta à débuter quelques années auparavant plus précisément en 2008 grâce à la rencontre de Josh Fore (chant/guitare) et Diamond Rowe (guitare) alors tout deux adolescents ! S'en suivit très rapidement l'enregistrement de plusieurs Ep Pravda in the Summer en 2008, The Will to Fight en 2011, Relentless en 2013. Mais c'est avec Freaks que le combo se révèle au grand jour sur la scène internationale. Œuvrant dans un Metal Alternatif fortement influencé par SLIPKNOT qu'ils ont d'ailleurs repris avec "People = Shit», nos américains viennent de signer un contrat mondial avec Napalm Records juste avant la sortie de son deuxième album studio Unstable produit par Dave Otero (Cattle Decaptitation, Allegeon, Khemmis) qui avait déjà sévis sur leur premier album et les accompagne depuis un long moment. Le premier single de l’album, ‘I’m Not Right’, a connu un succès phénoménal à la fois dans la stratosphère Metal mais aussi au niveau de la radio grand public à travers tout le territoire US, le clip ayant recueilli 1,2 million de vues en seulement deux mois un exploit par les temps qui courent. Un véritable record qui leur a permis de s'imposer comme les leaders d'un Rock puissant, technique alliée à un groove incroyable et des refrains massifs destiné à vous envouté littéralement les neurones à une vitesse supersonique sans jamais vous lacher. Pour en savoir un peu plus sur cette nouvelle révélation d'outre atlantique Inspiration Metal à soumis à la question le guitariste et fondateur Josh Fore afin de découvrir l'itinéraire parfait d'une formation pas tout à fait comme les autres. Voyage au cœur du Metal US. Magnéto Josh c'est à toi !


Quel souvenir en gardes-tu de votre dernier concert avant la pandémie le 13 Octobre 2019 dans le cadre du Festival Great Stage Park aux côtés de Guns N’Roses, Deftones, Lamb of God, Gojira ?

Josh Fore.
C’était un festival incroyable, on est très fier d’y avoir participé. Guns N’Roses est un des plus gros groupes de la planète, ils sont si importants. C’était vraiment agréable de pouvoir les voir derrière la scène et pouvoir voir leur show. On a passé un bon moment la foule était en délire, sautait, dansait. On a été les premiers à monter sur scène ce dimanche-là, c’était très tôt. Tu ne sais jamais ce qui peux arriver mais la foule était fantastique. Je ne sais pas quand les concerts vont pouvoir reprendre mais c’est définitivement un festival auquel j’aimerai encore participer.

Comment décrirais-tu le groupe sur scène pour tous ceux qui ne vous ont jamais vu en Live ?

Josh Fore. Je dirai que c’est de l’énergie avant tout que nous injectons dans nos shows. On associe la foule avec nous, on ne joue pas pour nous même mais pour chaque personne présente dans le public. On espère un retour de leur part.

Est-ce que tu apprécies la vie sur la route ?

Josh Fore. Oui c’est ce que je préfère. Être en studio, enregistrer un album c’est bien mais il n’y a rien qui peut remplacer un concert. J’aime être sur scène, m’amuser, chanter, jouer de la guitare, courir un peu partout c’est là que je trouve mon énergie. Si je devais choisir entre les deux ça serait définitivement la scène !

Qu’est-ce qu’un bon concert de TETRARCH ?

Josh Fore. Pour moi un bon concert n’est pas forcément techniquement parfait. On est humain, on fait tous des erreurs, c’est aussi ce qui fait que l’on est nous-même mais on y prend du plaisir. Chaque show n’est vraiment jamais le même. On aime transmettre notre énergie et rallier à notre cause les gens qui ne nous ont jamais vu auparavant, leur faire comprendre qui on est. Lors du set on aime sauter partout et emmener la foule avec nous pour qu’elle passe un bon moment. Pour moi c’est ça un bon concert. Ce n’est pas nécessairement le fait de jouer parfaitement, ce qui est important c’est comment la foule va réagir et si elle va passer un bon moment. C’est très important pour nous.

Comment s’est déroulé le processus de composition de Unstable ?


Josh Fore.
Comparé à Freaks c’était un peu différent on était plus libre et plus en confiance lors de l’écriture de cet opus. Avant Freaks nous avons composé quelques Ep, on était jeune et plutôt branché METALLICA, MEGADETH. On voulait écrire des morceaux direct et très rapide, Heavy. Au fil du temps on a réalisé que l’on n’avait pas que ce genre d’influence, que l’on appréciait d’autres styles de musiques bien différentes. On a senti que l’on avait envie d’amener quelque chose de nouveau pour créer un autre son, notre son. Freak a été une première opportunité pour créer ce que nous aimons, c’était un début, une sorte de transition vers ce premier album. On a trouvé un son que l’on n’avait pas utilisé auparavant, on a aussi essayé de varier au niveau des styles vocaux. C’est un peu un album expérimental, on a essayé de nouvelles choses. C’est une évolution. Freak a posé les bases et on s’est servi des meilleures parties de Freaks pour aller beaucoup plus loin tous ensemble et ça a donné Unstable.

Pour les sessions d’enregistrement vous avez choisi de travaillé une nouvelle fois avec Dave Otero (Cattle Decapitation, Allegeon, Khemmis) qu’est ce qui a motivé ce choix ?

Josh Fore.  Dave a mixé tous nos premier Ep. On avait enregistré tous ces morceaux dans différents studios et Dave s’est chargé du mixage. On a débuté avec lui en 2010, il a mixé nos quatre premiers titres. On a adoré la manière dont il a fait sonner nos morceaux, il nous a donné un gros son puissant et plein d’énergie. Quand est arrivé le moment d’enregistrer Freaks, on a cherché à savoir qui pourrait bien nous correspondre en tant que producteur. Et puis on s’est dit et si on retravaillait avec Dave, on aime le son qu’il nous a donné, c’est facile de travailler avec lui, on le connait depuis longtemps. C’était quelque part très naturel, on était dans un environnement d’enregistrement confortable, il n’y avait pas de problème d’égos ou d’autres choses comme ça. On savait qu’avec lui on pouvait créer quelque chose de plus massif on est donc revenu vers lui. Cette fois d’un point de vue créatif on était encore plus proche les unes des autres plus unis, on travaillait ensemble main dans la main. Tout s’est très bien passé, un grand projet pour un grand album. Ce qui est cool avec Dave c’est qu’il connait bien le Death Metal, il a travaillé avec beaucoup de formation qui officie dans ce style, très Heavy. Mais il a aussi de très bonnes oreilles pour les harmonies et les mélodies, il est très bon là-dedans. Ça a matché entre nous, il nous a apporté un côté très Heavy avec une dimension Pop basé sur de belles harmonies et de superbes mélodies.

 Est que en tant que chanteur tu travailles sur une préparation particulière avant de rentrer en studio ?

Josh Fore.
Oui, je pense que pour cet opus je suis arrivé dans une très bonne condition vocale bien meilleure que pour Freak. Pour Freaks cela a été beaucoup plus difficile, je n’étais pas sûr de moi, pas confiant, j’essayais de sonner et de chanter d’une manière que je n’avais jamais faites auparavant. J’étais très intimidé et ça m’a pris beaucoup de temps au niveau de prises en studio et pour les terminer. Pour Unstable c’était très différent, on a tourné pendant deux ans et demi. Avec tous ces concerts que l’on a donnés, j’ai beaucoup chanté et ça m’a permis de me sentir un peu plus fort. C’est dans cet état d’esprit que je suis arrivé en studio pour enregistrer les voix de Unstable. Je n’avais plus d’hésitations, je pouvais aussi chanter d’une manière plus complexe, je n’avais plus besoin de me cacher derrière des artifices, j’étais capable de le faire. C’est venu naturellement, j’étais beaucoup plus confiant. J’ai pu enregistrer mes voix beaucoup plus rapidement que sur Freak, en travaillant plus les harmonies. Mon expérience a fait que je ressentais mieux les morceaux, j’étais vraiment bien plus en confiance, je ne doutais plus, je n’étais plus nerveux.

Avez-vous écrit beaucoup de morceaux et fait une sélection pour l’album ?

Josh Fore. Oui, on a fait beaucoup de démos, de titres. On a beaucoup travaillé ensemble c’est comme ça que sont née les morceaux et on a abouti à ces dix titres qui se trouve sur Unstable. On a amélioré les morceaux pour les rendre plus fort. Finalement on avait 11 chansons mais il y en avait une que l’on ne trouvait pas aussi forte que les autres et donc on a décidé de la mettre de côté. C’est très difficile d’effectuer un choix pour déterminer quels sont les titres qui vont se retrouver sur l’opus. Parfois il y en a un qui te plait mais que les autres n’aiment pas forcément. Parfois il faut se battre pour un morceau que tu trouves vraiment bon et le défendre auprès des autres. Mais on doit tous se sentir en confiance par rapport aux chansons.

Qu’allez-vous faire du titre restant ?

Josh Fore. On va peut-être l’utiliser en bonus mais pour nous ce titre ne méritait pas de finir sur l’album car il n’était pas assez bon. Donc on ne sait pas si on va le sortir. On a tout un tas de riffs que l’on peut utiliser pour des titres, on a des mélodies, des voix. On a d’autres titres qui sont nouveaux, on continue à écrire, on verra ce que l’on ferra de ce morceau par la suite.

Est-ce qu’il a des morceaux qui ont été un défi vocal au niveau de l’enregistrement ?

Josh Fore. Oui il y a eu beaucoup de challenges à réaliser sur certaines parties vocales et sur plusieurs titres. Il y a des morceaux ou les voix sont très hautes au niveau des harmonies. J’ai dû me mettre en confiance et relever le défi. En studio tu chantes beaucoup et il faut essayer de garder une certaine fraicheur vocale et ne pas se cramer trop rapidement. Le gros défi c’est de ne pas être nerveux, il y a aussi un challenge physique, il faut résister à cette pression que tu te mets pour chanter le mieux possible et sonner du mieux possible. C’est la partie la plus difficile en studio, être capable de se sentir libre, ne pas être perturbé et pouvoir se concentrer au mieux. Mais j’ai pris du plaisir sur la plupart des titres que j’ai enregistré en studio.

Il y a beaucoup de mélodies très accrocheuses sur ces dix titres, chaque refrain est facilement mémorisable, était-ce votre objectif ?

Josh Fore.  Oui absolument. On est une formation au croisé des chemins musicalement parlant. On est très Heavy, il y a des titres très Metal sur cet opus et nos fans peuvent s’y retrouver. Mais on a aussi grandi avec des combos qui avaient des chansons aux refrains très catchy avec des voix et des guitares qui étaient très facilement mémorisable. Il y a des chansons très catchy sur cet opus avec des refrains très fort. On aime que nos fans puissent mémoriser immédiatement nos titres même s’ils viennent de les découvrir et qu’ils puissent le garder en tête lorsqu’ils se balade. Il faut qu’il y ait quelque chose dans le morceau, on veut des refrains identifiable et attrayant pour que les gens s’en souviennent et les gardent en eux. Mais on est aussi très Heavy et technique sur certains morceaux. On écrit des chansons que l’on apprécie et qu’on a envie d’écouter. C’est ce qui est excitant et on veut que ce soit pareil pour les gens qui nous écoutent.

Les textes ont l’air d’être très important pour vous comme sur votre single « I’m Not Right » ?

Josh Fore. C’est un titre qui parle d’une démarche que tu peux avoir, tu te lèves et tu réfléchis à ce que tu es. Tu t’aperçois que tu n’aimes pas la direction que ta vie prend, ce qui t’entoure. C’est essayé et arrivé à trouver le positif dans tout cela. Je vis cette situation mais je ferai n’importe quoi pour en sortir. C’est ce genre de sentiment qui nous anime, on développe le côté positif de la situation. C’est un texte très sombre mais où tu essayes de se sortir d’une mauvaise situation.

Est-ce qu’il y a un titre dont tu te sens plus proche émotionnellement au niveau du thème abordé ?

Josh Fore. Je dirai « I’m Not Right » c’est très personnel mais il y a aussi « Never Listen » et « Sick Of You ». C’est une de mes préférés, il y a toujours beaucoup de personnes qui entourent un groupe, qui ont des choses à dire et qui parfois essaye de nous faire chuter. C’est une chanson que j’avais envie d’écrire à propos de ces gens qui veulent nous faire tomber, c’est un sujet qui m’est très personnel.

As-tu été surpris par le succès phénoménal de « I’m Not Right » ?

Josh Fore. Je ne dirais pas surpris parce que c’est ce que nous espérons tous mais tu ne sais jamais ce qui peut arriver. On a sorti ce single pendant la pandémie et cela a dépassé tout ce que l’on pouvait imaginer. On a eu des millions de vues très rapidement, on était sur Spotify (Ndr : ce morceau leur a permis de se retrouver, en moins de 24 heures, en cover et en tête de la playlist "New Blood" de Spotify), on avait l’espoir d’avoir fait bien mais ça a été beaucoup plus loin que l’on pensait. On a surfé sur cette chanson pendant neuf mois puis on a sorti « You Never Listen » et en deux semaines ça a été très vite aussi. Mais avec « I’m Not Right » on a commencé à être un groupe Heavy et en quelques mois on est devenu beaucoup plus mainstream, on passait sur les Radios Classics Rock et ça nous a amener d’autres fans issus d’un autre univers.

Est-ce que la pandémie a eu un impact sur la conception de cet opus ?

Josh Fore. Oui cet album a été fait en Septembre/Octobre 2019 afin de le terminer à la fin de cette année. Au début de l’année 2020 tout était prêt, tout a été fait avant la pandémie. Ensuite le problème était de savoir quand nous pourrions sortir cet album, on ne savait pas. Mais on est heureux de l’avoir sorti et de constaté que ça a fonctionné.

Est-ce qu’effectuer le choix des singles a été difficile ?

Josh Fore. Oui c’est très difficile, tu ne sais pas quoi choisir et quel est le bon single qui pourrait correspondre au moment. On demande à des amis proches, on leur fait écouter les morceaux pour savoir ce qu’ils en pensent. On a choisi le titre qui ouvre l’album et on a fait le bon choix. Mais cela a été compliqué de décider car chacun avait son avis. Finalement on a choisi « I’m Not Right », on voulait un morceau très Heavy, en suite on a opté pour « You Never Listen ».

Pourquoi avoir appelé cet album Unstable selon toi qui est instable ?

Josh Fore. Tout le monde est instable, c’est une expression qui va bien aux autres mais qui nous convient aussi. La pochette représente bien ça avec cet enfant au regard perdu et ce docteur juste
derrière lui. La question est qui est vraiment instable le docteur ou l’enfant.

Comment est née ta passion pour le Metal ?


Josh Fore. J’ai beaucoup été marqué par METALLICA et GREEN DAY. Je regardais leur performance live en permanence et j’écoutais leurs albums. Pour moi le Black album de METALLICA à été une révélation et m’a fait découvrir le Metal. C’est comme ça que j’ai apprécié la guitare, je jouais dans ma chambre non-stop tous ces morceaux. Ensuite au fil des années j’ai découvert des groupes plus Heavy TRIVIUM, GODJIRA mais j’ai aussi écouté de la Pop.

Tu as débuté très jeune ?

Josh Fore. Oui je crois que j’avais 12 ans, on était toute une bande, on appréciait la musique, on jouait de la guitare. C’était en 2007, j’étais au collège c’est là que j’ai rencontré les autres membres du groupe. Notre rêve était de faire du Rock, on a débuté ainsi. On a grandi musicalement ensemble. On était tout le temps ensemble. On jouait le weekend, on donnait de petits concerts locaux, on cherchait des dates nous-même. On jouait pour peu de personnes, dans des bars ou autres. On a tout fait ensemble pas à pas et ça été très amusant de progresser et de grandir ensemble, d’élargir nos horizons.


25 Mars 2021.
Pascal Beaumont  


mardi 18 mai 2021

GARY LUCAS // Interview // La musique une langue universelle... 11 Mai 2021.

 


Pour commencer cette interview avec toi Gary Lucas, nous aimerions d’abord évoquer tes premières années. Tu es né à Syracuse dans l'État de New York? comment s'est passée ta jeunesse ?

Gary Lucas. Ma jeunesse a été assez calme à Syracuse, qui est une ville de taille moyenne au centre de l'État de New York, avec une population d'environ 250 000 habitants. Il y a énormément de neige là-bas, le temps est couvert presque tous les jours de l’année, il y a très peu de soleil, d'ailleurs je suis surpris qu’il n’y ait pas eu un taux de suicide plus élevé! Je préfère les beaux jours, mais d'un autre côté, j'adorais quand ils annulaient l'école à cause de la neige - on priait pour que ça arrive ! J'ai grandi dans une grande famille, j'ai 2 sœurs aînées et un frère cadet, et j'étais un peu livré à moi-même, lire et écouter de la musique était mon quotidien depuis mon plus jeune âge. Je n’étais pas très doué en sport, contrairement aux autres jeunes de mon âge.
Aujourd'hui, je trouve toujours le sport aussi ennuyeux! Syracuse était une enclave républicaine très conservatrice et je détestais cet état d'esprit renfermé. Une fois que j'ai goûté à Manhattan, quand mon père m'a emmené avec mon frère là-bas en 1964 pour l'Exposition universelle, tout a été fini, je savais que je devais foutre le camp de Syracuse et partir vivre à New York, qui était un endroit beaucoup plus excitant. J'étais plutôt introverti à l'époque, j'aimais être à l'intérieur quand il pleuvait, regarder le monde comme si j'étais dans le seul endroit sec. J'adorais me pelotonner avec des livres - des livres d'horreur, de fantastique, de science-fiction... J'ai commencé par la mythologie grecque et romaine et une chose m'a conduit à une autre.

Quelles ont été tes premières découvertes musicales, tes premières influences et tes idoles ?

Gary Lucas. J'adorais Tchaïkovski, l'ouverture de «1812»… «Little Bitty Pretty One» de Thurston Harris… Les Beach Boys, les Ventures, Gene Pitney - je les ai trouvés exceptionnels. La guitare twangy de Duane Eddy dans «Dance with the Guitar Man»! J'essayais de jouer le solo de guitare au milieu, et j'ai finalement réussi! C’est ça que je voulais être depuis tout jeune : un guitariste.
Je l'ai toujours su. Lorsque l'invasion britannique a frappé, j'ai été emporté comme tout le monde par les Stones, ils ont toujours été mes préférés - avec les Yardbirds, les Who, Jeff Beck, Moby Grape, Buffalo Springfield, le Blues Project, les Mothers - tout ce qui était à base de guitare. Debussy, Stravinsky, Bach, de la musique électronique comme Henri Pousseur, de la r & b comme James Brown et Mary Wells, Phil Spector, Hank Williams, Muddy Waters, Howlin ’Wolf, Skip James - tellement, beaucoup! Du moment qu'il y avait une ÂME. J'adorais la musique, en fait je trouvais toujours quelque chose d'excitant dans n'importe quel genre de musique, même la polka, il fallait juste que ça m'émeuve et ça me donne des frissons!

Comment t'est venue l'envie d'apprendre à jouer de la guitare ?

Gary Lucas. Curieusement, mon père est venu me voir alors que j'avais tout juste 9 ans et m'a dit: «Aimerais-tu jouer d'un instrument de musique, Gary? Par exemple de la guitare ?? » "Ouais papa, ça m'éclaterait!" J'étais paumé au début mais ça m'a semblé amusant. Il m’a acheté une guitare chiapas d'occasion, avec les cordes un peu loin du manche, ça m'a déchiré le bout de mes doigts d'enfant. J'ai pris des cours pendant seulement deux mois, au j'ai un peu laissé tomber tellement c'était douloureux de jouer de cette guitare! Ce n'est qu'au retour de mes parents d'un voyage en Espagne avec une guitare à cordes en nylon que j'ai commencé à m'améliorer. Cette guitare était bien plus agréable!

Quel a été ton parcours scolaire avant d'obtenir un diplôme en langues et lettres anglaises de l'université de Yale ?  

Gary Lucas.
École publique, le contraire de ce que cela signifie au Royaume-Uni. Une école ouverte gratuitement à tous dans le quartier, avec des professeurs embauchés par la ville - pas une institution privée. Une véritable ambiance de melting-pot avec des enfants de toutes croyances et de toutes les couleurs qui y assistent. Vers 1968, mon lycée est devenu le premier lycée en Amérique à transporter des enfants noirs du ghetto du centre-ville dans le cadre d'une expérience d'intégration forcée.

C'était bien jusqu'à ce qu'un soir à l'école, des danseurs de la fraternité noire appelée Soul Generation se sont disputés avec des garçons blancs de la fraternité, ils se sont insultés - très Roméo et Juliette! Ou plutôt, West Side Story. Quoi qu'il en soit, le lundi midi, des voyous du centre-ville sont venus à l'école, sont entrés dans la cafétéria, sont allés à la table des garçons blancs et l'ont retournée, déclenchant une mêlée avec tous les pièges d'une véritable émeute raciale, Le directeur de l'école est entré dans la cafétéria et a crié «Arrêtez!» - et quelqu'un lui a lancé une chaise qui l'a assommé. 

C'était un fracas total et cela a fait les nouvelles nationales du soir diffusées ce soir-là. C'était tellement excitant !! Je suis resté assez fidèle à ma bande de marginaux intellectuels, de stoners et de proto-hipsters, ceux qui étaient à peu près évités (et parfois agressés) par les frat-boys hétéros et les mecs à pom-pom girls du lycée. Frank Zappa était l'un de nos gourous, avec sa satire sur la vie au lycée comme «Status Back, Baby» de «Absolutely Free».
Pendant ce temps, je lisais avidement des choses comme «Moi, Jan Cremer», «Les 120 jours de Sodome», «Ulysse» (mon roman préféré de tous les temps - à une époque, je le connaissais aussi bien que certaines personnes connaissent la Bible), Boris Vian , Apollinaire, JP Donleavy, Bruce Jay Friedman, Tom Wolfe - la littérature renégate en d'autres termes.
J'ai très bien réussi mes examens, une fois dans un brouillard complet suite à une expérience de fumée d'opium la nuit précédente - et mes notes ont grimpé plus haut que jamais (même si je ne le recommanderais pas, les enfants!). Beaucoup de livres et beaucoup de musique psychédélique et de cinéma - et beaucoup, beaucoup de jeu de guitare. C'était mon enfance relativement heureuse avant Yale. J'étais ce que Lou Reed a appelé plus tard un «enfant de la protestation».

Parallèlement, tu deviens DJ et directeur artistique de la station de l'école WYBC FM et tu intègres ton 1er groupe "O-Bay-Gone Band" quel souvenirs gardes-tu ?

Gary Lucas. J'ai adoré être DJ - même si je ne mettais quasiment que ma collection de vinyles rares de rock anglais sur les platines lourdes du WYBC de Yale. Leurs saphirs creusaient des rainures très profondes dans ce précieux vinyle, principalement des importations anglaises d'albums qui étaient très difficiles à obtenir en Amérique à cette époque. Mes goûts ont évolué au fil des ans vers le blues et le jazz, mais à ce moment-là, au début des années 70, je préférais encore la musique anglaise psychédélique: Traffic, Family, the Nice, the Move, Fleetwood Mac de Peter Green, Humble Pie - des trucs comme ça. En fait, ils m'ont confié une émission d'été en 1973, lorsque tous les étudiants sont rentrés chez eux pour les vacances, et je l'ai intitulé «The Sounds from England (and other gourmandies)» - les seuls autres «délices» non anglais étaient Captain Beefheart, Can et Tim Buckley - l'un d'eux avec qui j'ai fini par travailler, et l'autre avec qui j'ai travaillé avec son fils.




Te rappelles-tu du tout premier concert que tu as donné ? De la ville et/ou de la salle ?


Gary Lucas. Oui, mon meilleur ami Walter Horn et moi avons joué un concert en duo au Jewish Elderly Home for the Aged à Syracuse vers 1962, une variété de reprises de Peter Paul and Mary principalement, y compris le morceau de gospel plutôt inapproprié «Jesus Met the Woman at the Well» (dans une maison juive!).
Les vieux semblaient aimer, même si une femme âgée s’est exclamée: «Ne me frappe pas avec ce sac, mon garçon!» quand Walter est passé près d'elle avec un sac de courses rempli d'instruments à percussion (bongoes, maracas, des trucs comme ça).

Comment s'est passée ta rencontre avec Don Van Vliet , ainsi que la création de Captain Beefheart The Magic Band ?

Gary Lucas. J'ai vu son premier spectacle à New York en 1971 et j'ai été abasourdi! Meilleur concert de ma vie !! Je me suis juré ce jour-là «Si jamais je fais quelque chose en musique, je veux jouer avec ce gars !!» C'était SI bon - et j'avais déjà vu les Stones avec Brian Jones, les Righteous Brothers, Janis Joplin (deux fois), Zappa and the Mothers, Chuck Berry, Paul Butterfield, les Byrds et le Mahavishnu Orchestra avec John McLaughlin. Beefheart et son Magic Band ont fait encore plus fort. Par la suite, ils ont annoncé qu'il venait jouer à Yale, et le directeur de la station de radio de WYBC Yale m'a demandé de l'interviewer par téléphone pour promouvoir le concert, j'ai une cassette de cette interview et on entend ma voix trembler - le gars avait fait la couverture de Rolling Stone ! (Imaginez cela aujourd'hui. Aucune chance!). Mais il m'a mis à l'aise et nous sommes devenus amis. Le lendemain, il est venu à Yale pour le concert et j'ai traîné avec lui et sa femme Jan pendant des heures avant et après le spectacle. Chaque fois qu'il venait jouer dans le coin, je me faisais un devoir d'aller le voir et de passer du temps avec lui dans les coulisses. Finalement, il m'a donné son numéro de téléphone et nous avons eu des conversations qui duraient plus d'une heure! Mais je lui ai dit que je jouais de la guitare que bien plus tard - je ne pensais pas être assez bon alors, et sa musique était si complexe et difficile à exécuter. 

Mais en 1975 il est venu à Syracuse en tant qu'invité de Frank Zappa - et j'étais rentré chez moi étudier le mandarin pour pouvoir partir travailler à Taiwan (une très longue histoire — en gros, j'essayais de m'extirper des griffes d'une femme beaucoup plus âgée avec laquelle j'avais eu une histoire à New York).
Après le spectacle, je l'ai emmené à sa demande à un barbecue dans l'arrière-cour du ghetto, le genre qui n'ouvre qu'à minuit et sert des travers de porc grillés et du poulet sur du pain blanc avec une sauce piquante bouillante - mmmmmm. Don a adoré cette ambiance un peu branchée, et s'est mis à faire du blues a cappella juste là.

À ce moment précis, je lui ai dit : «Don, si jamais tu remontes ton groupe (il était entre les Magic Bands), j'aimerais avoir la chance de passer une audition.» «Tu joues de la guitare, Gary ?? Pourquoi tu ne me l'as pas dit! » Du coup, il m'a invité à Boston quelques jours plus tard et je suis allé là-bas en bus avec ma guitare, je l'ai rencontré dans les coulisses et je suis retourné dans sa chambre d'hôtel pour jouer pour lui. Il a dit "Super !!" mais était plutôt vague sur la prochaine étape / date de début. Quoi qu'il en soit, j'avais un billet pour Taipei et je ne pouvais pas vraiment annuler le plan à ce moment-là. Cela a donc pris quelques années. Ensuite, je suis rentré à la maison, je l'ai rappelé, nous avons refait connaissance - et en 1980 il m'a invité à jouer sur ce qui est devenu «Doc at the Radar Station» pour Virgin. J'ai pris l'avion de New York, j'ai pris un taxi de LAX à Glendale aux studios Sound Castle, j'ai été bousculé dans le studio, je me suis branché et j'ai joué ce morceau très difficile, un instrumental appelé «Flavour Bud Living» - en deux prises max. L'album a reçu de très bonnes critiques et j'ai été remarqué par beaucoup de presse pour mon jeu. Je me suis fait un nom ! 

Même le grand critique de rock Lester Bangs a été impressionné quand il l'a entendu, me demandant «Quelle partie avez-vous joué ici Gary - la guitare du haut ou du bas?» "Lester", lui ai-je dit, "c'est moi qui joue en solo, pas d'overdubs, en direct en studio."

 J'ai tourné en Europe et aux États-Unis avec ce seul morceau, en le jouant en direct sur l'émission télévisée «Chorus» d'Antoine de Caunes que vous pouvez voir sur YouTube. Quand j'y repense, quel mec c'était Don ! Une sorte de grand enfant gâté en friche. Je l'aimais beaucoup malgré le fait qu'il «déplaçait du vent», comme il le disait. Pour le dernier album de Beefheart «Ice Cream for Crow», je suis passé du statut de guitariste invité spécial au statut de membre du Magic Band, on me voit dans la vidéo de la chanson titre, pleurant à ses côtés dans le désert de Mojave, une vidéo qui fait partie de la collection vidéo permanente du Museum d'Art Moderne à New York.

Je suis parti travailler pour lui en 1984 car il ne voulait plus faire de musique, seulement peindre - mais je me suis assuré avant de partir de le laisser entre de bonnes mains avec des gens comme Julian Schnabel et la Mary Boone Gallery ici à New York.

As-tu une façon différente de travailler sur tes projets ou de composer des bandes originales de film ou génériques pour la télévision ?

Gary Lucas. Eh bien, je les prends un à la fois, et j'essaie de concentrer autant d'énergie que possible dans chacun d'eux, je travaille toujours de manière intuitive et j'essaie de capturer l'essence de chaque projet ou film.


Tu as soutenu la carrière de Jeff Buckley, comment s'est passée cette rencontre et votre relation ? Peux-tu nous raconter quelques anecdotes à son sujet ? Comment s'est passée votre collaboration sur son album "Grace" ?

Gary Lucas. Mon ami le producteur Hal Willner a monté un hommage à Tim Buckley à l'église St Ann de Brooklyn au printemps 1991. Il m'a appelé et m'a invité à jouer avec ma partenaire de chant alors féminine - à ce moment-là, nous avions signé pour un album pour Columbia Records.

J'ai toujours aimé la musique de Tim Buckley. Hal a mentionné que son fils serait un excellent collaborateur. «Je ne savais pas que Tim avait un fils!» «Nous non plus» répondit Hal, «mais il s’est présenté pour rendre hommage à son père.» Après avoir répété deux jours avant le spectacle, j'étais en train de remballer mon matériel pour quitter l'église lorsque ce jeune enfant, le portrait craché de Tim Buckley s'est approché de moi comme s'il était en feu. Il était électrique, lançait des étincelles. «Vous êtes Gary Lucas! J'adore jouer de la guitare !! Je suis fan de toi avec Captain Beefheart, j'ai lu des trucs sur toi dans Guitar Player ». J’ai été très flatté et je l'ai invité dans mon appartement pour répéter la chanson de son père «The King’s Chain» le lendemain. Je lui ai tendu un micro et j’ai entendu la voix la plus magique, souple et sinueuse émerger de ce gamin tout maigre - une sorte de chœur entre un vieux bluesman mêlé à la sensibilité d’un chanteur pop à la sauce de Tim Buckley. "Oh mon Dieu Jeff - tu es une putain de star !!" "Tu penses??" Oh oui.

Je l'ai invité à déjeuner, nous nous sommes assis là à la taverne du cheval blanc pour discuter de nos groupes préférés en mangeant des hamburgers . Nous avons découvert que nous adorions tous les deux les Doors, les Smith et Led Zeppelin. Nous sommes retournés chez moi et avons ébauché une chanson pendant 15 minutes - notre première collaboration, intitulée «Bluebird Blues». Voilà comment a commencé notre amitié, et une collaboration durable. Lorsque Columbia Records a abandonné sans ménagement mon projet d'enregistrement avec la chanteuse, en me disant «vous ne pouvez pas vous permettre de nous poursuivre en justice!», j'ai appelé Jeff et lui ai demandé de rejoindre mon groupe en tant que chanteur principal, ce qu'il a accepté sans hésiter. J'ai ensuite écrit en une semaine deux maquettes instrumentales que je lui ai envoyées sur cassette avec des titres provisoires. Un mois plus tard, il est venu à New York et a dit: "Tu sais, celui que tu avais appelé "And you will"? Il s’appelle désormais «Mojo Pin». Et celui que vous avez appelé «Rise Up to Be»? Maintenant, ça s'appelle "Grace" ". J'ai une cassette de nous qui écoutons ces chansons pour la toute première fois, assis sur mon canapé.

La beauté de travailler avec Jeff était que je pouvais composer des instrumentaux à la guitare, les lui envoyer, et à chaque fois il revenait avec une mélodie et des paroles parfaites qui collaient à ma musique comme un gant! C'est un musicien génial et le meilleur collaborateur que j'ai jamais connu et avec qui j'ai travaillé. Nous avons eu une vraie télépathie mentale sur scène. Quand il a fait sa carrière en solo et plusieurs années après la sortie de son album «Grace», sur lequel j'ai joué - en fait les deux premières chansons que j'ai co-écrites avec lui - il a donné un concert privé à la Knitting Factory à New York pour leur 10e anniversaire. Je le regardais jouer dans une foule où se trouvaient Lenny Kaye, Lou Reed et Tom Verlaine, quand Jeff m'a appelé sur scène, m'a tendu sa Telecaster, et nous nous sommes lancés dans une version de «Grace» qui a mis le feu. Des gens sont venus me voir par la suite dans une extase totale en me disant: "ça fait si longtemps que j'attends de vous revoir ensemble sur scène !!" J'ai remercié Jeff après le spectacle car son invitation à le rejoindre sur scène était complètement inattendue, et il m'a dit à quel point il l'avait appréciée. J'étais sûr que nous travaillerions ensemble à nouveau à l'avenir. Il est parti pour Memphis peu de temps après ce spectacle et son label m'a dit de m'attendre à un appel car ses sessions ne se passaient pas bien, et « Grace » était une belle chose!». Puis j'ai appris qu'il avait disparu et qu'il était présumé mort, noyé.
J'ai pleuré tous les jours pendant un mois! Quelle tragédie et quelle honte.

Tu as collaboré avec des artistes comme Leonard Bernstein, Captain Beefheart, Jeff Buckley, Chris Cornell, Lou Reed, John Cale, Nick Cave, David Johansen, Bryan Ferry, Patti Smith, Iggy Pop, Dr. John, Allen Ginsberg, Peter Hammill, Graham Parker, Future Sound of London, Richard Barone, Bob Weir, Warren Haynes , Dave Liebman et Billy Bang, entre autres la liste et si longue ....  Qu'est-ce que ces diverses expériences toutes différentes t'ont appris ?

Gary Lucas. La musique a des possibilités infinies, il faut s'ouvrir à tous les types de musique et de musicien. Jeff m'a beaucoup encouragé. La musique est vraiment la langue universelle qui peut briser toutes sortes de frontières culturelles et nationalistes, et permet un vrai dialogue avec toutes sortes de gens disparates.

Comment procèdes-tu pour écrire tes chansons, entre le moment où vient l'idée d'un texte, d'une mélodie, et celui de l’écrire ?

Gary Lucas. Cela commence toujours d'abord par la musique, sauf une fois que l'on m'a remis des paroles spécifiques pour faire une chanson pour Marianne Faithfull - comme elle ne l'a pas faite, j'ai décidé de la chanter («The Lady of Shalott», qui est sur ma rétrospective de 40 ans L'ESSENTIEL GARY LUCAS). Je passe juste mes doigts sur les cordes de ma guitare jusqu'à ce que j'entende de la magie - c'est vraiment ce que je fais. Si j'entends quelque chose qui résonne en moi, j'enregistre cette section, puis je la pousse, l'augmente et la coupe jusqu'à ce que toute la chanson émerge pendant plusieurs jours - c'est comme ciseler un bloc de marbre jusqu'à ce que la forme idéale émerge. Quand tout est fini, je dors dessus - et si je m'en souviens le matin, je me dis : Voila! J'ai le modèle idéal pour une nouvelle chanson. Toujours la musique d'abord, puis j'y ajoute des paroles.





Toi qui as tourné dans plusieurs pays (Australie Russie Europe etc etc), notamment avec le groupe "Future Sound of London", comment ressens-tu l’accueil et les réactions de tous ces publics différents ?


Gary Lucas. Je pense que les gens restent des gens partout où on va, et ils sont généralement très enthousiastes. La Russie avec Future Sound of London, c'était cependant autre chose. Nous sommes arrivés vers 3 heures du matin à Saint-Pétersbourg dans un stade de football pendant les Nuits Blanches célébrant les 200 ans de la ville, le ciel qui n'est jamais vraiment sombre est devenu violet, et puis le soleil s'est levé pendant que nous jouions. Il y avait toute une file de fans depuis la scène jusqu'au milieu du terrain de football qui attendaient un autographe. Les gens criaient «Gary Lucas! Tu es le meilleur! LE MEILLEUR!!" C'était vraiment gratifiant :-)

Comment as-tu vécu cette période de la pandémie de coronavirus depuis plus d'un an ?

Gary Lucas. Eh bien, j'ai fait des streaming solo en direct depuis mon appartement tous les mardis, jeudis et samedis à 15 heures sur Facebook, j'ai un public très dévoué. Je l'ai fait depuis mars 2020 jusqu'à aujourd'hui, je dois avoir fait au moins 160 spectacles à ce jour, toutes sortes de trucs de mon répertoire et de nouveaux trucs que j'ai écrits. Cette période a été une période fertile pour moi sur le plan créatif. J'ai vu la pandémie comme une opportunité de me réinventer et de créer de nouvelles choses, ce que j'ai fait - le dernier étant une pièce instrumentale intitulée «Unforgiven».

En ce moment, plus les années passent, plus le monde va de travers... Crises sanitaires, mouvements sociaux… Que penses-tu de tout cela ?

Gary Lucas. J'essaie de rester positif et créatif - que peut-on faire d'autre? Il est important de continuer d’avancer autant que possible, sinon le risque est de se laisser entraîner par ces tragédies accablantes qui nous frappent dans le monde. Il faut croire au pouvoir de l'individu de changer la société essentiellement en faisant du mieux possible, et de continuer à avancer avec un esprit et une attitude positifs. Pas toujours facile je sais! Mais sinon, c’est une descente dans le nihilisme et la dépression, et qui en a besoin ?

Si tu devais te définir, quelle serait ta phrase ou ta devise ?

Gary Lucas. Le faire jusqu'à la mort!

Aujourd'hui, quels sont tes groupes préférés ? Sont-ils les mêmes qu'avant ? Quel genre de musique préfères-tu écouter ? Y a-t-il une chanson ou un album qui restera pour toujours ?

Gary Lucas. Je n’écoute plus vraiment de nouvelles musiques pour vous dire la vérité, car je suis invariablement déçu par la qualité terne (à mon humble avis) d’une grande partie - cela ne me touche pas autant que la musique sur laquelle j’ai grandi. Maintenant, cela ne signifie pas que cela ne résonne pas avec le public aujourd'hui, c'est juste ma propre réaction, probablement parce que j'ai des compétences de reconnaissance de formes très bien développées, donc la plupart des nouvelles musiques me rappellent généralement les versions précédentes de choses similaires.
J'ai récemment aimé quelques artistes féminines - Lhasa de Sela, que j'ai entendu dans un restaurant à Parme en Italie après avoir reçu un Lifetime Achievement Award il y a quelques années. «Qui est cette chanteuse à la voix aussi étonnante ??» J'ai demandé au barman et j'ai obtenu son nom que j'ai recherché sur Google, pour découvrir qu'elle était récemment décédée d'un cancer du sein. Son album «The Living Road» est phénoménal, j'aurais aimé la voir en live. J'ai aussi adoré les premiers albums de Joanna Newsom, je l'ai vue jouer en solo une fois et elle m'a époustouflé. Récemment, j'ai découvert Stereo Total, pour apprendre que leur chanteuse Françoise Cactus venait de mourir. Quel groupe fantastique !! J'aime aussi les filles brésiliennes, Sabina Sciubba donne un coup de pied au cul.

Qu’est-ce que tu fais lorsque tu ne travailles pas? Quels sont tes passions, tes passe-temps?

Gary Lucas. Je lis avec voracité comme d’habitude, je viens de terminer deux livres de nouvelles de l’écrivaine d’horreur argentine Mariana Enriquez, ce sont les meilleures choses que j’ai lues depuis longtemps. J'ai dû lire au moins 50 livres cette année, j'adore aussi le cinéma d'art, mais surtout les classiques! J'adore revenir en arrière et découvrir si les choses qui m'ont attiré jeune tiennent toujours, et si oui, pourquoi? Je ne suis pas intéressé par le dernier ceci ou cela dans la musique, les films ou la peinture principalement parce qu'il y a tellement de gens qui essaient de s'exprimer maintenant, ce qui est bien et tout - mais je trouve inutile d'essayer de suivre... Ce qui est généralement considéré comme branché est simplement une mode, et je pense que les bonnes choses m'atteindront elles-mêmes si elles sont vraiment bonnes, plutôt que de perdre du temps à creuser pour cela alors que je devrais me concentrer sur la création de nouvelles œuvres.

Pour finir, si tu ne devais emporter que 3 choses sur une île déserte : un disque, un film et un troisième choix, quelle serait cette sélection et pourquoi?

Gary Lucas.  Le disque "The 5000 Spirits, or the Layers of the Onion" par The Incredible String Band
Le film "La maison du diable" de Robert Wise
Le roman de James Joyce "Ulysse"


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Chronique CD // "The Essential Gary Lucas" Sortie le 29 Janvier 2021.


Thierry Cattier - Photo : Promo / DR